8 ou 12e édition du Festival (Inter)Celtique d’Aureilhan : reportage
Ce vendredi soir 27 mars 2026, une irréductible commune de la Communauté d'Agglomération Tarbes-Lourdes-Pyrénées, réalisait avec succès sa 8 ou 12e édition du Festival (Inter)Celtique d'Aureilhan. La commune d'Aureilhan[1], donc ! (Tarbes Nord-Est)
8ème ou 12ème édition ?
Tout dépend de votre façon de compter. Pour les fondas – qui se réunissaient avant la créa de l'asso du FCA (Festival Celtique d'Aureilhan) – c'est au moins la 12e ! … Tout avait commencé, sans surprise, avec la Saint Patrick, fameuse fête populaire – pas très catholique bien que fixée au 17 mars par l'Église, avec ses beuveries et ses leprechauns – du fameux évangélisateur d'Irlande : j'en ai parlé dans cet article !
Des beuveries et des leprechauns ?
Pour les beuveries, je ne vous ferai pas un dessin ! Ceci étant dit, notre époque réprouve les beuveries comme la peste, et le FCA est d'abord un événement familial, avec la mairie à la MJC (il y avait vraiment un côté « fête de la musique en salle », d'ailleurs).
J'ai néanmoins deux photos des tarifs à Aureilhan ! Où la « bière galicienne » servie était de l'Estrella, et la « bière irlandaise » de l'Hop House 13 (produite par la brasserie Guiness : « ah sure, look — that’s the way it goes[2] »). Ne me demandez pas les marques des autres boissons, je ne bois rien en-dessous de 5° et rien d'autre que de la bière en pareilles circonstances ! Mais je conseille !
Quant aux leprechauns, ce sont bien sûr ces espèces de nains pas du tout catholiques, membres du petit peuple féerique, habillés en costumes traditionnels irlandais, chapeau haut-de-forme vert à boucle de ceinture en chef ! (Voici un article connaisseur sur le sujet : âmes sensibles s'abstenir !)
De la bière galicienne ?
Eh oui ! L'Histoire des Celtes c'est quelque chose, jusqu'en Espagne ! Rien d'étonnant, à ce que le FCA servît de l'Estrella, donc, ce vendredi de Saint Patrick différée ! « Éche o que hai[3]. »
Pour être précis : dans l'Antiquité pré-romaine, les Celtes occupaient la majeure partie de l'Europe occidentale, depuis le Danube en éventail jusqu'à l'Atlantique. Cela dit, la Grande Gascogne de la Garonne à l'Ebro demeura ibère – culture jugée « sœur des Celtes » par Denys d'Halicarnasse, Parthénios de Nicée ou Apien – et la péninsule ibérique fut surtout celtisée à cœur, par les fameux Celtibères influencés par les Ibères. La Galice connut quelques clans celtes, parmi des peuples anciens[4] et l'Espagne est même mentionnée comme une origine des Irlandais (des Gaëls) dans le Livre des Conquêtes d'Irlande !
Mais c'est historiquement l'ibéro- et gallo-romanisation, qui charria plus d'éléments de celtisme dans les parages, respectivement et chronoligiquement en Galice et Gascogne, par praticité cartographique et toponymique des Romains. (Il n'y eut que les franquistes, pour faire croire à une généralité des Celtes en Ibérie, par solidarité interfascistes ! mais c'est une autre histoire...)
Bretagne et Galice : comment devenir celtes ?
Il faut donc attendre le déclin de l'Empire Romain, pour que la région Bretagne devienne bretonne : les Armoricains (Astérix...) précurseurs gallo-romanisés, n'étaient pas des Bretons mais des Gaulois ! Puisqu'il fallait venir de Britannia – Grande Bretagne – pour l'être (breton) ! (Lire aussi le billet les Bretons, des Néo-Celtes comme les autres ? à ce lien comprenant d'autres curiosités bretonnes.)
Or, le même exode des premiers siècles de notre ère, qui vit l'implantation de Bretons – britto-romains christianisés – en région Bretagne, vit leur moindre implantation en Galice... Toute cette Histoire explique assez bien, pourquoi les parlers celtiques n'ont pas survécu en Espagne et pourquoi, aujourd'hui, le galego (« espagnol » galicien) est réputé une base facile pour l'apprentissage du latin ! (Strabon nous dit que, dans l'Antiquité pré-romaine, les Galiciens se réclamaient même des Hellènes de Sparte ! Il y avait une Galicie entre actuelles Pologne et Ukraine, d'ailleurs, proche des Hellènes.)
Comment le mariage de la Bretagne et de la Gascogne est-il possible ?
Comme on voit, le celtisme est un mouvement socioculturel débordant ses frontières, qui a réussi à surmonter bien des obstacles et des oublis au cours de son Histoire, c'est incroyable ! Quiconque a déjà fréquenté des Bretons bretonnants, sait bien qu'ils ont de la trempe : on ne descend pas de la plus vaste culture européenne de l'Antiquité, sans hériter de cette trempe ! C'est dans le caractère, Astérix a saisi cela devers ses fantaisies. La trempe : vrai secret de la potion magique !
