@Oui-Oui aka Pabo aka Je
change d’adresse IP à chaque nouveau post comme si je passais par un proxy pour
éviter qu’on puisse faire le lien avec une autre identité (sur mon IP réelle)
que j’ai sur ce forum.
Ouf ! Sois
rassuré, mes ailes et mes œillères ne n’empêchent absolument pas de répondre
moi-même à la question que je me suis d’ailleurs posé tout seul et sans ton
aide et tu en seras manifestement étonné vu le ton de ton post mais j’arrive –
quant aux faits objectifs – peu ou prou à la même conclusion que toi dans mon
dernier épisode qui va être mis en ligne incessamment sous peu : la
principale cause et de loin qui explique l’échec de ma brillante "carrière"
que j’ai l’honnêteté et le courage de ne pas nier, d’assumer et d’affronter en
face est qu’indubitablement ce que je fais n’intéresse pas l’immense majorité
de mes contemporains qui pourraient (à quelques variantes près éventuelles) reprendre
à leur compte ton opinion définitive sur mon travail. Une fois encore j’en ai
pleine conscience, je l’assume et je l’étale même au grand jour dans le dernier
épisode de ce feuilleton.
Je vais même plus loin,
je suis également d’accord avec ton méchant mais juste : "En plus les
gens qui peuvent se payer le luxe, par vanité, orgueil ou pauvreté
relationnelle, de ne faire de concession avec personne, se retrouvent en
général plutôt seuls et par conséquent sans moyen promotionnel."
En revanche, là où je
ne suis absolument pas d’accord avec toi, c’est sur le présupposé qui sous-tend
tout ton discours : en substance, le succès public valide la valeur
artistique ! Pour tout te dire, la vision pragmatique – et même
utilitariste et cynique et en tout état de cause sans le moindre soupçon de
romantisme – du monde et de mon domaine d’activité que tu présentes ainsi, je
la trouve dégoûtante (sans compter qu’elle claque la porte à la gueule de
Cyrano, le génie français par excellence ou de Don Quichotte, le héros
universel, pour l’ouvrir grande et avec le tapis rouge aux petits cons sortis
de leur école de commerce ou de leur cours de théâtre et qui rêvent de "réussir"
– beurk !) mais plus encore que ce jugement de valeur personnel, elle est
de la façon la plus incontestable du monde parfaitement fausse pour ne pas dire
aberrante et je serais étonné qu’au fond de toi tu ne le saches pas au moins un
peu et je pense que de ta part il ne s’agit ici que "d’opportunisme
intellectuel", d’une "pensée" à géométrie variable qui fluctue
au gré de tes intérêts. Je veux dire que pour défendre Dieudonné et me tailler
un costard, hop !, on prend ce présupposé bien confortable puisqu’il
s’appuie sur la validation du plus grand nombre qui a valeur d’argument
d’autorité, mais si demain sur un autre post tu as besoin de faire le beau et d’arborer
fièrement la haute opinion que tu as de toi-même, tu n’hésiteras pas à jeter
aux orties bien vite cette idée que le "public" puisse avoir raison
en matière d’art si d’aventure il n’est plus d’accord avec toi. J’ai pour ma
part au moins un mérite, c’est celui de la cohérence entre mon discours et ma
pratique : ce qui plaît au plus grand-nombre ne m’intéresse que rarement
en tant que public – mais mon estime pour Orelsan est bien la preuve que je ne
suis pas sur ce point enfermé dans une pose élitiste artificielle comme tu
l’affirmes – et qu’en tant "qu’artiste", j’y prête aussi peu
d’importance.
Alors voilà, ton mépris
de l’underground et des formes confidentielles, le "mérite" (pour te
citer) que tu attribues à ceux qui "deviennent célèbres et arrivent à toucher un maximum de gens", etc., non
seulement pour ma part je les conchie mais c’est surtout une absurdité. Il y a
caché derrière la bien confortable "vérité incontestable" que tu nous
assènes, l’idée que Bénabar fait des meilleurs disques que Costes ou le Ferré
de la fin, que c’est Sollers et Beigbeder qui ont eu raison quand Cioran et
Calaferte (dont 90% au moins des fans de Dieudo ignorent jusqu’aux noms) ont eu
tort ou que Léon Bloy (que là, pour le coup, beaucoup de fans de Dieudo adulent
parce que c’est l’un des auteurs préférés de Nabe) n’était qu’une pauvre merde
sans talent qui passait illégitimement son temps à geindre de l’injustice qu’il
ressentait d’être à ce point ignoré par la public et le système culturel de son
temps. Bouais… permets-moi de ne pas partager cette hideuse vision des choses,
et pour le coup, moi qui doute énormément, de pratiquement tout, là-dessus je
suis absolument certain que cette inversion des valeurs démagogique est fausse :
Costes, Ferré, Cioran, Calaferte, Bloy, c’est incontestablement en terme artistique
infiniment supérieur à Bénabar, Sollers ou Beigbeder, que tu le comprennes ou
pas, ton opinion ayant fort peu d’importance quant à la réalité de l’histoire
de l’art.
