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Commentaire de Joe Chip

sur Le libéralisme est-il de gauche ?


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Joe Chip Joe Chip 1er octobre 2015 01:44

@cassia

Le libéralisme puise son origine dans les Evangiles, c’est une évidence pour tout lecteur attentif et objectif. Je dis bien : dans les Evangiles, et pas dans l’Eglise chrétienne (le dogme). C’est sans doute d’ailleurs une des raisons pour lesquelles l’institution a toujours cherché à contrôler l’accès des croyants à la Bible et en a réservé la lecture et la transmission à une classe sacerdotale chargée d’interpréter le message de Jésus. L’Eglise romaine a toujours conservé le souvenir des hérésies des premiers siècles qui résultaient en réalité d’une profusion d’interprétation du message de Jésus. L’Eglise a capté le texte pendant près de 1000 ans... mais le texte a fini par reprendre le dessus avec la Réforme et l’humanisme. Le libéralisme chrétien s’est réactivé tel un virus et a commencé à se répliquer grâce à l’imprimerie puis a muté avec les évolutions philosophiques et économiques du XVIII ème siècle, avant de changer radicalement de nature à la fin du XIXème siècle en perdant ses derniers liens avec le christianisme originel. 

Les Juifs sont restés en grande partie dans leur culture tribaliste jusqu’au début du XIXème siècle quoiqu’en disent les Hillard & cie. Ils n’étaient d’ailleurs pas les seuls à pratiquer l’usure au Moyen-Age qui était très répandue - y-compris chez les chrétiens - contrairement à l’idée reçue, lire les travaux éclairants de Jacques le Goff à ce sujet. C’est ce qui explique le rappel incessant à la règle de la part de l’Eglise : tout simplement parce que les chrétiens l’enfreignaient. Dans les campagnes, les gens prêtaient à intérêt à leur voisin, etc... 

Le communisme puis son origine dans les Actes des Apôtres et l’expérience de l’attente du retour du Messie par les premiers chrétiens qui tentaient de reproduire le mode de vie pastoral de Jésus, sans avoir son charisme ni son génie, ce qui créait des problèmes avec la population : les chrétiens se marginalisaient. Il y eut de grosses chamailleries entre Paul et les apôtres du fait de ces problèmes d"’intendance". Paul insista donc beaucoup sur la notion de labeur quotidien car il percevait sans doute les limites de l’ascétisme de la communauté judéo-chrétienne primitive. Jésus était un petit entrepreneur qui multipliait les pains et créait autour de lui la joie et la ferveur. Les apôtres, eux, taxaient le pain à la population sous des prétextes spirituels, ce qui ne renvoie plus du tout à la même activité symbolique ni au même type de morale... 

Donc on peut en conclure que la liberté et l’égalité sont deux facettes de l’expérience chrétienne et que l’identité occidentale s’est toujours définie en fonction du "troc" qui s’établissait entre ces deux notions.

La fraternité est une autre idée chrétienne, totalement étrangère au judaïsme qui ne reconnaît que les liens du sang élargis à la communauté, mais pas au-delà. La fraternité c’est la famille étendue à l’humanité, c’est à dire l’universalisme chrétien.

On peut se demander dans quelle mesure le judaïsme émancipé et sécularisé a pu influencer voire instrumentaliser ces idées à l’époque moderne mais il faut bien comprendre que les intellectuels juifs vivent dans l’horreur d’être absorbé par "l’universel" qui signifierait la fin de l’exclusivité juive et de sa préemption du dieu unique. C’est pourquoi quelqu’un comme Finkielkraut rejette aujourd’hui violemment la "religion de la shoah" (cf excellente émission de France Culture consacrée à ce sujet récemment avec Alain Besançon : http://www.franceculture.fr/emission-repliques-y-a-t-il-une-religion-de-la-shoah-2015-09-26) car il y voit une tentative d’accaparation et de dissolution de l’expérience juive dans l’universel.


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