Plus exactement encore ( on n’arrête pas l’exactitude en marche
), les associations de constructeurs de cathédrales contenaient à la fois une dimension philosophique et une dimension technique (et leur origine est antérieure à l’époque médiévale, même si cela est plus difficile à tracer historiquement). Lorsque la dimension spéculative et la dimension opérative se séparèrent, une franc-maçonnerie matérialiste et politique s’organisa d’un côté tandis que les organisations compagnonniques perdurèrent comme simples conservatoires des savoir-faire. Ce qui signifie que les deux entités perdirent quelque chose de précieux dans ce divorce : leur âme. Car l’âme n’existe que dans la relation entre le corps et l’esprit. Séparer le spéculatif de l’opératif, voilà ce qui fut la mauvaise idée. D’ailleurs, ce n’était pas vraiment une idée, plutôt une impulsion, un effet de l’esprit du temps, de ce temps obscur qui est le nôtre.
La maçonnerie vivante, qui était à la fois spéculative et opérative, était au service de la transcendance (pour faire simple disons de la religion) mais n’élevait pas de temple à sa propre gloire (elle élevait des cathédrales, et pas seulement avec des "ouvriers bâtisseurs" mais aussi avec des maîtres constructeurs, des savants). C’est pourquoi un "temple maçonnique" est une chose vide de sens, même si on remplie cette chose d’une profusion de symboles anciens et de références vénérables pour dissimuler son absence d’âme. C’est comme si un homme construisait une chapelle à sa propre gloire au fond de son jardin et inventait des rituels pour se rendre hommage à lui-même.