Thierry Ardisson fut incontestablement une figure majeure du PAF de ces 40 dernières années. Ce "fils de pub" faisant partie de la génération des boomers, avec tous les travers mais aussi les bons côtés inhérents à cette génération, aura marqué son temps. Créatif, capable de "sentir l’époque", il a démarré dans la publicité avec des slogans basés sur des jeux de mots ultra-simplistes
mais qui resteront dans les esprits comme Vas-y Vaza, Quand c’est trop c’est tropico ou encore Lapeyre y en a pas deux.
C’est grâce à son sens de l’aphorisme qui constituera sa marque de fabrique télévisuelle qu’Ardisson réussira à faire de ses interviews de véritables moments de télévision.
Producteur, animateur, Ardisson laissera à la postérité des émissions comme lunettes noires pour nuits blanches, descente de police, Double jeu ou encore Salut les terriens. Mais c’est incontestablement Tout le monde en parle qui restera son émission phare de 1999 à 2006 et qui fera le bonheur des téléspectateurs (dont j’étais) chaque samedi soir. Cette émission aura été pour l’époque un vrai moment de fraîcheur au cours duquel l’animateur donnera la parole à beaucoup de personnalités "infréquentables". Ainsi, si Alain Soral, Marc Edouard Nabe, Maurice Dantec ou même Eric Zemmour ont pu acquérir une certaine notoriété, c’est grâce à cette émission qui les a fait connaître du grand public (les gens ont parfois tendance à l’oublier). Alors certes, Ardisson n’aura pas été au bout de cette transgression libertaire et, lorsqu’il sentira le vent tourner, il aura tôt fait de ne plus inviter cette "liste noire" (comme dirait Patrick Cohen) d’infréquentables. Il n’empêche, Ardisson aura ouvert une brèche et rien que pour cela il méritait un (petit) hommage. Et puis, peut-être le plus important, on saluera la qualité de ses interviews. Capable d’inventer des interviews parfois totalement burlesques, graveleuses ou loufoques, Ardisson pouvait tout aussi bien demander à un ancien premier ministre (Michel Rocard en l’occurrence), sous la forme d’une interview en mode "Monica Lewinsky" si "sucer c’est tromper" que de faire la biographie hyper-détaillée d’un grand écrivain. Car au-delà du côté "léger" que certaines interviews laissaient paraître, notamment lorsque son fidèle "sniper" Laurent baffie en faisait des tonnes (parfois trop), rien n’était laissé au hasard pour ce besogneux et cet hyper-angoissé qui ne supportait pas l’à-peu-près.
Ardisson est effectivement mort un 14 juillet, comme si ce royaliste avait lui-même écrit et mis en scène son propre décès, prêt à s’auto-interviewer avant d’entamer son grand (et dernier) voyage.