De tous temps, l’union fait la force. Des gens organisés sont plus forts que des individus isolés. Cette organisation nécessite, au sein de l’association, un pouvoir, en particulier pour maintenir la cohésion de l’ensemble, pour conserver la force de l’association.
Vouloir croire que des associations sans pouvoir peuvent exister durablement, c’est une ineptie, c’est intrinsèquement paradoxal. D’ailleurs, le meilleur moyen de dissocier des individus est de couper les têtes qui incarnent le pouvoir qui les unis. Une association qui ne fonde pas de pouvoir en sein sera bientôt travaillée par toutes sortes de forces centrifuges que les ennemis de cette association voudront y semer et éclatera bientôt.
Les corporations, historiquement, sont des associations de travailleurs libres, réunis d’une part pour se défendre face à l’adversité, et d’autre part pour régler les inévitables rivalités de l’activité économique d’une manière politique, par la décision collégiale et le débat.
Cependant, une association de travailleurs, une corporation, a toujours été pensée comme un corps intermédiaire, c’est-à-dire qu’elle était sous tutelle du pouvoir politique central. En effet, une association de travailleurs libres recherche le Bien Commun des travailleurs qui la composent, sauf inégalité d’influence de chacun, ce qui fait qu’elle recherche en fait une variété d’intérêt particulier. Cet intérêt particulier peut s’opposer au Bien Commun global, par conséquent, la corporation doit être soumise au pouvoir politique global. Par exemple, les membres des corporations du moyen-âge étaient limités politiquement en nombre de salariés (que l’on dénommaient "Valets") et en nombre d’établissements, ceci afin qu’un regroupement professionnel ne puisse pas faire d’ombre au pouvoir politique général.
De même, historiquement, l’Etat est la corporation des officiers du Roi, en charge de faire respecter le Bien commun, sous l’égide du Roi.
Avec la révolution, et même déjà avant, sous la pression de l’idéologie libérale, les corporations ont obtenu une forme d’indépendance vis-à-vis du pouvoir central, c’est-à-dire que, dorénavant, toute fin qui leur semblait souhaitable, y compris si elle sont immorales, devait leur être permise à priori.
En échappant à la tutelle de leurs nations d’origine, les corporations se sont ainsi "multinationalisées", ce qui a inversé la donne : Les nations sont aujourd’hui les corps intermédiaires entre les Multinationales et les peuples. Les Etats, au nom de l’absurde idée que le Bien particulier de telle corporation serait nécessairement conforme au Bien Commun, légifèrent en fonction des désidératas des Multinationales, lesquelles agissent à leurs endroits par l’influence occulte des lobbies qu’elles emploient.
Il reste que pour sortir de cette situation, pour organiser efficacement notre défense, la question de la puissance de notre association nationale reste d’une brûlante actualité.
Cet aspect des choses, le socialo-anarchisme "à la Chomsky" ne le soulève pas du tout, d’où son insuffisance et son impuissance à rien changer. On peut critiquer l’URSS, mais, contrairement à Chomsky, ses dirigeants ont été confrontés à l’expérience de fonder une société durable, c’est-à-dire capable de se défendre. Fatalement, la réalité les aura poussé à remettre en cause certaines conceptions naïves du socialisme à la papa.
Hélas, comme c’est la notion de l’autorité au sein du socialisme qui est mal fondée (elle est en fait totalement ignorée), l’URSS fut une impitoyable dictature.