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Gaspard Delanuit Gaspard Delanuit 17 septembre 00:36

Pourquoi ne réussissez-vous pas à admettre qu’on puisse accorder un certain crédit aux théories développées dans Le Capital tout en n’ayant absolument rien de commun avec un bolchévique fanatisé prêt à décapiter tout ce qui ressemble à un bourgeois ?

Pourquoi diable devrais-je essayer de les admettre ? Pourquoi ne réussissez-vous pas à admettre que les conclusions totalitaires des auteurs ne sont pas déconnectées de leur système qui est déjà en soi intellectuellement pourri à la base, qu’elles sont au contraire les évidentes et inéluctables conséquences de cette pourriture théorique, comme les faits l’ont cruellement montré partout où le marxisme est passé de la théorie à la pratique. 

De même ; est-ce que vous admettez qu’on puisse réfléchir au concept de "races" sans être un nazi ?

Tout dépend avec quel auteur on choisit de réfléchir. Je ne choisirais certainement pas pour réfléchir à ce sujet un auteur qui tire lui-même de ses théories des recommandations violentes, totalitaires, génocidaires, relevant du crime contre l’humanité.

"est-ce que vous rejetez intégralement la notion de "classes sociales" ?"

La notion de "classes sociales" en soi n’est pas d’origine marxiste. Elle est utilisée avant lui par les économistes libéraux comme Adam Smith et David Ricardo, puis par des des historiens comme François Guizot, Augustin Thierry ou Adolphe Thiers qui ont utilisé la notion de classes et de « lutte des classes » pour expliquer l’histoire de France. Ils analysaient la Révolution française non pas comme un événement moral ou politique isolé, mais comme l’aboutissement d’un conflit séculaire entre deux classes : la bourgeoisie et la noblesse. 

"est-ce que vous considérez que le Capitalisme n’est pas de nature impérialiste de par son essence même et que le libre échange intégral n’est pas destructeur pour les nations ?"

Rien ne me permet de penser cela de manière aussi univoque et péremptoire. Il existe plusieurs thèses libérales qui affirment le contraire et qui ont de bons arguments à présenter. Je pense que le capitalisme présente des avantages et des inconvénients et qu’il faut chercher à nuancer les choses plutôt que de faire des proclamation de vérité absolue avec des définitions essentialistes incitant à des comportements brutaux et destructeurs. Concrètement, vous trouvez que la Suisse est impérialiste et menace les nations ? En revanche, n’est-il pas évident que le marxisme est impérialiste et détruit les nations : Russie marxiste détruisant les pays pour les engloutir dans l’URSS, Chine marxiste envahissant le Tibet, Corée divisée en deux, Allemagne divisée en deux...

"est-ce que le capitalisme dans sa nature même ne constitue aucun ferment possible à des révolutions ?"

Il est possible qu’il soit un ferment révolutionnaire dans des contextes particuliers, sans être certain qu’il soit déterminant dans ce processus. D’autres causes peuvent éventuellement contribuer à produire des révolutions et divers effondrements, comme les religions, les migrations, etc. Ce qui est certain, c’est que l’URSS anticapitaliste s’est effondrée sur elle-même comme une grosse merde bureaucratique boursoufflée, sans panache ni romantisme évolutionnaires, certes. 

"est-ce que le capitalisme n’entraîne pas des écarts de richesses de plus en plus prononcées entre les individus à mesure qu’il évolue ?"

Des écarts de richesse importants ont existé dans la quasi-totalité des systèmes socio-économiques complexes à travers l’histoire. Dans la Rome antique ou dans les empires mésopotamiens et égyptiens, la richesse s’appuyait sur l’esclavagisme, la conquête militaire et la centralisation du tribut par la caste administrative ou impériale. L’abolition du capitalisme privé dans l’enfer rouge du communisme n’a pas éliminé les inégalités. Bien que les écarts de salaires officiels fussent réduits, l’élite du Parti (la Nomenklatura) bénéficiait d’avantages en nature considérables (accès exclusif à des magasins réservés, logements de fonction de standing, datchas, services de santé dédiés), traduisant une inégalité d’accès aux ressources réelles fondée sur le pouvoir politique plutôt que sur le capital.




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