Bonjour micnet, article intéressant, je connais bien Max Weber et son bouquin sur l’éthique
protestante du capitalisme, c’est un sujet qui m’intéresse beaucoup car j’ai un
frère et une sœur qui incarne parfaitement cette éthique protestante, moi je
suis plus proche de ce que vous appelez dans votre article « consciences
médiévales marquées par la parole évangélique », ce qui fait que nous
avons une conception très différente de l’argent imaginez un peu les
débats en famille. 
Mon opinion sur Max Weber : il faut
le situer dans l’histoire de la bourgeoisie (qui est un mauvais terme, il
faudrait parler de la classe capitaliste), pour comprendre son propos et en
percevoir à la fois la justesse et les limites.
La bourgeoisie fut, en gros jusqu’au XVIII ème siècle inclus, une classe progressiste, càd
une classe qui travaillait objectivement à élargir le cercle de la raison.
Puis, entre 1800 et 1900, plus ou moins vite selon les pays, cette classe
progressiste en pleine ascension triomphe et se mue donc en classe dominante
mais aussi réactionnaire.La mue ne s’est pas produite partout de la même manière et au
même moment, mais on peut considérer qu’au moment où Max Weber écrit, elle est
achevée partout dans le monde euro-américain.
Sous cet
angle, on peut considérer que Weber écrit donc à un moment qu’on pourrait
résumer comme l’apogée de la
classe capitaliste. C’est ce qui explique que sa thèse, au final, aura
mal résisté au temps : Le
capitalisme protestant américain contemporain, virtualisé et intègrement voué à
la spéculation, n’est de toute évidence plus éthique en rien. Cela, Max Weber ne
l’avait pas vu venir.
La
faiblesse de la thèse de Weber réside précisément en ceci que dans son entreprise
de justification de la domination bourgeoise, il est passé à côté des traits
radicalement antiprotestants (comprendre Luthérien) de cette domination. Il n’a
pas, et sans doute pas voulu voir, en quoi
le capitalisme, qui a été favorisé par le protestantisme, était aussi, dès
l’origine, une perversion du protestantisme (le calvinisme).
D’
ailleurs vous le mentionner assez bien dans l’article ou vous mettez un extrait
qui évoque la morale de Franklin :
« L’honnêteté
est utile, puisqu’elle nous assure le crédit. De même, la ponctualité,
l’application au travail, la frugalité : c’est pourquoi là ce sont des
vertus"
Cet utilitarisme est une perversion, l’honnêteté pour le
chrétien véritable n’est pas utile matériellement, elle est une nécessité car
il doit aspirer à la sainteté spirituelle.
Cette perversion par des sauts
qualitatifs va permettre le passage d’une
volonté de christianiser le capitalisme pour en arriver à la financiarisation
du christianisme (cfr le protestantisme américain moderne) :
1. Au départ, il y a la conception puritaine du
chrétien justifié par le travail utile qu’il rend à la
collectivité.
2. Ensuite, l’éthique puritaine
commence à être détournée vers des finalités mondaines, il s’agit toujours de travailler
dur, utilement pour la collectivité, mais désormais, l’objet de la
démarche n’est plus la justification chrétienne, c’est le bonheur terrestre.
3. Par la suite, cette éthique
est détournée en contre-éthique du businessman affairiste obsédé par la réussite
sociale via la production, sans aucune considération pour l’utilité sociale.
4. Et enfin pour achever le
mouvement, l’objectif est la réussite mondaine en elle-même, sans considération
pour la justification, pour le bonheur, pour l’utilité sociale effective ou
même pour la réalité de la production, c’est désormais l’homme non chrétien
mais qui continue à se dire protestant, sans travail utile pour la
collectivité, et qui sert de modèle parasitaire valorisé.
Voilà comment on passe
de Franklin à JP Morgan !