Le seul point un peu positif que je trouve à cette "Affaire Mallaury" c’est qu’on a un témoignage d’une personne qui vit ou a vécu dans la rue et peut le raconter (elle est suffisamment éduquée et sait s’exprimer clairement). Bien que ce soit une version "édulcorée" des difficultés rencontrées par la plupart des SDF (qui se coltinent aussi dans bien des cas des difficultés cognitives, des problèmes de santé, un penchant pour l’alcool et un profond sentiment de honte), c’est tout de même bien, je trouve, qu’on parle un peu de ces gens-là autrement que pour nous rappeler qu’ils sont les premières victimes du froid. Maintenant ce qui me laisse sceptique c’est qu’avec son instruction, elle se soit laissée tomber dans cette situation. Le coup du : "je vais écrire un bouquin, je suis artiste, etc." ça me rappelle étrangement certains amis qui se complaisent tranquillement dans le RSA sous prétexte qu’ils ne supportent pas le travail aliénant.
"Les rentiers sont d’ailleurs équivalent aux chômeurs" : tout à fait, avec une nuance pour moi, car les chômeurs qui ne l’ont pas choisis et qui vivent mal leur situation, s’efforçant de retrouver un emploi me semblent être une catégorie à part.
La démarche scientifique, rationnelle, est certes la plus pertinente pour résoudre les problèmes que nous connaissons. Encore faut-il raisonner sur des données fiables et les plus exhaustives possibles. Par ailleurs, il n’est pas si simple en tant qu’être humain de parvenir à une véritable objectivité. Certains soutiennent même que c’est parfaitement impossible. Les Sciences Sociales ont mi en avant quels étaient les besoins fondamentaux des êtres-humains. Parmi eux on trouve la nécessité de disposer de certaines ressources et de certains biens. "Disposer de" ne veut pas dire "posséder", et encore moins "accumuler". La nuance peut paraître faible et pourtant... Le culte du profit et de l’argent ne peut pas générer autre chose que des comportements anxieux, le mépris des plus faibles, l’opportunisme exacerbé, la lutte de tous contre tous. Tous les moyens sont permis. Alors on peut prétendre que les abus et les crimes ne sont le fait que de quelques "mauvaises personnes". D’un point de vue anthropologique, c’est le fruit d’un "modèle de civilisation" : le capitalisme néo-libéral. Et les conséquences de ce paradigme politique, économique, social et culturel se font ressentir à tous les étages : chez les élites bien sûr, mais aussi parmi la haute bourgeoisie, les classes moyennes, les classes les plus démunies et chez ceux qui dorment dans le caniveau. Mon expérience empirique vaut ce qu’elle vaut, mais pour être né petit bourgeois et avoir côtoyé toutes les classes, de la noblesse au clochard en passant par le rentier, le politique, le fonctionnaire, le soldat, l’agent de renseignement, l’intellectuel, le scientifique, l’industriel, l’ouvrier, le banlieusard, le mafieu etc. Je ne peut que constater et déplorer les dégâts occasionnés par le modèle actuel, et j’ai beaucoup de mal à lui trouver des aspects réellement positifs pour notre espèce. En effet je ne suis vraiment pas convaincu que ce soit le capitalisme qui ait permis les améliorations techniques que nous avons connues. Les plus grands progrès ont-ils été motivés par l’argent ? Ce sont les perspectives de profit individuel qui ont poussées des Larrey, Tesla, Einstein, etc. à poursuivre leur œuvre ? Le capitalisme trouverait-il un intérêt à la mise sur le marché de produits à très longue durée de vie, modulables, évolutifs et entièrement recyclables ? Le capitalisme accepterait-il qu’entre frères et sœurs humains on se mette à produire notre énergie, nos outils, notre nourriture, notre confort et à le distribuer gratuitement entre nous, en fonction des ressources réelles disponibles ? J’aurais plein d’autres questions comme celles-là...
Le coupable c’est nous tous. Facile de chercher des boucs émissaires ! Qui accepte les règles du jeu imposées par quelques nantis ? Qui courbe l’échine devant ceux qui s’octroient le pouvoir et l’argent ? Qui préfère sacrifier sa liberté, sa conscience, sa compassion, pour préserver sa petite bulle, sauvegarder son confort, conserver sa pseudo-sécurité ? Financiers et politiciens servent leur propre intérêt avant tout, comme le font la plupart d’entre nous. En tout cas nous croyons que c’est notre intérêt. Et si notre intérêt c’était de nous aimer comme des frères et de prendre soin les uns des autres ? Tant qu’on a pas tout donné à autrui, ou en tout cas une bonne partie, on ne peut pas se permettre de reprocher à quiconque de ne pas le faire, de ne pas partager, de ne pas se soucier des autres humains et du monde. Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas. Mais c’est plus confortable sans doute de continuer à croire que si le monde va mal, c’est à cause de ces vilains banquiers, ou de ces politiciens corrompus, ou de ces terroristes islamistes, ou de tous ces immigrés qui affluent dans notre pays, ou de ces jeunes qui ne savent plus ce que travailler veut dire, etc. Ciel, quand est-ce que mes frères et sœurs vont comprendre que le changement c’est d’abord en nous-même qu’il doit s’opérer ?
Sauf erreur historique de ma part, la révolution c’est la lutte, c’est le sacrifice, c’est renverser un pouvoir établi, etc.
Là qu’est-ce qu’on a ? Des gens qui squattent les rues, fustigeant les politiques et les élites financière et réclamant que "ça change" (auprès de qui ? de quoi ?) .
OK. Bon... Et sinon, vous faites quoi dans la vie ? "Moi j’suis étudiant", "Moi, je bosse à l’usine, marié deux enfants", "Moi je suis cadre sup chez Areva, je suis endetté à hauteur de 130 000€".
OK. Et donc c’est quand que vous renoncez à vos p’tites vies pour renverser le système ? Mmmm ? Quand est-ce qu’on s’organise en autonomie, indépendamment du système établi ?
Parce que sinon, ça revient à scier la branche sur laquelle on est assis, non ? A un moment donné faut être cohérent. On ne peut pas cracher sur un système qui nous nourrit, si ?
Arrêtez de consommez, faites pousser vos légumes, construisez vos maisons, vos abris, organisons-nous en une nouvelle société parallèle. Je suppose que c’est bien plus efficace que d’attendre sagement que nos élites se décident à s’intéresser à nous autrement que comme du bétail...
Il ne s’agit pas de revenir à l’âge de pierre, c’est transitoire. Mais puisqu’on ne peut pas affronter ce système par la violence, c’est la seule alternative pacifique que je vois pour le faire tomber. Construisons un réseau de communautés autonomes, à la sueur de notre front. On conservera le savoir et quand ces chiens seront à genoux, on rebâtira une société bien plus avancée technologiquement et humainement qu’elle ne l’est aujourd’hui.