Aujourd’hui quand quelqu’un écrit, on se pose la question de sa légitimité et de l’aspect politiquement correct ou non de son discours. Le but, in fine, est d’étouffer dans l’oeuf toute littérature, toute opinion dérangeante.
Je rappellerai simplement que l’antisémitisme fut véhiculé par l’idéologie chrétienne (pseudo-sacrifices rituels d’enfants chrétiens, hosties prétendûment profanées par les juifs) depuis plus d’un millénaire, que ce n’est une invention ni de Céline ni a fortiori de Lorant Deutsch. J’ajoute que si la shoah a eu lieu, c’est que le nazisme a trouvé un terrain favorable à son éclosion.
Céline a écrit quelques pamphlets antisémites avant la seconde guerre, d’ailleurs toujours accessibles sur le net, dont "Bagatelle pour un massacre". J’ai tenté de le lire et me suis limité aux 50 premières pages. Les insultes répétitives à l’égard du peuple dit "élu" foisonnent effectivement. Mais doit-on condamner toute l’oeuvre littéraire d’un homme pour l’unique raison qu’il pensait "dans l’air du temps", qu’il "se laissait porter par le courant" ?
Le docu auquel Lorant Deutsch collabora est remarquable pour ceux qui sont curieux de découvrir et de mieux comprendre l’homme qui signa "Le voyage au bout de la nuit" ; et le précité a rendu le commentaire particulièrement vivant.
Céline est un écrivain de génie ; si on veut condamner certaines idéologies puantes on pourrait chercher avec profit les racines de celles-ci dans une chrétienté qui a cuit des juifs en barbecue tout au long du Moyen Age, qui les força à se convertir et qui créa l’air du temps favorable aux chambres à gaz allemandes. De nombreux versets du Coran recommandent également de leur "faire un sort" à longueur de versets. Ce n’est pas Céline qui inventa l’antisémitisme !
Et je rappelle que si Hitler accéda au pouvoir en 34, c’est beaucoup grâce au Zentrum chrétien allemand de Von Papen qui s’unit avec le parti nazi qui, à lui seul, n’avait récolté que 33% des voix.
Des individus écrivent, émettent des points de vue. Parmi ceux-ci, certains voient juste, éclairent la masse, d’autres se trompent ; peu importe ! Chaque lecteur a également une responsabilité : celle d’analyser les info, de les recouper, de raisonner, de critiquer et de se faire "sa religion" à la lumière des arguments développés par les uns et les autres. Avouons que c’est plus aisé aujourd’hui grâce au Web.
Mais combien continuent à croire aujourd’hui, malgré la présence dans notre univers culturel d’outils d’information où tous les points de vue trouvent leur défenseur, en des idéologies irrationnelles qui furent proches des monarchies sous l’Ancien Régime et des dictatures de droite depuis ? C’est pourtant là, dans cette apathie, ce manque de curiosité, que se situe la genèse de beaucoup de crimes, de génocides épouvantables. commis par des pouvoirs politiques avec l’appui complice des religions.
Les écrivains ont le droit d’écrire ce qu’ils veulent, les penseurs de penser, les uns et les autres de se tromper, mais le responsable reste celui qui met son bulletin dans l’urne ou qui s’abstient. Et ensuite de la proclamation du scrutin, il y a les rapprochements coupables de partis politiques pour lesquels l’accès au pouvoir reste l’unique objectif.