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Commentaire de Étirév

sur La disparition de la vraie médecine | Jean-Dominique Michel


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Étirév 23 octobre 2025 20:48

La disparition de la vraie médecine ne date pas d’hier !
C’est du temps de Ramsès II que le sacerdoce masculin apparaît en Egypte.
Dans chaque pays on trouve un terme générique pour désigner la fonction nouvelle que l’homme va prendre . Ici le « Prêtre » s’appelle « Hermès ». Ce personnage n’a aucune réalité, c’est un être imaginaire servant de symbole. Rappelons que « Hermès » est un mot qui signifie « cacher ». Lorsqu’il renversa la religion primitive en Egypte, Le Prêtre cacha, c’est-à-dire voila ce que la Prêtresse avait dévoilé. Il revoila, et c’est de ce mot que, par antithèse, on fit « révéler ».
La Grèce, qui copiait l’Egypte et lui prenait ses Dieux, adopta ses « Hermès ». Alors, « Hermès » signifiera « interprète ». « Hermès est l’emblème de la parole qui crée et interprète tout », dit Eusèbe. Il va interpréter en effet, mais si sa parole crée, ce ne sera que l’erreur.
Dans les temples des Hermès se trouvaient des médecins qui mêlaient aux médicaments des prières, des sacrifices, des exorcismes. Comme les autres prêtres, les médecins vivaient de l’impôt sur les laïques et des sommes qu’ils savaient faire affluer au trésor. Les pratiques médicales valaient au temple de riches présents, et on assurait que les guérisons dépendaient de l’offrande beaucoup plus que du remède.
Clément d’Alexandrie a consacré à la chirurgie un des six livres qu’il a intitulés les HERMÉTIQUES des médecins. Ces livres les montrent comme des charlatans.
Pour imiter la Déesse Hygie, « Hermès » prétendra guérir, et le caducée sera le symbole de sa médecine, celle qui tue, à l’instar de celle du « lobby pharmaceutique » actuel : votre mauvaise santé est la garantie de ses profits et de sa toute-puissance.
Notons que dans le règne primitif, toutes les grandes dignités de l’Etat, les fonctions de juge, de médecin, étaient exclusivement réservées à la caste sacerdotale. Les hommes ne pouvaient pas y prétendre, ils étaient soumis au pouvoir des femmes appelées « des sages » (Soffet), qui leur faisaient faire un service régulier, un travail dont l’organisation avait été savamment établie.
Dès que l’homme usurpa les fonctions médicales de la femme, il se créa, pour justifier cette usurpation, un passé médical, comme les prêtres s’étaient créé un passé religieux ; les médecins se sont inventés des ancêtres, tel Esculape, dont le nom est une parodie des Asclépiades, nom des femmes-médecins en Grèce ; puis Hippocrate, sur lequel on n’a jamais rien pu savoir. Et enfin on a donné à Galien la paternité de tous les livres de médecine écrits par des femmes avant son époque.
Le premier usage que les hommes firent de ce nouveau droit qu’ils se donnaient d’enseigner la médecine, fut d’interdire aux femmes l’exercice d’une profession qui avait été spécialement réservée à leur sexe jusque-là. Ils veulent faire de la médecine un privilège et partent en guerre contre tous ceux qui s’occupent à un titre quelconque de la santé du corps.
Ils font dans la médecine ce que le prêtre avait fait dans la religion, ils en chassent celles qui en sont les légitimes représentantes et prennent violemment leur place.
