@Éric Guéguen
Dans la nature, il n’y a pas de "droits" à proprement parler, il y a des
nécessités qui nous contraignent. Il n’y a donc pas de "droits de
l’homme", il n’y a que des "nécessités de l’espèce". Elles sont à la fois, et par définition universelles ET déterministes.
Je vais peut-être sortir du sujet, mais il faut clarifier les termes, et je le ferais à coup d’étymologie :
Le mot droit vient du latin directus, qui a donné aussi le mot direction. Un droit est une direction licite que peut prendre un homme.
Le mot universel a, historiquement, deux acceptions : l’une est reliée à la cause essentielle et dénote une essence commune : il a été utilisé pour traduire, chez Aristote, le terme grec « cata holou », qui signifie “pour tous”, terme qui a donné par ailleurs le mot catholique. L’autre est reliée à la cause finale et dénote une finalité commune : il a été utilisé pour traduire dans la bible le terme grec « homothymaddon », qui signifie “d’un même élan”. Ce dernier sens est celui qui a guidé la construction du terme : “être universel” c’est “être uni vers” (d’où le terme université, au sens assemblée), c’est être “comme un”.
Ces deux sens se sont confondus, puisque Dieu est à la fois l’origine et la finalité de tout. Tout vient de Dieu, tout va à Dieu.
Le défit de l’organisation politique est que la société doit être un tout cohérent. Puisque « toute cité divisée par elle-même périt », elle doit donc être une université (au deuxième sens d’universel), qui suit une direction commune (ou Bien Commun, le bien étant un but licite), bien qu’elle soit composée par ailleurs d’une diversité d’hommes, chacun ayant sa trajectoire propre, motivé en premier par l’obtention de son Bien propre.
Autrement dit, la diversité des directions particulières, visant des Biens particuliers, doit concourir à la direction commune de l’université politique, visant son Bien Commun. Autrement dit, la diversité des droits doit concourir au droit de l’université. Une société est une multiplicité versée à l’unité.
Or, avec le prestige des sciences naturelles, qui ont fini par évacuer la notion de cause finale, pour ne laisser que la notion de cause essentielle, l’universel a perdu sa seconde signification, celle de but commun, pour ne garder que la première, celle d’origine commune. Le droit, lui-même, en tant que direction, en fut désorienté. Pour tracer une droite, il faut au moins deux points, l’un à l’origine (à gauche), l’autre à la fin (à droite).
Le concept de « droit naturel » souffre de ces tares congénitales. Il prétend ne procéder que de l’essence humaine, de sorte que l’universel qu’il présente n’est que celui lié à l’origine de l’homme, oubliant l’universel lié aux finalités, qui est pourtant l’universel déterminant en matière de droit.
Je pense que les deux siècles passés ont suffisamment montré que ces théorisations étaient délirantes pour que l’on passe à autre chose.