@Gollum
C’est pourquoi l’idée que Dieu a tout créé est bonne. Dieu peut tout. On peut tout fonder sur cette simple et unique hypothèse. Grace à cette conception, on peut tenir des propos parfaitement contradictoires entre eux (puisque tel fut la volonté de Dieu) et atteindre la mauvaise foi la plus absolue : On n’est plus tenu à la cohérence des discours. Du coup, on peut échapper à toute idéologie et on peut ainsi trouver la force de discuter des fondements hypothétiques de nos déductions, plutôt que de se laisser aller pavlovement à nos penchants idéels.
Je vais te dire comment moi j’interprète cette phrase qui est certes un tantinet provocatrice mais qui est dans la droite ligne de la démarche cartésienne : il dit qu’il faut toujours douter de tout et ne pas hésiter à tout remettre en cause si on veut rester un esprit libre et ne pas sombrer dans l’idéologie.
Tiens, lis attentivement ceci :
9782340041288_extrait.pdf
Il y a déjà quelque temps que je me suis aperçu que, dès mes
premières années, j’avais reçu quantité de fausses opinions pour
véritables, et que ce que j’ai depuis fondé sur des principes si mal
assurés, ne pouvait être que fort douteux et incertain ; de façon qu’il
me fallait entreprendre sérieusement une fois en ma vie de me défaire
de toutes les opinions que j’avais reçues jusques alors en ma créance,
et commencer tout de nouveau dès les fondements, si je voulais établir
quelque chose de ferme et de constant dans les sciences. Mais cette
entreprise me semblant être fort grande, j’ai attendu que j’eusse atteint
un âge qui fût si mûr, que je n’en pusse espérer d’autre après lui, auquel
je fusse plus propre à l’exécuter ; ce qui m’a fait différer si longtemps,
que désormais je croirais commettre une faute, si j’employais encore
à délibérer le temps qu’il me reste pour agir.
Maintenant donc que mon esprit est libre de tous soins, et que je
me suis procuré un repos assuré dans une paisible solitude, je m’appli
querai sérieusement et avec liberté à détruire généralement toutes
mes anciennes opinions. Or il ne sera pas nécessaire, pour arriver à ce
dessein, de prouver qu’elles sont toutes fausses, de quoi peut-être je ne
viendrais jamais à bout ; mais, d’autant que la raison me persuade déjà
que je ne dois pas moins soigneusement m’empêcher de donner créance
aux choses qui ne sont pas entièrement certaines et indubitables, qu’à
celles qui nous paraissent manifestement être fausses, le moindre sujet
de douter que j’y trouverai, suffira pour me les faire toutes rejeter. Et
pour cela il n’est pas besoin que je les examine chacune en particulier,
ce qui serait d’un travail infini ; mais, parce que la ruine des fonde
ments entraîne nécessairement avec soi tout le reste de l’édifice, je
m’attaquerai d’abord aux principes, sur lesquels toutes mes anciennes
opinions étaient appuyées.
René Descartes Méditations métaphysiques, Méditation première (1641)
Et de l’extrait de ffi que tu me transmets là, ffi semble être exactement dans cette démarche. Si c’est le cas alors il est dans la pure logique de Descartes.