Toujours étrange de le voir s’animer de la sorte, de cette manière tant américaine, surjouée, excessive et, je dirais, assez idiote.
J’aimerais néanmoins réagir à son désir de "unlock minds"... N’étant pas de la nature la plus positive en ce qui concerne les humains, je crois que s’il est une si grande majorité à garder l’esprit fermé, c’est parce qu’elle ne veut pas l’ouvrir, tout simplement. Ce n’est pas à cause d’une manipulation (qui existe, oui), ni à cause d’informations tronquées, menteuses, dirigées (qui existent, oui), mais simplement parce qu’il est plus simple pour une majorité de ne pas chercher à savoir, ne pas se retrouver devant le trouble, la violence de la réalité telle qu’elle est. Il est préférable pour cette majorité de simplement acquiescer quand on lui dit d’acquiescer, de manger, boire, pisser et chier quand on lui dit... Et surtout de continuer à produire gentiment pour ceux qui -eux !- ont l’esprit "unlocked"... depuis toujours.
Anecdote personnelle : voilà des mois que je discute politique avec une collègue (20 ans plus âgée que moi... j’en ai 34), elle qui dit voter PS quoi qu’il arrive ; des mois que je cherche à lui montrer les choses plus clairement sur ce parti (comme tant d’autres, d’ailleurs), ses acteurs, sa star du moment et pour 2012, Strauss-Kahn ; des mois que je lui rappelle le rôle de ce dernier à la tête du FMI, le rôle du FMI (l’affameur des peuples) ; la soumission de Strauss-Kahn à Israël, sa ressemblance idéologique extrême à Sarkozy ; des mois que j’essaie de lui faire comprendre que tout cela est bien malsain et que lorsque l’on a l’esprit réellement social, on ne peut pas voter pour ça. Mille fois, elle acquiesce à ce que je dis. "Bravo, me dis-je, mon propos porte... à ma modeste position, bien sûr". Mais non : en 2012, elle votera PS, donc Strauss-Kahn, m’a-t-elle benoîtement rappelé la semaine dernière ; comme si elle n’avait rien entendu de tout ce que je lui ai dit... Et probablement n’a-t-elle réellement rien entendu (dans les deux sens du terme)... Car elle n’a pas envie d’entendre. Point.
Si l’on passe outre ces petites chamailleries de manipulateurs d’opinion, je crois que ce qui reste de cette petite joute est l’incapacité de Ruquier à faire ce type de remarques sérieusement. Le personnage se sent l’obligation d’en faire des tonnes dans la rigolade en développant ses attaques contre Ardisson et Canal+. Pourquoi ? La peur d’assumer pleinement de telles idées contre un monde de la télévision qui le nourrit si bien ? Peut-être...
L’assassinat de Sankara et les tentatives d’assassinat contre Chavez (heureusement déjouée jusqu’à maintenant) sont à eux seuls le révélateur du fonctionnement total de la mécanique politico-financière du monde riche :
- Stipendié pour fermer ta gueule et la faire fermer à ton peuple pendant qu’on pompe tes ressources : tu peux bien faire ce que tu veux à ton peuple. Essaie juste de le faire le moins bruyamment possible, - Tu refuses notre main tendue ? Tu payes pour ton erreur. On trouve un autre rat pour faire ton boulot, t’en fais pas. La belle morale appliquée à la lettre... ce n’est certainement pas une chose qui importe à une grande majorité d’entre les êtres humains. Encore moins chez ceux qui courent après le pouvoir.
Oui, c’est à vomir. Mais pour un Sankara ou pour un Chavez, combien de Sarko, de Bush, de Obama, de Ben Ali, de Khadafi, de Netanyahou ?
Où l’on a pu entendre à quel point Elkabbach est proche de Raoult car, malgré les pseudo-attaques quant à la flagornerie de Raoult à l’égard de Ben Ali, notre bon député-maire n’a pas une fois tiqué, pas une fois pris la mouche, pas une fois élevé un tant soit peu la voix, au moins par un énervement qui aurait pu être légitime pour tout être humain doué de... dignité.
Une Clinton totalement impassible lors de l’éviction du manifestant pacifiste...Un Rumsfeld entre hésitation et arguments contournant les questions, impliquant d’autres noms (Powell, Bush...), probablement pour nous rappeler qu’il n’était pas seul à vouloir baiser le monde.
Tout cela est bien honteux. C’est certain.
Et je garde toujours cette drôle d’impression que ce genre d’offensive à l’encontre des gouvernants que l’on peut trouver aux Etats-Unis (comme je déteste les entendre dire "America" constamment), et ce jusque sur les plateaux de télévisions, ne risque pas de trouver son équivalent chez nous, malheureusement.