@Qaspard Delanuit
1. On pourrait fort bien prescrire à l’homme d’être libre
On ne peut pas prescrire à quelqu’un quelque chose qu’il est dans l’impossibilité de choisir. Le bébé n’a pas choisi d’être totalement dépendant de ses parents à sa naissance.
2. La DDH ne prescrit pas à l’homme d’être libre, mais le devoir de respecter la liberté humaine (elle proscrit donc la mise en servitude d’autrui)
Dans ce cas, la ddh aurait écrit « aucun homme ne doit naître serf »
J’avais écrit : "Or, il n’existe aucun homme absolument libre dans la nature."
vous avez rebondi : Je rebondis juste sur cette phrase que je trouve
intéressante parce qu’elle résume bien la tendance que vous avez sur ce
débat à poser les problèmes en des termes absurdes pour ensuite conclure
à des absurdités que vous prétendez dénoncer.
"Dans la nature", il n’existe aucun homme. Poser la
question de sa liberté n’a donc aucun sens. Le concept de droit naturel
se réfère à une "nature humaine" intuitionnée et non à "l’homme dans la
nature" au sens d’un "humain naturel" qu’on attendrait en vain aussi
longtemps que Godot.
Vous rebondissez sur un fragment du raisonnement, qui reprend la querelle des universaux, et que vous avez pris de travers, la faute à la polysémie du mot nature, que j’ai employé dans deux sens : l’un pour « essence » et l’autre pour « monde ». Je vais évacuer ce mot pour que vous compreniez mieux. Il est question de « la nature de l’homme », autrement dit, de son essence, dont on déduirait le droit, selon la doctrine du droit naturel. Or, personne ne perçoit jamais l’essence de l’homme elle-même, puisque, dans la nature, ou dans le monde, ou dans la réalité si vous préférez, on ne perçoit que des existences humaines, qui sont des réalisations particulières de l’essence de l’homme. Il s’ensuit que l’essence humaine est toujours induite (ou intuitionnée comme vous dites) à partir des exemplaires de l’humanité que l’on a sous les yeux. Tout discours sur l’essence humaine vient toujours comme un concept idéal. Or, dans le monde, il n’y a pas d’homme qui soit vraiment libre : nous n’en avons aucun exemplaire sous les yeux. Ainsi, comment peut-on, vu l’absence d’hommes réellement libres, induire que l’essence de l’homme serait d’être libre ? On ne le peut. On ne peut qu’induire que l’homme n’est pas libre.
A votre affirmation absurde, je réponds donc ceci : Par nature, l’homme est absolument libre
et absolument sociable. Si une forme humaine ne l’est pas, c’est que
l’humanité n’est pas encore parfaitement accomplie en elle.
Votre réponse est proprement effrayante : D’abord, vous induisez pour l’essence humaine une caractéristique contraire à ce que montre constamment l’existence humaine. Puis, comme le raisonnement est pris à défaut, plutôt que de simplement admettre que ce raisonnement est absurde, vous vous permettez de récuser l’humanité d’autrui. Mais c’est l’humanité de chacun qui vous décevra, puisque c’est votre conceptualisation qui est erronée... Ceci, sans évoquer le fait que « être absolument libre » et « être absolument social » sont deux prédicats contradictoires pour une même essence, ce qui est impossible.