J’entends
bien ton propos sur la construction d’une identité européenne
comme identité supplémentaire et en non-contradiction
avec les identités nationales, qui est théoriquement
tout à fait acceptable. Mais en pratique, comme je l’ai déjà
dit, les Etats-nations européens en sont arrivés à
un tel point de construction et d’indépendance au fil de
l’histoire, qu’il serait difficile de construire une identité
commune assez épaisse pour nous unir durablement. Au fil de la
négociation, on finirait vite par tomber sur des points que
chaque peuple jugera non négociable. Ce projet me semble
arriver trop tard. Il aurait peut-être été
pertinent deux siècles plus tôt, au moment des
révolutions, mais il se trouve qu’on s’est fait la guerre à la place.
Comparer
une identité individuelle et une identité collective me
semble un peu hasardeux. En effet, l’identité nationale est un
substrat qu’on intègre (plus ou moins partiellement) très
tôt via une langue, certains codes, etc, et dont il est très
difficile de se défaire. On a la possibilité de la
modifier, mais à la marge et sur le temps long, alors qu’on
peut changer une identité individuelle du jour au lendemain.
Je suis complètement d’accord avec toi sur l’idée que
l’identité est un mouvement, et je crois avoir insisté
dessus dans ma tentative de définition, mais ce mouvement est
plus ou moins lent suivant le niveau d’intégration de
certaines valeurs préalablement construites.
Par
ailleurs, on peut tout à fait avoir une double culture ou une double nationalité, je n’ai aucun souci avec ça.
Et
pour moi, quelqu’un qui n’a pas d’identité, ça n’existe
pas et ça n’a pas de sens. Tout groupe est destiné à
se former une identité, ou à en intégrer une
déjà construite de longue date ; ou alors à se
diviser s’il ne parvient pas à trouver une unité.
Je
partage complètement ton point de vue sur le fait que nous
vivons en France une crise médiatique et politique, bien avant
de partager une crise identitaire. Et je dirais même que si
certains Français vivent une crise identitaire, qu’on ne peut
nier, c’est avant tout à cause d’une crise politique liée
à des élites dégénérées
depuis quelques décennies déjà, qui abandonnent
par exemple les idéaux républicains au profit d’un
certain cynisme communautariste. Si les Français se sentaient représentés, tout ou presque serait résolu. C’est pourquoi je crois urgent de réaliser une réforme constitutionnelle et de progresser notamment vers plus de démocratie directe.
Au
fait, une question hors-sujet qui m’est venue à l’esprit
récemment : Mélenchon a dit qu’il lancerait une assemblée constituante s’il gagnait la présidentielle. Dès
lors, le reste de son programme n’est-il pas voué à
devenir celui du Front de Gauche lors d’hypothétiques
élections législatives dans le cadre d’un nouveau
régime ? Et sais-tu s’il serait favorable à des mécanismes assez étendus de démocratie directe ? Je l’ai parfois entendu dire qu’il fallait donner plus de pouvoir au peuple, mais sans aller plus loin.