Contrairement à ce que soutient Ramadan, l’école doit évidemment être un sanctuaire, distinct du reste de la société, car c’est dans son enceinte qu’elle fait grandir les citoyens en tant que tels, ce qui doit obliger les élèves à couper tout lien d’allégeance avec des valeurs, des habitus qu’ils ont intégrés mais qu’ils n’ont pas été en mesure discuter du fait du déterminisme familial. L’école a pour mission de libérer les enfants en leur permettant d’acquérir les lumières de la raison.
Mais Finkielkraut défend très mal sa cause. La laïcité de l’école n’a absolument pas pour objet de défendre un mode de vie, c’est hors de propos. Je dirais même qu’au contraire, si l’école a bien un rôle à jouer par rapport aux traditions, c’est la remise en cause permanente, sur le modèle des Lumières.
En fait, il suffit de faire une proposition, une seule, pour décontenancer l’argumentaire communautariste et empêcher toute attaque à propos de la "stigmatisation" ou du "suprémacisme du Français de souche" : c’est l’uniforme. La loi de 2004 impose quelque part un uniforme libéral en interdisant certains accessoires, et se veut républicaine dans l’esprit, mais le seul moyen d’éviter tout arbitraire et d’aller jusqu’au bout de la logique républicaine, c’est d’imposer le retour à l’uniforme. Un uniforme unisexe, qui affirme symboliquement mais solennellement l’égalité stricte entre tous les élèves, quels qu’ils soient, pris comme des semblables et placés sous le régime exclusif de leur raison commune.
On serait alors loin, très loin de l’exclusion que stigmatise Ramadan. La laïcité à la française, c’est tout le contraire. Encore faut-il l’appliquer à la lettre.