Par exemple, j'ai découvert le celtisme grâce aux goûts musicaux « médiévistes » de mon père... un Alsacien ! Or l'Alsace a beau avoir son caractère aussi, aujourd'hui germanique – depuis le déclin de l'Empire Romain, avec l'arrivée des Alamans – le territoire alsacien relevait antiquement du fond celtique continental gaulois. C'est là qu'on voit que le celtisme a peu à voir avec la génétique[5], et beaucoup avec la culture[5]. Dans ma jeunesse, j'ai beaucoup été marqué par ce morceau de Tri Yann : la Découverte ou l'Ignorance (merci à eux !) :
À partir de là, quoi d'étonnant à ce que fut initiée – voilà environ 40 ans – l'association Breizh 64, c'est-à-dire Bretagne (en breton) dans le département des Pyrénées-Atlantiques (64) ? Par des Bretons « expatriés » mais aussi par des bretonnants de divers horizons, notoirement gascons en Pyrénées occidentales (logique !).
Je suis moi-même un Gascon par ma mère[7] inscrit dans le druidisme contemporain (avec un regard local, néanmoins). C'est-à-dire que « l'âme celtique vit vraiment sa meilleure vie » dans le monde ! Le Festival Interceltique de Lorient ne me contredira pas.
Un dynamisme gasco-breton ?
Je vous parle de l'association Breizh 64 car, même si elle est basée dans la Communauté d'Agglomération Pau Béarn Pyrénées (à Bizanos, Pau Sud-Est) elle a contribué à l'association du FCA, en partenariat avec la mairie d'Aureilhan et la MJC. Breizh 64 cherche à faire danser et chanter les gens à la bretonne !
Mais aussi en collaboration avec le monde gascon, comme ce fut le cas de la co-organisation de lo Fabulós Hest’Noz ! … En breton, on dit bien fest'noz ; le hest – et pas que le hest – est gascon. (La réciproque arrive aussi : des événements en Bretagne, intégrant des éléments gascons et plus généralement occitans ! Beau partage !)
Ainsi eurent lieu des démonstrations de danses et chants bretons par les classes primaires d'Aureilhan, au début du FCA. Mais, pour ce qui est des participations adultes, on put compter sur le Duo Noz'Oc, lui aussi originaire de la Communauté d'Agglomération Pau Béarn Pyrénées (de Billère, Pau Sud-Ouest) ! C'est-à-dire que le Duo bosse avec Breizh 64 et lo Fabulós Hest-Noz !
Des compositions bretonnes de Gascogne ?
Qu'on me pardonne, si je n'ai pas pris en vidéo les Desmans Pipers ni le groupe de rock irlandais Fo's Celtic : cela fait deux ans que je me jure d'aller au FCA, je leur ai parlé d'écrire un article AgoraVox à leur sujet cette année, et une de ces urgences qu'on ne peut ignorer m'a mobilisé ailleurs… J'ai raté quelque chose !
En effet, les Desmans Pipers sont toute une bande de cornemuses[6] écossaises dans les Hautes-Pyrénées (65) comme Aureilhan , basés à Aventignan, à la croisée des mondes gascons ! De même, the Fo's Celtic sont aussi originaires du piémont pyrénéen ! … Quand on vous dit, que le celtisme est un mouvement socioculturel !
Présentation Desmans Pipers (65), mise en ligne le 22/02/26, sans description
The Fo's Celtic - Chapelle de Rousse 2025 (64), mise en ligne le 02/09/25, concert du 20/07/25
Comme le Duo Noz'Oc, les Desmans Pipers et the Fo's Celtic font les choses selon leur cœur : en les gasconisants ! Je vous laisse apprécier la brochure du FCA, en plus des liens précédents, mais quand on voit le monde qu'il y avait déjà durant le Duo Noz'Oc – à se demander si l'édition 2027 ne devrait pas trouver un espace plus vaste ? – nul doute que la suite fut un franc succès !
Contexte économique : une collectivité à défendre ?
Une dernière chose, peut-être moins drôle mais non moins intéressante : quand on sait ce que fait l'Espagne pour soulager sa population à cause de la guerre américano-israélienne contre l'Iran (Espagne, qui partage avec la Gascogne, la culture ibéro-aquitaine de la Garonne à l'Ebro, et plus généralement avec la France quelques éléments celtiques – sans parler des romains, ce n'est pas le lieu...) il n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd au moment des traditionnelles prises de parole des organisateurs, que la présidente de la MJC eut évoqué « le besoin de réjouissances festives alors que la situation est difficile pour tout le monde ».
