@Qaspard Delanuit
Vous pourriez aussi vous demander pourquoi ne dit-on pas « Savoir en Dieu », plutôt que « Croire en Dieu ». En effet, si vous tenez que telle doctrine pousse ses adeptes à se fier à ses dogmes sans discernement, Savoir étant défini comme « Appréhender par l’esprit, avoir la connaissance complète de, pouvoir affirmer l’existence de », c’est l’expression « Savoir en Dieu » qui aurait du être consacrée.
Or, tel n’est pas le cas. C’est vrai qu’il est vain d’espérer une connaissance complète de Dieu, puisqu’il est infini, et reste toujours mystérieux.
Et ça tombe bien : Croire étant défini comme une posture intellectuelle où domine l’affirmation (pour permettre d’agir), mais mâtinée d’interrogation (pour permettre de penser), la perspective de pouvoir affirmer l’existence de Dieu, mais tout en s’interrogeant continuellement à son sujet, a consacré l’expression « Croire en Dieu ». Si un croyant ne doutait pas des intentions de Dieu, il ne le prierait pas. S’il était persuadé de connaître entièrement sa volonté, il n’aurait jamais besoin de se référer aux écrits qui l’évoque.
Il n’y a donc pas deux significations distinctes du verbe « Croire » selon le domaine, car, dans tous les cas, sa signification est bien déterminée par cette idée d’une posture intellectuelle globalement affirmative, mais néanmoins mâtinée d’interrogations. Lorsque l’on « croit EN quelque chose », l’objet affirmé est introduit par la préposition « EN ». Donc si « je crois EN un Dieu d’amour », j’affirme sans nul doute l’existence d’un Dieu qui aime, mais je continue de m’interroger par ailleurs, sinon je dirais « je sais EN un Dieu d’amour ».
Ceux qui tiennent le fait de croire comme une posture intellectuelle dénuée d’interrogations se trompent. Ceux qui le font accroire aux autres réalisent une tromperie. L’athéisme militant n’y est pas étranger. Il lui a fallu détourner le verbe croire de son véritable sens, pour caricaturer les fidèles du catholicisme comme des être infantiles et dénués de toute capacité de réflexion. Mais « croire » sans s’interroger, c’est au-delà de croire : ce serait outre-croire, prétendre savoir, outrecuider. C’est vieux comme le monde que la propagande cherche à subvertir les mots. Mais, ainsi, par cette tromperie sémantique, l’athéisme militant a semé dans notre culture les germes de l’arrogance, de l’outrecuidance, de la présomption.