@maQiavel
Je n’utilise pas les mots tels qu’ils sont employés "dans les médias" ou par des politiciens. J’entends rarement dans les médias français ou dans les commentaires politiques une formulation comme "identitaire de gauche" que je trouve néanmoins très pertinente pour caractériser l’évolution ou la dérive identitariste d’une partie de la gauche.
Par ailleurs, j’accepte tout à fait la nuance sémantique sur l’utilisation adjectivale du mot identitaire ("conscience identitaire", "représentation identitaire") mais cette nuance subsiste difficilement quand on l’emploie comme nom. Le terme "identitaire" a une généalogie précise dans l’histoire des idées et provient de la scission entre les nationalistes "intégraux" (qui ont fondé le FN) et les identitaires d’Europe-Action qui ont commencé à articuler durant les années 70 promotion des identités régionales (ou locales) et défense de l’identité européenne (d’où l’obsession jacobine d’Asselineau contre les "euro-régions").
Il est vrai que les médias se sont désintéressés de la mouvance identitaire tant qu’elle restait cantonnée à des revues d’intellos de droite et cultivait une certaine forme de distanciation volontaire, jusqu’au moment où des régionalistes (niçois il me semble) ont rallié le Front National au tournant des années 90 sur le thème de la lutte contre l’immigration maghrébine, car à cette époque on parlait en fait très peu d’Islam.
Le fait qu’ils s’identifient eux-mêmes comme "identitaires" a évidemment contribuer à entériner la connotation droitière du mot, mais les médias ne l’ont pas inventé ni détourné de son sens originel à la manière de l’étiquette "populiste" qui est aujourd’hui mise à toutes les sauces.
Et plus généralement, le régionalisme est lié dans l’histoire politique française à
l’idéologie contre-révolutionnaire et au régime de Vichy. C’est d’ailleurs pour cette raison que les militants indépendantistes bretons ou occitans (qui s’étaient
largement compromis dans la collaboration) sont passés progressivement à l’extrême-gauche après la guerre.
Il y a donc un "passif" politique qu’il me semble difficile à mettre à distance ou à relativiser quand on se revendique "identitaire".