@Éric Guéguen
Sur le point TROIS, vous n’avez pas tord, et c’est aussi un défaut de la démocratie : la démocratie pure, pour toute décision, ferait appel au peuple dans son ensemble, c’est-à-dire à la fois aux gens concernés mais aussi aux gens non-concernés. La démocratie ne distingue pas qui est concerné de qui ne l’est pas.
En pratique, les gens concernés par une décision seront souvent minoritaires par rapport à ceux qui ne sont pas concernés. Le dirigeant, avec la légitimité démocratique qui lui est donnée à priori par l’élection, peut donc s’assoir sur l’avis des gens concernés minoritaire, en faisant appel aux gens non-concernés qui sont majoritaires. La démocratie, de ce point de vue, c’est aussi tout le monde qui se mêle des affaires de tout le monde.
Pour le point UN, considérez comment les élites politiques étaient rémunérées sous l’ancien régime : ils étaient dépositaire d’une rente, c’est-à-dire d’une certaine faculté à prélever des impôts. Si aucun impôt ne rentrait, ils n’avaient pas de revenu, mais ils gardaient les charges. Dans ma ville, par exemple, le duc devaient entretenir, à ses frais, sur ses biens propres, des cellules pour les prisonniers, des gardiens pour les garder, des cuisiniers pour les nourrir, des gens d’armes...etc. C’était la même chose pour le Roi, à un niveau plus élevé. Les finances de l’État étaient le compte personnel du Roi. C’est bien parce que les finances personnelles de Louis XVI étaient à sec qu’il a accepté la réunion des états généraux. Bref, les rois ont toujours eu besoin d’argent. Par exemple, certains se firent prêter de l’argent par des banquiers de Florence, la banque des Médicis, famille qui a donné ensuite à la France plusieurs reines.
Pour le point DEUX, d’un point de vue politique, l’aspect technique reste secondaire. La politique, c’est d’abord la faculté de MENER les hommes. L’aspect technique, c’est d’arriver à bon port. Si à priori les hommes ne souhaitent pas être amenés quelque part, la question technique ne se pose même pas. Ne généralise pas trop ce qui se passe dans les jurés populaires, c’est un cas très particulier, où celui qui est mené n’a pas son mot à dire, car encadré par des gens d’arme. Ce n’est pas certain que l’on puisse transposer cette situation à toutes les situations politiques. En particulier, il y a toutes les situations où l’homme politique doit susciter l’adhésion des gens libres.