@Scipion :
"Il aura fallu attendre dix ou onze ans pour qu’un nombre significatif d’Allemands commencent à trouver qu’Hindenburg n’avait peut-être pas fait le bon choix en confiant la Chancellerie du Reich, à Hitler, en janvier 1933."
=> En tout cas, ce que je sais, c’est que les nazis n’ont jamais réuni plus de 45 % des suffrages dans le cadre d’élections libres, et qu’ils étaient même en perte de vitesse sur les dernières alors que Hitler venait d’accéder à la chancellerie et qu’ils commençaient à semer la peur...
"si les ministres étaient tirés au sort, d’emblée affaiblis, par la perspective d’être remplacés dans six mois ou un an, face à des gens passibles ni de l’élection ni du tirage au sort*."
=> Rien n’interdit de leur accorder un mandat plus long.
"Ceux qui sont élus aujourd’hui, ce ne sont ni les fonctionnaires, ni les ministres, ce sont les députés qu’il serait opportun, nous dit-on, de remplacer par le peuple tout entier et non pas de désigner par tirage au sort."
=> Vous avez raison sur les ministres, mais leur légitimité découle de leur nomination par des gens élus. Ensuite, ce sera à l’assemblée constituante tirée au sort, puis au peuple français d’en décider, mais il est fort possible que mettre en place du jour au lendemain un régime de type Constitution de l’An I (assemblées primaires qui valident chaque loi) serait utopique, comme je l’ai déjà dit plus haut. A discuter néanmoins. Cela étant dit, si l’on tirait au sort nos députés, on changerait complètement de régime, la "représentation" ayant été pensée pour être fondée sur l’élection depuis 1789. Je pense même qu’on pourrait proprement parler de démocratie, étant donné que le tirage au sort donne le pouvoir au demos (certes pas rassemblé en corps mais au premier venu), et non pas à l’aristos (qui a besoin de l’élection pour s’imposer).
"Sauf à admettre que la restitution-sic du pouvoir au peuple reviendrait à s’en remettre à l’affectif, au passionnel, aux états d’âme, aux préjugés et aux idées reçues du moment. Inacceptable, j’imagine… Alors pour ce qui est de s’informer de manière assez approfondie pour participer intelligemment à la discussion avant de voter, notre citoyen-souverain qu’aucune complexité ne rebuterait plus, devrait avoir besoin de 150 à 180 jours par mois, pour remplir ses rôles municipal, départemental, régional, national et continental, au plus près de sa conscience."
=> Dans l’immédiat, il n’est pas question, ni chez moi, ni chez machiavel (si j’ai bien suivi), de restituer le pouvoir au peuple entier rassemblé au corps, mais de changer massivement la logique de distribution des charges politiques en remplaçant l’élection par le tirage au sort. Avec cette option, les tirés au sort seraient des hommes politiques à plein temps, comme le sont ceux d’aujourd’hui, sans être des professionnels pour autant. Vous nous faites prôner ce qu’on ne prône pas. Cela étant dit, sur le plan municipal (l’échelle démocratique par excellence), l’hypothèse de restituer le pouvoir au peuple rassemblé en corps est déjà moins utopique et tout à fait accessible. Dans la lointaine, utopique et exotique Suisse, 80 % des communes n’ont pas de conseil municipal : les citoyens y exercent eux-mêmes leur souveraineté.
"Puisque le pouvoir aura été rendu au peuple, les "tirés au sort" auront comme fonction principale de mettre en oeuvre les décisions prises par le peuple - et en aucun cas par eux-mêmes, sinon ce ne serait plus le pouvoir au peuple - alors le principal filtre sera la brièveté de leur mandat non renouvelable."
=> C’est à discuter. On peut, à mon sens, accorder des mandats plutôt longs (plusieurs années) : la docimasie et la possibilité permanente de révoquer seraient, je crois, suffisants pour empêcher les tirés au sort d’outre-passer leurs fonctions.