On se souvient aussi qu'en 2023, le quartier tarbais de Laubadère s'était embrasé dans le cadre de la mort intentionnelle d'un délinquant multirécidiviste (Nahel Merzouk, à Paris-Nanterre) tentant une énième fois de fuir la police après une course-poursuite effrénée : le policier menteur (prétendant avoir tiré par légitime-défense) a été condamné pour homicide, son complice bénéficia d'un non-lieu. Eh bien, Tarbes connut des émeutes pour la première fois de son Histoire républicaine normale – Pau ayant déjà connu deux émeutes en 1994 et 2005, à chaque fois dans le quartier Ousse-des-Bois (en 1994, après qu'un propriétaire tua le cambrioleur de sa camionnette : dont bibliothèque et école incendiées ! ... en 2005, dans le cadre de la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré, à Paris-Clichy-sous-Bois, électrocutés en se planquant dans un transformateur, alors qu'ils fuyaient la police).
Entre la précarisation des dernières années et la montée des émeutes, sans parler des dégâts psychosociaux constatés par tout le monde suite aux confinements covidistes, il est évident que le monde a grand besoin de culture populaire ! Or, à dominante typée européenne, le FCA accueillait aussi une petite frange de typés africains, nord- comme subsahariens (vestimentairement comme épidermiquement) : exemple de collectivité ouverte, encore que le FCA invitait à se costumer à l'irlandaise (les typés européens non plus, n'ont massivement pas joué le jeu, moi le premier !).
Epilogue druidique[8] : une spiritualité à défendre ?
Comme le stipule les article II et V des statuts constitutifs de la Gorsedd de Bretagne, première association celtique et druidique de Bretagne et de France : « Art. II : La Gorsedd de Bretagne ne professe aucune des théories politiques ou des constitutions religieuses qui se partagent le monde. Elle est influencée, mais sans aucune obligation de croyance, par le panthéisme de Jean Scot Erigène et de John Toland. Elle s’inscrit dans le dynamisme créatif de Iolo Morganwg. La pensée y est libre. Toutefois elle refuse le racisme et l’antisémitisme. [...]
Art. V : La Gorsedd ne dépend [...] d’aucun État. En revanche elle reconnaît l’existence de peuples sans État, comme la Corse ou beaucoup d’autres en Europe. » ... Gascogne comprise, donc, si seulement elle se souvient d'elle-même, depuis si longtemps[9] !
En attendant, longue vie au celtisme, et vivement la 9e/13e édition du FCA qui proposera peut-être, qui sait ? des conférences ! ... C'est en tout cas ce qui se murmure dans les couloirs. Enfin, demain est un autre jour !
Agur, Adishatz ! Kenavo !
____________________________
[1] Aurelhan en occitan, du nom d'Aurelius : un antique Romain développant sa villa. Tarbes d'ailleurs, avec ses fameux haras, et le choix séculaire de Napoléon d'en faire une base de développement pour ses chevaux de guerre, vient probablement du romain turma, escadron de cavalerie. Lourdes, quant à elle, vient de Lapurdum, romanisation du proto-basque/vasco-aquitanien/variété ibère Lapurda, comme le Labourd, zone d'écobuage. Il est donc à supposer qu'Aureilhan fut une base de développement urbain local, avant que l'Histoire n'accordât les préséances à Tarbes et Lourdes.
[2] « Eh oui, regarde — ainsi vont les choses. »
[3] En galego, langue galicienne : « Voilà ce qu'il y a. » sous-entendu : « Ainsi va la vie. »
[4] De type ligures, comme partout dans le Sud-Ouest européen ; de même, en Lusitanie, à la langue attestée proto-italique.
[5] Si vous voulez, quand les scientifiques observent un exode génétique, ils peuvent en déduire que, au moment de l'exode, ses membres véhiculèrent leur culture. Mais les cultures ont aussi une diffusion propre, que l'on peut qualifier de mémétique : par imitation/appropriation de groupes en groupes. Ce qu'on critique pour « appropriation culturelle » est en fait, au principe de toute culture : au hasard...[6].
[6] Le principe de la cornemuse – flûte à poche d'air – vient d'Afrique du Nord, au Moyen-Âge ! Les Gaulois n'en ont jamais joué ; les Romains n'ont rien empêché quant à cela.
[7] « Gascon par ma mère » : ce qui vaut ici pour Gascon tout court, avec le droit paritaire même féodal, hérité de l'Antiquité ibéro-aquitaine.
[8] À lire : Une Brève histoire druidique ; Les Anciens Druides ; Les Druidismes contemporains.
[9] À lire : Le « Sud-Ouest » existe-t-il ? – Pensées historiques franco-espagnoles ; Invasions barbares : les Carolingiens contre les Vasconiens – un pamphlet régionaliste ; L'Arianisme au point de vue catholique, ou la xénophobie monothéiste caricaturant aussi les paganismes.
Tags : Culture Nahel Confinement Covid-19 Délinquance Régions Bretagne Irlande Alimentation Espagne Guerre France Philosophie Spiritualité Festival Pétrole et essence Iran Religions Histoire Musique Société
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