Et puis, fais gaffe
quand même parce que ce genre d’arguments, je te les retourne comme un gant
pour cracher sur votre idole. Deux fois. Petit un, parce que si c’est bien le
succès public qui valide le talent, alors Gad Elmaleh est au bas mot dix fois
plus talentueux que Dieudonné et Justin Bieber cent à mille fois plus encore –
ça fait mal, hein ? Et puis, petit deux, puisque Dieudo a un tel mérite d’avoir
réussi à l’intérieur du système – l’éternel "Il faut monter dans l’avion
pour le détourner" qui a pour seule fonction de déculpabiliser tous les
cyniques, tous les lâches et tous les arrivistes –, je compte sur toi (et tes
petits camarades "antisionistes") pour demain, quand un rat de café-théâtre
noir fera le bon nègre anti FN dans un duo avec un Juif (et avec un producteur
juif j’imagine) et obtiendra la notoriété suffisante pour devenir un comique
télévisuel, lui trouver tous les mérites du monde et ne pas simplement le
traiter avec la même morgue et la même condescendance que tu affiches à mon
égard en le ravalant sans discuter au rang de chien du système. Une fois
encore, je doute que sur ce point comme sur plein d’autres, tu puisses revendiquer
alors la même cohérence que moi : pour ma part, j’aurais infiniment plus d’estime
pour Dieudo s’il avait toujours été autant frontalement en opposition au
système dominant qu’il l’est actuellement – libre à vous de sodomiser la vérité
par tous les trous pour essayer de transformer ce qui n’est qu’un passé peu
remarquable et peu estimable en une force, une intelligence et une vision du
génie, libre à moi de ne pas être assez couillon et embrigadé pour y croire.
Le succès public n’a
jamais validé le moins du monde la valeur artistique, ni hier ni aujourd’hui ni
demain, un minimum de culture nous en convainc sans l’ombre d’un doute :
il y a évidemment des milliers d’immenses artistes qui ont croupi toute leur
vie ou une (trop) longue partie de leur vie dans l’underground, underground que
dans ton post tu caricatures, tu méprises et tu balayes d’un revers de main de
grand petit homme qui sait. C’est juste incontestable, ne t’en déplaise.
Le succès public n’a
jamais validé le moins du monde la valeur artistique… mais de la même façon, l’insuccès
non plus, ce serait trop facile bien sûr ! et sois parfaitement certain, n’aie
crainte, que j’en ai une conscience aigüe et douloureuse (je peux t’assurer que
pour ma part, je suis infiniment moins satisfait que tu n’en as l’air de ton côté)
et d’ailleurs, une fois encore, ce revers de la médaille, je le présente sans
fard ni fausse pudeur dans le dernier épisode de mon feuilleton vidéo : un
peu comme dans la dernière scène de "8 Mile", prends le mic’ si ça t’amuse,
mais c’est bon, je me suis déjà moi-même et sans t’attendre – enfin, sans vous
attendre, vous êtes des centaines à me poster le même genre de trucs avec
toujours ce ton insupportable et empreint de supériorité et de certitudes des
donneurs de leçons qui ne font rien de leur vie si ce n’est jouer à l’auteur cachés
derrière Internet –, balancé dans la gueule quelques vérités douloureuses.
Alors voilà, des gens
comme toi, il y en a toujours eu, il y en aura toujours, des "qui
savent" et qui ont su définitivement juger comme des bouffons prétentieux et
sans talent ceux qui ne sont jamais sortis de l’underground de leur époque. Tu
vas bien sûr t’inscrire en faux mais je peux t’assurer qu’avec la même morgue,
la même autosatisfaction, la même arrogance tu aurais décrété du haut de ta superbe
que Van Gogh n’était un barbouilleur, Léon Bloy un raté aigri ou Bartók un
monsieur qui faisait du bruit prétentieux.
Tu vois, la différence
– enfin, l’une des milliers de différences bien sûr – entre toi et moi, c’est
que moi, réellement et humblement, je ne sais pas si je ressemble plus au
portrait que tu fais de moi ou à celui qu’en font pas mal de gens largement
aussi respectables et qui me considèrent comme un artiste singulier, profond,
exigeant et formellement intéressant et auquel le public ne s’identifie pas (du
tout) à cause paradoxalement (ou pas, en fait) de ses qualités : justement
son exigence, sa complexité et une singularité trop différente de la plupart.
Une fois encore, toi, tu sais, très bien pour toi, mais ton jugement n’a aucun
intérêt et absolument aucune importance. Ce qui est important, si tu le veux
bien (et même si tu ne le veux pas bien sûr), c’est que je vais continuer à
travailler seul et sans votre assentiment pour me donner une chance, comme je
l’ai écrit dans mon premier roman, de construire un monde à ma mesure, simplement
pour savoir ma mesure.
Bienheureux homme, toi,
tu n’as pas besoin de tant : tu sais déjà et tu es fier, content et sans
doute sur ce que tu fais. Bravo !