@Avlula
L’intercession des saints, le culte des saints, quand on se penche dessus, c’est vraiment quelque chose de fascinant, d’illimité. J’ai vraiment du mal à comprendre le point de vue protestant, peut-être là encore parce qu’il me parait trop froid, neutralisé, pasteurisé. Ca parait peut-être plus présentable, plus rationnel, sauf que ça perd aussi énormément en saveur.
Dieu s’est incarné, et Jésus a eu des disciples, des parents, des amis, ce Dieu qui s’est fait des amis sur Terre, et même avant son incarnation, il y avait des gens respectables, des prophètes, des saints, des patriarches, la question est comment va-t-il les traiter dans le ciel ?
Quand je regarde la définition de vénérer, j’obtiens la réponse : éprouver un profond respect pour quelqu’un. Et justement est-ce que je n’éprouve pas un profond respect pour tous ceux qui ont suivi le Christ, qui ont décidé de porter leur croix, de prêcher l’évangile ? Ne faudrait-il pas respecter aussi ces amis de Dieu ? N’est-ce pas une grande chance de les avoir en exemple ? Ne pouvons-nous pas remercier notre Dieu de nous les avoir donnés ? D’ailleurs le culte des saints n’est-il pas en réalité un véritable culte de Dieu ? un culte de sa grande générosité ? de son goût pour la différence et la multitude car aucun saint ne se ressemble, tous ont des dons divers et variés ?
Quand nous prions un saint, que nous lui demandons d’intercéder pour nous ou pour d’autres, le mot final que nous avons ne revient-il pas à Dieu ? N’est-ce pas Dieu qui répond à leurs appels qu’ils savent mieux formuler que nous ?Ce culte, n’est-il pas un grand merci à Dieu de nous les avoir donnés en exemple afin de pouvoir parvenir comme eux à la félicité ?
Comment ? Que dites-vous ? Ce culte serait diabolique ! Ce Dieu serait donc un Dieu jaloux vous me dites ? Dieu jaloux des amis qu’il s’est fait, amis qui nous disent pourtant qu’eux-mêmes ne sont rien en comparaison, que seul Dieu compte. Marie une divinité qui ferait de l’ombre à Dieu alors que ce qu’il y a de plus important pour elle, c’est justement ce divin fils qu’elle tient dans les bras ?
Franchement, j’ai du mal à voir un quelconque sérieux la dedans, ou alors comme je l’ai dit, ce n’est pas la même foi, la même générosité de Dieu, la même expérience du divin en fin de compte.
Le culte des saints, est en plus quelque chose de vérifiable, d’incarner, il suffit de se rendre dans les églises, si possible anciennes, respectables, pour constater les Ex Voto, c’est à dire que certaines personnes ont eu recours à l’intercession d’un saint et qu’ils ont obtenu gain de cause. Qu’ils soient morts ou vivants cela joue peu, les saints thaumaturges sont souvent autant efficaces par leur intercession de leur vivant qu’une fois mort, donc on aurait tendance à penser qu’ils sont toujours actifs même morts, que Dieu leur accorde les mêmes droits parce qu’ils lui sont très chers, qu’ils sont donc auprès de Dieu dans ce qu’on appelle communément l’église triomphante, celle à laquelle nous pouvons recourir.
Il y a de plus plein de saints qui m’ont fait comprendre tout un tas de choses, j’ai beaucoup appris par eux et j’ai encore plus à apprendre, que ce soit par les saints les plus versés dans la théologie, les humbles, les mystiques, les consumés par Dieu, ceux qui sont au service du prochain, du plus pauvre, parce que tout simplement dans le plus pauvre, ils voient le Christ. J’ai pris des claques en compréhension de Dieu et de son oeuvre avec le Curé d’Ars réputé pourtant piètre théologue, j’ai compris comment des choses en apparence compliquées peuvent devenir toutes simples. Quand je lis du saint Augustin, j’ai l’impression qu’il est vivant, à côté, tellement par son langage on peut sentir son coeur embrasé. Et c’est sans doute cela qui me rend difficile l’impossibilité de penser que les saints ne sont pas auprès de Dieu, les saints et Blaise Pascal aussi.
D’ailleurs, tout cela me fait penser à ce passage de Nietzsche dans le gai savoir, qui lui aussi à ses saints et qui explique ainsi d’une certaine manière ce phénomène si étrange d’avoir l’impression qu’ils sont vivants :
"La descente aux enfers : Moi aussi, j’ai été aux Enfers comme Ulysse et j’y serai souvent encore ; et pour pouvoir parler à quelques morts, j’ai non seulement sacrifié des béliers, je n’ai pas non plus ménagé mon propre sang. Quatre couple d’hommes ne se sont pas refusés à moi qui sacrifiais : Epicure et Montaigne, Goethe et Spinoza, Platon et Rousseau, Pascal et Schopenhauer. C’est avec eux qu’il faut que je m’explique, lorsque j’ai longtemps cheminé solitaire, c’est par eux que je veux me faire donner tort et raison, et je les écouterai lorsque devant moi ils se donneront tort et raison les uns aux autres. Quoi que je dise, quoi que je décide, quoi que j’imagine pour moi et les autres : c’est sur ces huit que je fixe les yeux et je vois les leurs fixés sur moi. Que les vivants me pardonnent s’ils m’apparaissent parfois comme des ombres, tellement ils sont pâles et attristés, inquiets, et, hélas ! tellement avides de vivre : tandis que ceux-là m’apparaissent alors si vivants, comme si, après être morts , ils ne pouvaient plus jamais être las de vivre. Or, ce qui importe, c’est bien cette vivace pérennité : que nous fait la "vie éternelle", et, en général, la vie !"