Vidéo très intéressante, ça me donne envie d’acheter le livre. Le début sur la dictature du manque de clarté intellectuelle m’a fait beaucoup rire, ça m’a rappelé Bouveresse :
Malheureusement, l’auteur se contredit un peu plus loin en critiquant lui-même le rationalisme.
Concernant le libéralisme, l’analyse est juste et précise, mais faite de l’intérieur (référence à Lock, Hume, Smith, etc.). C’est une bonne chose, car la vraie pensée libérale échappe au libéraux eux mêmes.
Toutefois, si l’auteur prétendait parler de l’extrême gauche, il est quand même extrêmement dommage qu’il n’est pas été capable d’aller chercher le point de vue de Marx sur ces problématiques. Soyons clairs : Bourdieu n’est pas d’extrême gauche, c’est un bourgeois démocrate. Comment l’auteur ose citer Besancenot à côté de Lock ? C’est du foutage de gueule, du manque d’honnêteté intellectuelle.
Les réflexions idéalistes des penseurs libéraux (en effet éthique pour l’essentiel : individualisme, humanisme, droit de l’hommisme, bref : les lumières...) reposent sur la nécessité historique de la Bourgeoisie de renverser l’ancien régime, d’instaurer l’économie de marché, et de détruire entièrement tous les restes de l’ancienne société (l’auteur en parle rapidement en répondant à une question (!) vers la 45ème minute) :
’Partout où [ la bourgeoisie ] a conquis le pouvoir, elle a foulé aux pieds les relations féodales, patriarcales et idylliques. Tous les liens complexes et variés qui unissent l’homme féodal à ses "supérieurs naturels", elle les a brisés sans pitié pour ne laisser subsister d’autre lien, entre l’homme et l’homme, que le froid intérêt, les dures exigences du "paiement au comptant". Elle a noyé les frissons sacrés de l’extase religieuse, de l’enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité petite-bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste. Elle a fait de la dignité personnelle une simple valeur d’échange ; elle a substitué aux nombreuses libertés, si chèrement conquises, l’unique et impitoyable liberté du commerce. En un mot, à la place de l’exploitation que masquaient les illusions religieuses et politiques, elle a mis une exploitation ouverte, éhontée, directe, brutale.’
Mettre ce type de citations aurait quand même été plus honnête intellectuellement que nous sortir cette histoire de sex toys

Bref, l’auteur semble sous-entendre que puisque le libéralisme est l’outil idéologique de la bourgeoisie pour renverser les valeurs éthiques de l’ancienne société ; être anti-libéral implique d’être conservateur vis à vis de ces anciennes valeurs. C’est un raisonnement extrêmement simpliste, à la limite de la bêtise.
Pire : il sous entend que ceux qui luttent contre le reste des anciennes valeurs (sacré&co) participe au mouvement libéral. Désolant de naïveté.
Les valeurs moral de l’ancien régime ne sont pour l’extrême gauche, comme le montre ma citation de Marx, que des illusions qui servaient à masquer la réalité de l’exploitation.
Le prolétariat, vu par l’extrême gauche, a pour mission historique le renversement de la Bourgeoisie ET des restes de l’ancien régime.
Oui, la Bourgoisie a été révolutionnaire en son temps en renversant l’Ancien Régime et en détruisant les fausses valeurs nihilistes de la religion et de la moral chrétienne ; Oui, la Bourgeoisie (l’Oligarchie Fiancière aujourd’hui) est l’ennemi de l’extrême gauche ; ce n’est pas pour autant que l’Extrême Gauche doit s’allier aux fausses valeurs morales de l’ancienne aristocratie pour lutter contre la bourgeoisie.
Nous allons continuer le travail de destruction des anciennes valeurs entamer par la Bourgeoisie, Nous allons continuer à avancer vers un système politique et économique fondé sur la rationalité plutôt que sur l’Ethique, Mais Nous renverserons aussi la bourgeoisie financière.
Nous ne le ferons pas parceque nous considérons que leur système est mauvais ou qu’ils sont méchants. Nous le ferons car il n’y a pas d’autre possibilité pour avancer. La bourgeoisie et son système économique défaillant représente un obstacle pour l’évolution technique et scientifique de l’humanité.
Nous ne voulons pas ’freiner’ le développement du libéralisme, nous voulons hâter sa fin.
Bref : L’auteur a trop lu d’auteurs libéraux et pas assez de penseurs communistes. L’auteur est un petit bourgeois dont les conditions de vie lui permettent de passer beaucoup de temps à réfléchir sur des problématiques éthiques. L’auteur n’est pas matérialiste, il n’est pas révolutionnaire. Il est un conservateur qui au fond de lui croit que lutter contre le libéralisme consiste à retourner aux valeurs féodales.