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popov (---.---.104.38) 9 janvier 2013 18:30
@ffi

Cela vient d’une conception linéaire du temps, conception chrétienne (le temps progresse de l’origine vers la fin)

Cette conception linéaire du temps (que l’on retrouve dans les trois religions du monothéisme) est en effet une des clés de voûte de la pensée occidentale.
C’est une idée contre-intuitive, car on mesure le temps avec des cycles qui se répètent (le jour, le mois lunaire, l’année solaire ou sidérale, le sablier, l’horloge ou maintenant la fréquence d’une certaine raie d’émission du césium).
C’est aussi un exemple qui montre qu’un concept religieux peut avoir un influence profonde sur la culture et même sur la science. Avec un temps linéaire, le progrès est envisageable, la ligne droite peut s’extrapoler à l’infini.
Ce n’est pas le seul exemple. Il arrive parfois qu’on tombe sur une équation différentielle coriace qui résiste à toute tentative de solution. Mais parfois, on peut quand même, sans pouvoir écrire la solution explicitement, prouver qu’il existe bien une solution, et qu’elle est unique.
Existence et unicité ! Un concept aussi cher au mathématicien qu’au théologien.

Le principe de causalité que vous citez était est déjà reconnu par Aristote, mais, comme vous le signalez, il prend tout son sens sur un temps linéaire.

Qu’en est-il de l’islam ?

Au départ, l’islam hérite du concept de temps linéaire.
Après la conquête du Moyen Orient, de la Perse, de l’Afrique du Nord et d’une partie de l’Europe. Les Arabes se sont retrouvés en contact avec les cultures de la Chine, de l’Inde, de la Perse, de la Mésopotamie, de l’Égypte et de la Grèce. Il s’est alors produit une chose extraordinaire, car cela n’arrive pas souvent dans l’histoire de l’humanité : des gens provenant d’une culture aussi fruste que celle de la péninsule arabique ont commencé à s’intéresser à l’héritage technologique et philosophique de toutes ces populations conquises ou avoisinantes. Vers le 10ème siècle, un grand nombre d’Arabes (ou de Perses convertis) sont des experts en mathématiques (Inde), en (al)chimie (chine) et en philosophie (Grèce). S’ils avaient continué sur cette lancée, ils auraient vite découvert la méthode scientifique et ils auraient marché sur la lune au 17e siècle. Mais malheureusement, les théologiens islamiques étaient là pour veiller à ce que cela ne se produise pas.

Le pilier de la pensée rationnelle est, comme vous le signalez, le concept de relation de cause à effet. Quand on approche une flamme d’une bougie, la mèche de la bougie s’enflamme. La cause, c’est la flamme qu’on approche ; l’effet c’est la flamme de la bougie. On peut alors raffiner l’analyse, voir que la chaleur de la flamme vaporise des matières contenues dans la mèche, qui à une certaine température se combinent à l’oxygène de l’air pour produire à leur tour de la chaleur.

Ce concept de relation de cause à effet épouvantait les théologiens islamiques. En effet, se disaient-ils, si les gens commencent à suivre une telle ligne de pensée, ils ne vont pas tarder à remettre en cause l’existence des miracles (Mahomet qui coupe la lune en deux, puis la recolle, par exemple). Le clergé islamique allait au moins perdre ses privilèges quant à l’interprétation des écritures, au pire être ridiculisé et voué à l’extinction.

Arrive Al-Ghazali (11ème siècle). Cet éminent intellectuel, auteur de plusieurs dizaines de livres de philosophie, était sans doutes le mieux placé pour comprendre où frapper pour étouffer dans l’œuf cette pensée rationnelle naissante. Il construit donc une philosophie islamique dans laquelle le concept de relation causale est remplacé par ce que l’on appelle l’occasionnalisme : quand on approche une flamme d’une bougie, on donne à allah l’occasion de manifester son pouvoir en enflammant la mèche. Il n’y a aucune relation de cause à effet. Allah pourrait très bien ne pas enflammer la bougie, mais il le fait de façon prévisible pour ne pas déconcerter les humains.

Avec cette nouvelle philosophie 100% compatible avec le coran et les récits de miracles, les privilèges du clergé islamique sont saufs.
Du point de vue de l’histoire des connaissances humaines, l’addition est lourdes. Si allah est la cause de tout, raffiner l’analyse des phénomènes est une perte de temps, voire une hérésie. Le monde arabe qui avait été le siège d’un bourgeonnement intellectuel des plus spectaculaires de l’histoire de l’humanité sombre peu à peu dans un coma intellectuel. Au cours des siècles suivants, la seule activité intellectuelle visible consiste à ruminer les écritures islamiques et à dresser des listes de ce qui est permis et interdit ; elle ne produit STRICTEMENT AUCUNE nouvelle connaissance.
Même aujourd’hui où les connaissances sont plus que jamais accessibles à un grand nombre, le monde musulman (plus d’un milliard de croyants) ne compte qu’un prix Nobel en physique : le pakistanais Abdus Salam qui est un des pionniers de la théorie du boson de Higgs. Et encore, comme il appartenait à la secte des Ahmadis, considérée comme hérétique par les crétins wahhabistes, lui qui était un des piliers du programme nucléaire pakistanais, il a du s’exiler. A sa mort, son corps a été rapatrié et sur sa tombe, il était écrit : Premier prix Nobel musulman. Un juge islamiste a fait effacer le mot "musulman".

Désolé pour cette longue tirade, juste pour dire que si le monde islamique a capoté dans l’apathie intellectuelle, ce n’est pas parce qu’ils n’avait pas notre concept de temps linéaire, mais parce qu’à mon avis, il a refusé le principe de causalité.

Je ne vais pas commenter sur un autre sujet fascinant que vous soulevez : Nicole Oresme. Un autre jour peut-être.




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