Mais bien sûr, mon gentil fiston, mon chérubin adoré, m’a juste offert une viennoiserie bourrée de strychnine qui m’a fait clamser, au nom de quoi je devrais lui en tenir rigueur, n’est-ce pas.. ? Allons, ce n’était sans doute qu’un geste qui a dépassé sa pensée, je n’ai pas matière à m’en formaliser...mais quelle ingrate je suis, j’ai honte de moi...
C’est un enfant-roi que je vais prendre soin de ne pas culpabiliser, cela pourrait entraver son épanouissement, je sais qu’il ne faut jamais dire "non" à un enfant-roi... Continue de zigouiller, mon fiston, ta maman est fière de toi...
Je ne veux pas ramener mon expérience personnelle...ce n’est pas mon genre, et surtout ce n’est guère pertinent...
Ceci dit, j’ai eu le loisir de le pratiquer, le "mâle blanc", et ben sa disparition programmée ne va certainement pas humidifier mes orbites osseuses...je n’ai pas connu les mâles d’autres couleurs...à part un flirt poussé avec le sosie d’uncle Bens, la seule palpation d’une partie charnue de son individu m’a fait fuir à toutes jambes...
Bref, en caricaturant, ma vie amoureuse est comme un film en noir et blanc...un long métrage entre tragi-comédie et mélodrame...je ne vais pas m’attarder sur le "mâle blanc" que j’ai suivi jusqu’à ce miséreux motel où je finis tranquillement ma putréfaction...
Il y eut au préalable celui qui devint mon époux..."pour le meilleur et pour le pire", le meilleur étant de la science-fiction, en l’espèce cette fleur bleue que je voyais projetée sur l’écran de mon cœur éperdument épris...le "mâle blanc" sait jacter pour étourdir la femelle blanche, il déroule sa langue glapissante qui se mue en passerelle vers un bonheur fragile comme la flamme d’une bougie dans un courant d’air...il est bon dialoguiste, un peu moins doué dans les effets spéciaux...
Et après, le pire...passage à la casserole...oh.. ! sur le moment je n’ai pas fait ma farouche, je le confesse...le scénario était trop beau, et j’étais jeune et alerte, j’écartais les cuisses sur un claquement de doigt bien positionné, si vous voyez ma coquine allusion...le problème c’est que mon époux était porteur d’une pathologie improbable digne d’un film gore, un spermatozoïde maudit qui allait gagner la course contre tous ses congénères lancés dans le sprint vers mon innocent ovule...ce spermatozoïde allait devenir mon assassin, mon matricide...une multiplication de va-et-vient allait donner la vie et la mort en même temps...il n’est pas commun de voir sortir de vos cuisses votre futur meurtrier, croyez-moi...bon, j’ai eu un pressentiment lorsque la sage-femme m’a montré l’engin...si j’avais écouté mon instinct je l’aurais jeté, ou vendu...à cette époque c’était encore une anomalie de vendre un bébé fraîchement pondu, alors que maintenant, hein...ça se bazarde comme un sachet de pop-corn au cinoche...
Tout ça pour dire que la disparition du "mâle blanc" je m’en tartine le coccyx, j’ai même envie de dire "bon débarras" et si je peux contribuer à accélérer l’extinction de cette espèce ça sera avec un grand plaisir...
En tant que co-gestionnaire du "Bates motel", dirigé par mon incapable, mon vaurien, mon dépravé de fils, je demande au groupe Accor (Mercure, Ibis, Sofitel etc...) de rallier notre établissement...
Merci d’alerter sur ce scandale, une société se juge sur sa façon de traiter les animaux et les vieux...
Il y aussi des "aidants" qui prennent soin de leurs proches avec une délicatesse toute relative, et je peux à ce sujet apporter mon témoignage à la lumière de ma fin de vie et ma post-vie sous le joug d’un incapable, d’un vaurien, d’un dépravé, je veux bien évidemment parler de mon propre fils qui n’a de "propre" que le sens figuré de ce mot...
Dans les EHPAD je suppose que les pensionnaires ne sont pas reclus des semaines entières dans une cave moisie avec comme seule compagnie les asticots qui se battent en duel pour s’approprier les dernières miettes de chair...tuer les heures les yeux dans les yeux avec ces bestioles, il existe des promiscuités plus agréables...
Le personnel des EHPAD manque de tact et de temps, certes, mais il ne s’agit pas de criminels qui zigouillent tout azimut avant de faire porter le chapeau de leurs ignobles forfaits à leur mère, ce ne sont pas des psychotiques qui soignent leur pathologie en empaillant des oiseaux et en plantant un couteau dans tout ce qui bouge...
Bon, j’arrête de me lamenter...et puis finalement, dans cette société "en marche" vers le profit et la rentabilité, la vieillesse est un naufrage, c’est l’objet contondant qui éventre la coque du progrès et de la valeur dominante de ce monde, le fric, alors autant y aller frontalement et se poser la question qui tue sans tortiller trois siècles du derche...
Après tout, on achève bien les chevaux, et on noie les chatons...il ne s’agit pas de contrôler les naissances mais d’établir un quota de vieux à tuer à la naissance...