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maQiavel maQiavel1983 21 mars 2014 11:49

Bonjour micnet, article intéressant, je connais bien Max Weber et son bouquin sur l’éthique protestante du capitalisme, c’est un sujet qui m’intéresse beaucoup car j’ai un frère et une sœur qui incarne parfaitement cette éthique protestante, moi je suis plus proche de ce que vous appelez dans votre article « consciences médiévales marquées par la parole évangélique », ce qui fait que nous avons une conception très différente de l’argent imaginez un peu les débats en famille. smiley

Mon opinion sur Max Weber : il faut le situer dans l’histoire de la bourgeoisie (qui est un mauvais terme, il faudrait parler de la classe capitaliste), pour comprendre son propos et en percevoir à la fois la justesse et les limites.

La bourgeoisie fut, en gros jusqu’au XVIII ème siècle inclus, une classe progressiste, càd une classe qui travaillait objectivement à élargir le cercle de la raison. Puis, entre 1800 et 1900, plus ou moins vite selon les pays, cette classe progressiste en pleine ascension triomphe et se mue donc en classe dominante mais aussi réactionnaire.La mue ne s’est pas produite partout de la même manière et au même moment, mais on peut considérer qu’au moment où Max Weber écrit, elle est achevée partout dans le monde euro-américain.

Sous cet angle, on peut considérer que Weber écrit donc à un moment qu’on pourrait résumer comme l’apogée de la classe capitaliste. C’est ce qui explique que sa thèse, au final, aura mal résisté au temps : Le capitalisme protestant américain contemporain, virtualisé et intègrement voué à la spéculation, n’est de toute évidence plus éthique en rien. Cela, Max Weber ne l’avait pas vu venir.

La faiblesse de la thèse de Weber réside précisément en ceci que dans son entreprise de justification de la domination bourgeoise, il est passé à côté des traits radicalement antiprotestants (comprendre Luthérien) de cette domination. Il n’a pas, et sans doute pas voulu voir, en quoi le capitalisme, qui a été favorisé par le protestantisme, était aussi, dès l’origine, une perversion du protestantisme (le calvinisme).

D’ ailleurs vous le mentionner assez bien dans l’article ou vous mettez un extrait qui évoque la morale de Franklin : « L’honnêteté est utile, puisqu’elle nous assure le crédit. De même, la ponctualité, l’application au travail, la frugalité : c’est pourquoi là ce sont des vertus"

Cet utilitarisme est une perversion, l’honnêteté pour le chrétien véritable n’est pas utile matériellement, elle est une nécessité car il doit aspirer à la sainteté spirituelle.

Cette perversion par des sauts qualitatifs va permettre le passage d’une volonté de christianiser le capitalisme pour en arriver à la financiarisation du christianisme (cfr le protestantisme américain moderne) :

 

 

1. Au départ, il y a la conception puritaine du chrétien justifié par le travail utile qu’il rend à la collectivité.

2. Ensuite, l’éthique puritaine commence à être détournée vers des finalités mondaines, il s’agit toujours de travailler dur, utilement pour la collectivité, mais désormais, l’objet de la démarche n’est plus la justification chrétienne, c’est le bonheur terrestre.

3. Par la suite, cette éthique est détournée en contre-éthique du businessman affairiste obsédé par la réussite sociale via la production, sans aucune considération pour l’utilité sociale.

4. Et enfin pour achever le mouvement, l’objectif est la réussite mondaine en elle-même, sans considération pour la justification, pour le bonheur, pour l’utilité sociale effective ou même pour la réalité de la production, c’est désormais l’homme non chrétien mais qui continue à se dire protestant, sans travail utile pour la collectivité, et qui sert de modèle parasitaire valorisé.

 

Voilà comment on passe de Franklin à JP Morgan  !




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