Cependant, la vraie science restait libre. Aussi, les plus illustres savants ne passèrent jamais par l’Université. Ambroise Paré dut subir toutes les taquineries de la Faculté, qui le traitait d’ignorant et proscrivait ses livres parce qu’ils étaient écrits suivant l’ancienne méthode, celle qui guérissait, et que le fameux corps savant rejetait, voulant faire autrement, sans doute pour ne pas avoir l’air d’imiter les femmes. La Faculté n’était pas un corps savant, mais une corporation professionnelle, fondée plutôt pour défendre des intérêts matériels, et c’est ce qu’elle est toujours restée. Aussi elle craignait surtout la concurrence. La médecine continuait d’être exercée par des médeciennes et leurs élèves et par les médecins libres. La Faculté n’avait alors aucune autorité ni aucun prestige. Du reste, le public n’avait aucune confiance dans la médecine des hommes.
Les Facultés devaient avoir comme premier règlement : l’interdiction des femmes ; la défense faite aux hommes qui enseignaient de se marier. Ainsi, on était sûr de proscrire de cet enseignement l’Esprit féminin ; et l’homme, dès lors, put se livrer sans contrôle gênant à un enseignement incohérent et bizarre, issu de l’ancienne science des mages, et qui était aussi loin de la Vérité que la théologie.
Au XIVème siècle, Arnaud de Villeneuve, maître de médecine, donnait à ses élèves le conseil de ne témoigner, en aucune occasion, ni surprise ni étonnement. « La septième précaution, leur disait-il, est d’une application générale. Supposons que vous ne puissiez rien comprendre au cas de votre malade ; dites-lui avec assurance qu’il a une obstruction du foie. S’il répond que c’est de la tête ou de toute autre partie qu’il souffre, affirmez hardiment que cette douleur provient du foie. Ayez bien soin d’employer le terme d’obstruction, parce que les malades ignorent ce qu’il signifie, et il importe qu’ils l’ignorent » (Arnoldi de Villanova, édité en 1505).
Cette façon de pratiquer la médecine n’était pas faite pour inspirer une grande confiance au public ; aussi, lorsque les rois ou les grands personnages s’adressaient aux médecins libres, ils faisaient contrôler l’avis des uns par les autres et, au lieu d’un médecin, en prenaient un nombre plus ou moins grand, pensant sans doute que l’ignorance multipliée devient la science.
Philippe le Bel avait douze médecins, entre autres un certain Hermingard, qui possédait l’art de deviner les maladies à la simple vue et sans tâter le pouls (Histoire littéraire de la France, p. 96).
Guillaume de Nangis raconte ainsi la mort de ce roi si bien soigné : « Le roi mourut d’une longue maladie, dont la cause, inconnue aux médecins, fut pour eux et pour beaucoup d’autres le sujet d’une grande surprise et stupeur. »
Philippe le Long, deuxième fils de Philippe le Bel, eut pour médecins Pierre de Caspicanie, Geoffroy de Courvot, etc. Il mourut à 28 ans. Et Guillaume de Nangis explique ainsi sa maladie : « Les malédictions du pape le rendirent malade ».
En fait de soins, on lui apporta à baiser un morceau de la vraie croix et un clou venant de la crucifixion du Christ. Cela ne le guérit pas. Il mourut.
Charles IV, son frère, vécut jusqu’à 34 ans. Son médecin était Guillaume Aymar, curé de Sainte-Marie du Mont. Charles IV eut au moins 22 médecins.
Dans un moment d’impatience, à la fin de 1393, on les chassa tous de Paris, mais ils revinrent.
En 1395, on appela de la Guyenne un sorcier nommé Armand Guillaume, qui s’était vanté de pouvoir guérir le roi par un seul mot (solo sermone). Il ne guérit pas et eut la bonne chance de ne pas en être puni.
En 1397, deux moines augustins, qui se disaient magiciens, offrirent aussi de guérir le roi ; ils lui firent prendre des perles réduites en poudre, ce qui n’eut pas l’effet qu’ils en attendaient, mais un autre qu’ils n’attendaient pas : ils furent décapités en place de Grève. A cette époque, c’est ainsi que les rois payaient leurs médecins.
Pendant que les hommes faisaient ainsi leur médecine, les femmes continuaient à soigner plus sérieusement les malades.
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