LA RÉVOLUTION FRANÇAISE C’EST LA RÉSURRECTION DE LA FEMME
Exemple avec Marie Agnesi (1718 - 1799) en Italie.
C’est à Milan, d’une famille noble, que naquit Marie-Gaétane Agnesi. Son père aimait les sciences, il était riche et intelligent. Il se maria trois fois et eut 23 enfants, parmi lesquels deux filles qui s’illustrèrent ; la sœur de celle dont nous allons parler, Marie-Thérèse Agnesi, fut une musicienne qui composa trois opéras.
Marie Agnesi commença par étudier les langues, elle apprit le latin, l’hébreu, l’allemand, l’espagnol, le grec, le français ; c’est ce qui lui valut d’être appelée l’oracle des sept langues. Elle récitait tous les soirs l’office de la Vierge en grec, et, à l’âge de cinq ans, un Français lui fit ce compliment : « Une nymphe ne parle pas sur les bords de la Seine d’une manière plus douce. »
Nous empruntons ces détails à M. Rebière (Les Femmes dans la science)
A dix-neuf ans, Marie Agnesi avait soutenu dans son salon 191 thèses philosophiques. Le recueil en a été imprimé à Milan chez Malatesta et réimprimé à Padoue.
Un misogyne du temps, le comte Robbio de Saint-Raphaël, publia sous le couvert de l’anonyme un pamphlet contre les femmes intitulé Disgrâce d’Uranie. Mais, faisant exception pour Marie Agnesi, il lui adresse un magnifique éloge.
De Brosses, dans ses Lettres d’Italie, parle aussi d’elle et nous donne des détails sur son salon. Il dit :
« Je veux vous faire part, mon cher Président, d’une espèce de phénomène littéraire dont je viens d’être témoin et qui m’a paru una cosa più stupenda que le dôme de Milan, et en même temps j’ai manqué d’être pris sans vert. Je reviens de chez la Signora Agnesi, où je vous avais dit hier que je devais aller. On m’a fait entrer dans un grand et bel appartement où j’ai trouvé trente personnes de toutes les nations de l’Europe, rangées en cercle, et Mlle Agnesi assise seule avec sa petite sœur, sur un canapé. C’est une fille de 18 à 20 ans, ni laide ni jolie, qui a l’air fort simple et fort doux. On a d’abord apporté force eau glacée, ce qui m’a paru de bon augure. Je m’attendais, allant là, que ce n’était que pour converser tout ordinairement avec cette demoiselle ; au lieu de cela, le comte Belloni, qui m’y amenait, a voulu faire une espèce d’action publique ; il a débuté par adresser à cette jeune fille une belle harangue en latin, pour être compris par tout le monde. Elle lui a répondu fort bien ; après quoi, ils se sont mis à disputer dans la même langue sur l’origine des fontaines et sur les causes du flux et reflux que quelques-unes ont comme la mer. Elle a parlé comme un ange sur cette matière ; je n’ai rien ouï là-dessus qui m’ait plus satisfait. Cela fait, le comte Belloni m’a prié de disserter de même avec elle sur quelque sujet qui me plairait, pourvu que ce fût sur un sujet philosophique ou mathématique. J’ai été fort stupéfait de voir qu’il me fallait haranguer impromptu et parler dans une langue dont j’ai si peu l’usage. Cependant, vaille que vaille, je lui ai fait un beau compliment ; puis nous avons d’abord disputé sur la manière dont l’âme peut être frappée des objets corporels et les communiquer aux organes du cerveau ; et ensuite sur l’émanation de la lumière et sur les couleurs primitives. Loppin a disserté avec elle sur la transparence des corps et sur les propriétés de certaines courbes géométriques, où je n’ai rien entendu… »
Voilà donc une jeune fille qui reprend le rôle de la Femme primitive, le rôle divin, et dont la parole vivifiante étonne et charme les hommes comme le Logos antique, cette parole de la Femme primitive, que rien alors n’entravait dans sa libre expression.
Voilà le commencement de la résurrection du Logos.
NB : Après l’outrage sexuel, qui est né d’une jalousie, nous voyons la femme outragée dans son intellectualité, une autre jalousie. Toutes les grandes qualités de son esprit sont méconnues et attribuées à l’homme.
Elle, dont le cerveau est relativement plus volumineux que celui de l’homme (comparé aux proportions du squelette) on l’accuse de manquer de cervelle !
- Elle dont l’esprit est si étendu, que les Celtes l’appelaient la Volupsa (nom qui signifie : celle qui voit l’universalité des choses), on l’accuse de ne pas généraliser, et c’est à l’homme que l’on donne cette qualité féminine, à l’homme qui se perd dans les détails et n’a pas su établir une seule des lois générales de la Nature.
