@Qaspard Delanuit
A) « LA NATION EST ACTUELLEMENT LA DIMENSION A LAQUELLE L’HUMANITE PEUT LE
MIEUX EXERCER SA CONSCIENCE POLITIQUE ET CE SERAIT UNE ERREUR DE
PRETENDRE LA SUPPRIMER AU PROFIT D’UNE CONSCIENCE PLUS ELARGIE
(CONTINENT OU MONDE). »
1° L’humanité est la nature commune des hommes, c’est une essence, une abstraction. Or, la conscience est une faculté des personnes, selon leur existence singulière et concrète, elle n’est pas faculté de l’essence elle-même. Les propriétés de l’élément ne sont pas transposables à l’ensemble. L’essence humaine (ensemble) consiste en des existences (éléments) possédant, à divers degrés, la faculté de conscience. C’est un sophisme d’affirmer que l’humanité aurait une « conscience politique ». L’humanité n’a pas de conscience propre, elle comprend des membres qui en ont chacun leur conscience propre. C’est le fait de cette propriété de conscience singulière donnée à des existences qui doivent vivre en groupe qui implique le politique, lequel consiste en débats, confrontations des points de vues distincts, issus d’états de conscience distincts.
2° La Nation est une abstraction du principe d’autorité, née au moment de la révolution. Avant celle-ci, l’autorité s’incarne dans une personne concrète, le Roi, Père de la Nation, auquel ses sujet rendaient hommage par des actes concrets. Après la révolution, suite à la mort du Roi, il n’y a plus personne à qui rendre hommage, d’où un problème de reconnaissance de l’autorité. La Nation n’est que le signe abstrait, le symbole, d’une autorité acceptée en commun, un Roi, un chef de l’état, qui en définit les contours. Sans le Roi, la Nation perd son aspect concret, elle n’est plus qu’un symbole. Or, un symbole n’a pas d’autorité par lui-même - pour qu’il en ait, il faut que certains y croient. L’autorité est une propriété qui ne peut être attribué qu’à une existence concrète, un homme fait de chair et d’os, car, pour y souscrire, ses sujets doivent lui rendre un hommage solennel, un serment de fidélité. On ne peut rendre hommage ni jurer fidélité à une idée abstraite, qui plus est peu à peu devenue sans contenu ni définition précise, faute d’auteur apte à la définir.
C’est le défaut de la France post-révolutionnaire : on s’y gargarise d’abstraction. Mais cela ne fonctionne que pour ceux qui y croient...
Il faut dire, tout simplement, que « l’État est le cadre politique constitué. En changer risque de poser des problèmes politiques sans fin, ses lois étant le reliquat d’accords politiques passés ». Mais, pour ma part, je pense que, sur certains sujets, l’État est beaucoup trop étendu pour être le cadre politique idéal. En effet, le Politique est impliqué par la coexistence d’êtres dotés de consciences distinctes, donc dotés de besoins et d’aspirations propres, ce en quoi ils doivent s’accorder. Or la coexistence est contrainte par la localité : on ne coexiste pas avec des gens qu’on ne fréquente pas. Donc le cadre politique pertinent est généralement bien plus petit que la Nation. Il faudrait sur ce point toute une réflexion sur les divers cadres politiques, étant entendu, par exemple, que le cadre politique de gestion de l’eau concerne les bassins versants, que le cadre politique du voisinage concerne les quartiers, que le cadre politique des poids et mesures concerne l’État et même au-delà,...etc. Mais cela implique de considérer concrètement ce qui est potentiellement sujet à dispute entre les gens, pour en déduire l’étendu du cadre politique de leur régulation, chose que les délires révolutionnaires, trop abstraits et idéalistes, empêche.
B) « C’est ce que je voulais dire en écrivant que la conscience n’a pas
d’autre but qu’elle même ou, si vous préférez, que son seul but est son
propre élargissement (le but de la conscience est d’être consciente). »
1° un Être qui n’aurait d’autre but que de croître sans cesse, ce serait un être affecté par l’hybris, par la démesure ; un Être qui n’aurait d’autre but que lui-même, ce serait un Être narcissique.
2° il y a en amont de cette affirmation le même genre d’erreur que ci-dessus : la Faculté d’avoir un but n’est donnée qu’à une Existence
singulière, et non pas à la Faculté d’une existence : la conscience
n’est pas un Être qui aurait ses finalités.
Ces affirmations montrent de gros défaut de conception du sujet :
L’humanité est l’ensemble des hommes. Les hommes, éléments de l’humanité, sont des existences singulières, dotées de facultés, communes à chaque membre de l’humanité, mais dont l’état est propre à chacun. L’humanité n’hérite pas des facultés de ses éléments : l’humanité n’a pas de conscience, l’humanité rassemble des existences conscientes. Avoir un but est propre à une existence, c’est aussi une faculté, dont l’état est propre à chacun. La faculté d’une existence, comme la conscience, ne peut hériter des autres facultés de cette existence, comme celle d’avoir un but. L’affirmer, c’est tout mélanger. Si toute voiture qui roule (tout homme qui existe) a un moteur qui fonctionne (une conscience) et une direction (un but), on ne va pas dire qu’un moteur qui fonctionne (une conscience) est une voiture (une existence) et que ce moteur (cette conscience) a la faculté d’avoir une direction (un but)...