@maQiavel
"De façon générale , mon opinion est la suivante : si les droits individuels ont des limites , la souveraineté populaire en a aussi. Et parmi ces limites à la souveraineté populaire , il y’a les droits individuels dont la liberté vestimentaire fait partie."
Voilà qui devient intéressant, et c’est de plus un sujet incontournable pour les ateliers constituants. Tout d’abord je suis parfaitement d’accord avec l’idée que la décision démocratique ne doit pas passer systématiquement au-dessus du droit individuel. Par exemple, je ne pense pas qu’une votation, même rigoureusement démocratique et même si elle était quasiment unanime, doit pouvoir m’interdire de prier chez moi, d’écrire un concerto ou de porter des sous-vêtements rouges.
Pourquoi ? Parce que cela relève de "l’intime" ; et la seule chose que doit pouvoir dire le politique au sujet de l’intime est que cela ne regarde pas le politique.
En revanche, le vestimentaire (si l’on ne parle pas des vêtements invisibles) ne me semble pas relever de l’intime seulement. C’est une interface, car s’il touche ma peau d’un côté, il est visible de l’autre côté et a donc un impact esthétique et symbolique à l’extérieur. On peut même facilement admettre que nos vêtements sont encore plus perceptibles pour les autres que pour nous-mêmes, un peu comme la façade de notre maison ou le son qui sort de notre bouche quand nous chantons très fort. Or tout ce qui se manifeste publiquement et peut affecter l’environnement social — bruit, image, odeur, etc. - concerne l’autorité publique au moins dans une certaine mesure.
C’est la raison pour laquelle j’admets la possibilité théorique d’une décision démocratique réglementant le port de chaussures rouges (pour reprendre votre exemple). D’ailleurs il est facile (et amusant) d’imaginer qu’une société utilise des chaussures aux couleurs vives comme symbole d’autorité ou de compétence et que la couleur rouge, qui se voit bien de loin, soit par exemple réservé aux policiers ou bien aux pompiers. Le choix de la couleur de vos chaussettes, si elles sont invisibles à l’extérieur, resterait cependant une liberté inaliénable, comme celle de votre slip. 
Dans cette logique, la combinaison de bain intégrale serait à l’abri de toute décision démocratique... à la stricte condition d’être portée invisiblement en dessous d’un maillot deux pièces qui la dissimule entièrement.
