Cet
effondrement cache quelque chose, on en saura plus dans les mois et les années
qui suivent. Il me fait penser à la chute de l’armée zaïroise au milieu des
années 90 et on apprendra ensuite que les cadres de cette armée étaient
quasiment tous acheté par le renseignement américain, j’ai l’impression que le
scénario se répète.
Quoiqu’il en
soit, la chute vertigineuse du régime baasiste en Syrie sonne peut-être le glas
des espoirs d’émergence d’un monde multipolaire que le bloc
américano-occidental vient d’étouffer dans l’œuf. C’est terrible, toutes nos illusions
sur l’émergence de la multipolarité sont entrain de s’évanouir : l’occident
( US en tête) domine bel et bien le monde et ce n’est pas près de s’arrêter !
C’est aussi
une victoire majeure des forces islamistes sunnites sur les forces chiites
soutenues par l’Iran. L’arc chiite est rompu et le corridor terrestre, allant
de Téhéran à la Méditerranée est coupé, le Hezbollah se replie de la Syrie sous
les bombes israéliennes et l’ambassade iranienne a été saccagée par les
vainqueurs. La Turquie émerge comme la puissance régionale dominante, et vassalisera
sans doute le futur régime de Damas.
C’est aussi un
coup dur pour la « nouvelle Route de la Soie », dont l’un des
corridors devait passer par la Syrie, notamment le port de Lattaquié qui devait
assurer à cette route commerciale un débouché sur la Méditerranée.
Mais le plus
grand perdant, c’est la Russie : sa prétention de constituer un
contre-pouvoir à l’empire américain à l’échelle mondiale vient de se faire
pulvériser. Sa réputation d’allié fiable est ruinée. Au premier chef, l’Iran se trouve isolé et
doit douter de son partenariat avec la Russie. Sans parler bien évidemment de
la perte de la base aérienne de Hmeimim et de la base navale de Tartous qui
permettait à la Russie de disposer d’un accès permanent à la Méditerranée. Mais
c’est surtout, un nouveau front qui peut s’ouvrir pour elle au sud avec un Caucase
alimenté par des forces islamistes venant de Syrie (ne jamais oublier que c’est
l’une des grandes raisons de l’intervention militaire russe dans ce pays).
Souhaitons
le meilleur pour les Syriens mais je crains qu’ils ne connaissent le même sort
que les Lybiens avec des guerres de factions soutenues par des puissances
étrangères, qui risquent de durer des années et de détruire ce qu’il reste de
ce pays.