Pour reprendre l’argumentaire de madame Sigaut, il est vrai que Voltaire refuse les Arts et les Lettres à la populace (pas toujours si éloigné de Rousseau que ça l’Arouet !...), quand il écrit dans sa lettre du 1er avril 1766 à M. Dalilaville :
"Je crois que nous ne nous entendons pas sur l’article du peuple, que vous croyez digne d’être instruit. J’entends, par peuple, la populace qui n’a que ses bras pour vivre. Je doute que cet ordre de citoyens ait jamais le temps ni la capaciité de s’instruire ; ils mourraient de faim avant de devenir philosophes. Il me paraît essentiel qu’il y ait des gueux ignorants. Si vous faisiez valoir, comme moi, une terre, et si vous aviez des charrues, vous seriez bien de mon avis. Ce n’est pas le manoeuvre qu’il faut instruire, c’est le bon bourgeois, c’est l’habitant des villes : cette entreprise est assez forte et assez grande."
mais considérez maintenant la suite de la lettre :
"Il est vrai que Confucius avait dit qu’il avait connu des gens incapables de science, mais aucun incapable de vertu. Aussi doit-on prêcher la vertu au plus bas peuple ; mais il ne doit pas perdre son temps à examiner qui avait raison de Nestorius ou de Cyrille, d’Eusèbe ou d’Athanase, de Jansénius ou de Molina, de Zuingle ou d’Œcolampade. Et plût à Dieu qu’il n’y eût jamais de bon bourgeois infatué de ces disputes ! Nous n’aurions jamais eu de guerres de religion ; nous n’aurions jamais eu de Saint-Barthélemy. Toutes les querelles de cette espèce ont commencé par des gens oisifs qui étaient à leur aise ; Quand la populace se mêle de raisonner, tout est perdu."
"Je suis de l’avis de ceux qui veulent faire de bons laboureurs des enfants trouvés, au lieu d’en faire des théologiens. Au reste, il faudrait un livre pour approfondir cette question ; et j’ai à peine le temps, mon cher ami, de vous écrire une petite lettre."
Venir expliquer que ce Voltaire n’est décidément qu’un monstre doublé d’un salopard pour penser ce qu’il pense est un peu court en matière de réflexion historique. Que dit d’autre, dans le fond, un Mélenchon quand il critique le Tibet dans lequel il ne voit que des moines aussi oisifs que contemplatifs entretenus par les laboureurs et les ouvriers ?
Ne vous contentez pas des morceaux choisis idéologiquement par les uns ou les autres, lisez et faites vous votre propre avis. Voilà ma ligne de conduite.