ffi : "Or, il me semble que la conscience est une activité du mental (c’est une activité de l’Esprit).
Et en effet, la conscience est un état de veille sur soi-même. Si je perds conscience, je m’endors, je m’évanouis. Je reprends conscience quand je me réveille.
Il s’ensuit que Gaspard veut échapper à la surveillance du mental, tandis que vous voulez accéder à une vigilance de conscience.
Cela m’a semblé quelque peu contradictoire. D’où ma demande de précision."
Je vais essayer de vous expliquer cela, mais il ne faut pas prendre ma réponse comme le renvoi d’une balle de tennis, le but n’étant pas de marquer un point pour sembler avoir toujours raison mais de nous informer réciproquement. Peut-être que je vois un truc que vous ne voyez pas, et inversement. Donc voici.
Je confirme qu’il n’y a pas de contradiction entre mon propos et celui de Gollum à propos de la distinction entre contrôle mental et vigilance de la conscience.
EVIDEMMENT, on peut dire que c’est la même chose en se livrant à une analyse linguistique mécanique réductrice. Mais si nous vous disons que ce n’est pas la même chose, c’est sans doute que nous percevons bien une différence !
Cette différence n’est pas une petite affaire, car c’est elle qui distingue l’homme sage de l’érudit sec. Ce n’est pas quelque chose que l’on peut aborder intellectuellement, précisément parce que le mental ne peut pas saisir ce qui le distingue de la conscience !
Mais il y a des façons de se rendre compte avec évidence de la différence entre la vision pénétrante de la conscience et le contrôle mental. Par exemple, le contrôle mental est toujours dualiste, il oppose une chose à une autre, il compare, il juge et condamne, il cherche à protéger un territoire, c’est un douanier, un flic des frontières (il a aussi son rôle à jouer dans ce sens tant qu’il ne se prend pas pour le président). En revanche, l’attention vigilante de la conscience est simplement la perception de tout ce qui est sans jugement, par exemple cela consiste à observer ses peurs et ses désirs au moment où ils apparaissent, mais non à se battre contre ces émotions. Le simple fait de les observer d’une manière pénétrante, de voir REELLEMENT comment se forment ces émotions, c’est SURPRENDRE SON EGO EN PLEIN ASSEMBLAGE et par conséquent réaliser que nous sommes l’assembleur, et non pas seulement l’assemblage. Il n’est pas possible de démontrer théoriquement cela, il faut le pratiquer. Tant qu’on se le représente mentalement sans le pratiquer, on croit que c’est schizophrénique : nous croyons cela parce que le mental dualiste est incapable de concevoir quelque chose qui le dépasse, il est en nous la puissance qui se qui se prend pour "le prince de ce monde" et ne veut pas mourir, ou plus exactement la puissance qui a composé un monde dont il peut être le prince et dans laquelle il a enfermé l’âme endormie.
Or, et c’est cela qui n’est pas toujours compris, cet exercice n’est pas un "effort" au sens courant et dualiste du terme. En fait, la vision pénétrante de la conscience est l’état naturel et spontané de l’esprit. Le problème est que nous sommes "inversés" (et c’est cela qui peut être entendu comme diabolique) et que ce qui devrait nous apparaître comme la chose la plus évidente et la plus simple nous apparaît au contraire hyper-complexe et douloureuse.
D’où l’importance du lâcher-prise (qui n’est pas non plus un simple avachissement !) qu’évoque des images théologiques ou poétiques de "petits enfants pouvant accéder au royaume des cieux ", de "voir avec le coeur", d’être simples et doux "comme la colombe", etc. A équilibrer bien sûr avec la nécessité rappelée par les Evangiles d’être également sage et prudent "comme le serpent".