Les cas où nous pouvons réviser notre
représentation du monde à la suite d’un dialogue sont rarissimes. Il
faut être engagé dans un travail sur soi très avancé pour être capable
de se détacher de ses propres pensées. Pour la plupart des êtres
humains, changer sa "réalité" en profondeur est impossible. Seul le
papier-peint de notre maison mentale peut légèrement changer de couleur
ou de motif, les structures représentationnelles auxquelles le moi s’est
identifié sont quasiment inamovibles.
Pour
échapper à cette auto-aliénation il faut aimer la vérité passionnément,
au péril de sa propre identité, en acceptant délibérément que meurt
l’idée que l’on se fait du monde (qui n’est rien d’autre que l’idée que
l’on se fait de soi-même). Ce qui revient à s’exposer consciemment à une
sorte de mort psychologique ou de nudité métaphysique, à accepter de n’être rien en tant que personne, à ne vouloir convaincre personne, à ne s’identifier à rien, à ne rien s’accaparer, à n’avoir rien à perdre et donc rien à défendre.
Il
existe un exercice intéressant pour développer cette capacité. Il
consiste à débattre en inversant les opinions. Par exemple si vous
débattez avec quelqu’un qui pense que l’homme n’a jamais mis les pieds
sur la lune et que vous-même pensez l’inverse, vous devrez défendre la
thèse selon laquelle l’homme n’a jamais marché sur la lune. Et vous
devrez le faire très sérieusement. Il faudra pour cela avoir
préalablement étudié les arguments pouvant le mieux soutenir cette
thèse. Votre interlocuteur devra quant à lui inverser aussi sa position
et dont apporter les preuves les plus convaincantes possibles que
l’homme a bien marché sur la lune, bien qu’il pense que c’est inexact.
Cet
exercice est très formateur s’il est fait correctement. On peut aussi
faire la même chose en opposant une personne à un groupe ou bien un
groupe à un autre groupe, toujours en inversant les positions. Cela ne
peut fonctionner qu’avec des sujets assez intelligents, c’est évident.
Que découvre-t-on en s’exerçant de cette manière ?