@ Philouie
Vous raisonnez de manière trop générale. Il y a des pays en Islam (Arabie Saoudite par exemple) où il y a une religion d’état, et où il n’est pas question d’y déroger... On pourrait aussi parler du sort qu’a réservé Tamerlan à l’église Syriaque et du sort qu’a réservé la Turquie aux Arméniens. Dois-je vous rappeler que l’apostasie y est punie de mort partout en Islam ?
Saint-Augustin n’allait pas si loin et ne réclamait pas la mort, mais l’intervention du pouvoir politique. Persecutor, en latin, c’est un verbe qui signifie, par exemple, poursuivre en justice. Il faut aussi considérer les contextes avant de faire des généralités. Le donatisme est une querelle qui a duré quasiment un siècle, émaillé par des moments de violence, d’abord de la part des donatiens. Il tire son origine des grandes persécutions de Dioclétien, et du refus par une partie des chrétiens de la réconciliation entre ceux qui avaient fléchi et ceux qui avaient résisté. Nul doute que si les Donatiens n’avaient eu l’oreille du pouvoir, ils n’auraient réclamé une répression féroce et certainement l’ont-ils fait plusieurs fois. N’était-ce point eux, les donatiens, qui étaient férocement contre toute forme de pardon ? Si quelqu’un refuse le pardon, pourquoi faudrait-il lui pardonner ? Il y a un moment, face à une position inflexible, qui t’attaque sans cesse, il n’y a pas d’autre choix que d’accepter le conflit proposé par l’adversaire.
@ Gollum
Le caractère Romain, dites-vous ? Le principe d’une religion d’État est pourtant aussi partagé par l’Arabie Saoudite et divers pays musulmans, que l’on ne peut guère taxer de caractère Romain... De plus, paradoxalement, vous admettez qu’il y a, quelque part, un caractère universel, quelques lignes après.
Il ne faut donc pas sombrer dans le simplisme et se garder des généralisations abusives. Il y a des périodes, dans une société, où les tensions montent, où la société est travaillée par des guerres larvées. C’est généralement après ces périodes que cela explose. On voit cela en tous lieux et à toutes les époques.
Une période de tolérance très grande peut aboutir à la mise en relation de modes d’existence contradictoires entre eux, ce qui aboutit alors à la division de la cité, par difficulté de coexistence, d’où émergent des tensions, qui finissent éventuellement par dégénérer en conflit. La réaction qui s’en suit est généralement un "appétit" pour l’unité politique, ce qui peut se traduire soit en changement des frontières politiques (division de la cité en plusieurs entités indépendantes aux modes d’existence cohérents), soit en raffermissement de l’unité politique par la répression d’un mode d’existence par un autre.
L’histoire de l’Empire Romain, travaillé à la fin par des guerres civiles permanentes, le montre bien. L’histoire de l’Islam aussi (Coran de La Mecque et de Médine). Je ne doute pas qu’il en soit ainsi absolument partout car ce n’est pas parce que l’on ignore l’histoire des autres parties du monde que ce que la nôtre raconte n’a pas eu lieu.
C’est universel, comme vous le dites si bien.
Une cité divisée par elle-même périt.