- Elle qui possède une rectitude de jugement qui repose sur des conditions physiologiques inattaquables, on fait d’elle une « détraquée » semblable à l’homme dégénéré ; on qualifie de folie sa raison droite, de rêve, sa lucidité intellectuelle.
- Elle qui a toujours représenté la Justice, on l’écarte de toutes fonctions judiciaires.
- Elle qui a « la Science de l’Ordre », la Mathèse dont elle est la personnification vivante, on refuse sa science, sous prétexte qu’elle ne donne pas de preuves, alors qu’elle seule en donne, puisque ses preuves sont mathématiques. Et, ce qui est plus outrageant encore, on exige d’elle qu’elle fasse abdication de ses facultés féminines et qu’elle se mette au niveau de l’homme ; qu’elle rétrécisse son esprit et procède comme lui en aveugle, c’est-à-dire qu’elle demande à l’empirisme de lui révéler ce qu’elle a trouvé par son intuition, par son génie. C’est demander à celui qui voit de marcher en tâtonnant comme l’aveugle !
- Elle qui ne se trompe pas, on veut la mettre sous la tutelle de l’homme, qui ne cesse pas de se tromper !
- Elle qui a toujours été l’initiatrice de l’homme, on fait d’elle son imitatrice.
Voici quelques noms de femmes « imitatrices » :
1°) Une espagnole, Dona Elvira Sabuco de Nantes, trouva (sous Philippe II), la division du système nerveux en nerfs sensitifs et nerfs moteurs, dont on rapporte la gloire à Ch. Bell, le physiologiste anglais.
2°) Miss Martinau, qui fonda l’économie politique.
3°) Lady Montagu, qui introduisit en France le vaccin dont on fait gloire à Jenner, et qui a servi à faire la gloire de Pasteur.
4°) Anna Kingsfort, qui remit à l’ordre du jour le Végétarisme.
5°) Ada Lovelace, qui a réalisé le premier véritable programme informatique.
6°) Louise Michel qui dit le premier mot des théories libertaires.
7°) Georges Sand qui fonda la littérature à thèses sociales, tant imitée des Scandinaves et des Russes.
8°) Louise Bourgeois qui fonde l’obstétrique que Mme Lachapelle vint, plus tard compléter.
9°) Mme Becker Stowe, qui par son roman « La Case de l’oncle Tom », fît abolir l’esclavage.
10°) Mme Maté qui inventa le télescope marin, instrument qui fit faire un pas immense à l’art naval.
Le dernier mot de l’outrage spirituel, c’est la suppression, dans le dictionnaire, du féminin des noms qui indiquent une action intellectuelle : tels que inventeur, penseur, auteur, artiste, écrivain, sculpteur, etc.
Quelques hommes veulent même empêcher l’introduction dans la langue du mot doctoresse et prétendent que les femmes doivent s’intituler : Madame le docteur, afin d’écarter ainsi le féminin d’un mot qui indique un travail de l’esprit.
Si les œuvres des femmes sont inconnues c’est parce que l’homme (qui glorifie à outrance son sexe) ne glorifie pas la femme. Elle est toujours oubliée dans ses louanges, si bien qu’on s’est habitué à croire qu’elle n’a rien produit, que c’est l’homme qui a tout fait sans elle. Mais c’est encore là une idée renversée. Son œuvre, à elle, a été immense et toute l’antiquité a brillé de sa lumière. C’est pour cacher ce fait que les conquérants masculins ont fait brûler les bibliothèques, ou ont fait altérer les antiques ouvrages sacrés écrits par les grandes femmes qui étaient déifiées. On sait aujourd’hui que les ouvrages dont les auteurs sont restés inconnus, tels que L’Iliade et L’Odyssée, ont été écrits par des femmes.
Le Sépher (cet admirable livre dénaturé par Esdras qui en fit la Bible) était l’œuvre de Myriam « Hathor », l’antique Déesse égyptienne..
Voici un exemple de ce système qui consiste à oublier la femme dans la glorification accordée aux illustres : c’est avec le travail de Sophie Germain, intitulé : Mémoire sur l’emploi de l’épaisseur dans la théorie des surfaces élastiques que l’on a fait les calculs qui ont permis d’édifier la tour Eiffel. Une fois l’édifice terminé, on a voulu y inscrire les noms des grands hommes qui se sont illustrés dans la science et, tout autour du monument se trouvent inscrits des noms, dont beaucoup sont inconnus du public. Personne n’a pensé à mettre parmi ces noms masculins celui de Sophie Germain.
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