Il y a des éléments intéressants dans votre commentaire. Cependant, vous commétez une erreur par manque de compréhension à cet endroit :
"L’idée chouariste étant que ce n’est pas aux hommes de pouvoir d’écrire les règles du pouvoir, les petits citoyens constituants s’imaginent qu’il vont pouvoir changer la constitution sans dérober le pouvoir, et en fait s’ils veulent changer la constitution ils ne doivent pas prendre le pouvoir."
Changer la constitution est un acte de pouvoir. Il faut s’y préparer par le savoir (éducation populaire et entraînement dans les ateliers constituants) et bien entendu il faut aussi le vouloir intensément (d’où la nécessité de réveiller cette volonté dans la population, qui a été endormie par la caste des politiciens professionnels). Tout cela demande bien entendu une manière de faire adéquate, en l’occurrence un art social (qui n’est pas seulement une technique) synthétisant de nombreuses compétences. Cet art social (qui s’exerce sur la société) est la véritable action politique.
Petite précision de vocabulaire : la population n’a pas à entreprendre de "dérober" le pouvoir dans une société qui se définit elle-même comme démocratique. Il suffit à la population d’exercer ce pouvoir conformément à la logique démocratique et de veiller à ce que nul ne se l’accapare (d’où l’importance d’écrire la constitution). Bien entendu, des ennemis de la démocratie s’y opposeront. Mais ce faisant, ils apparaîtront pour ce qu’il sont : les ennemis de la démocratie... et non ses garants comme ils tentent de le faire croire. Ce processus a déjà commencé : les Français pour une part de plus en plus importante se sentent en tyrannie.
Le point sur lequel vous butez, c’est la notion d’intelligence collective, qui n’est pas une addition d’intelligences individuelles. C’est sans doute pour cela que vous imaginer que quelques personnes doivent d’abord "prendre le pouvoir" comme si c’était l’anneau de pouvoir de Sauron. Le "pouvoir" chosifié que l’on peut dérober est toujours un pouvoir personnel et il est toujours illégitime : on ne peut pas en faire bon usage. Il faut seulement y renoncer et le détruire.
@pegase "La comparaison est mal venue, les territoires scandinaves n’ont pas du tout la même importance d’un point de vue géo-stratégique, économique et politique que la France, de fait ils ne sont pas l’objet de pressions importantes et de l’influence des puissances étrangères ..."
@louis "On ne peut transiger avec la morale pour ceux qui ont des mandats nationaux."
Ce n’est même pas une question de morale, c’est une question de clarté comptable : les dépenses publiques doivent tout simplement être décidées et contrôlées publiquement.
@maQiavel "Je ne suis pas du tout friand de puritanisme mais je ne vois pas ce qu’on peut reprocher aux scandinaves quant à leur façon de contrôler les dépenses publiques de leurs mandataires."
C’est exact. Il ne faut pas confondre la nécessaire transparence des comptes publics (qui s’impose du simple point de vue du bon sens) avec une intrusion abusive de morale publique dans la vie privée. Les deux influences existent simultanément et sont toutes deux vaguement associées au protestantisme, d’où la courante confusion. Il est d’ailleurs intéressant de rappeler que la Réforme protestante s’est rapidement répandue en Europe au XVIe siècle en réaction à une corruption de l’église romaine qui commençaient à agacer et dégoûter sérieusement les populations. Le protestantisme a aussi manifesté ses limites et ses propres effets indésirables à cause de ses excès — et peut-être aussi dans son essence même (vaste débat) — , mais il n’aurait pas étendu son influence culturelle et politique sur de si vastes territoires s’il n’avait d’abord été perçu comme un retour à une forme d’honnêteté dans tous les sens du terme. Il est donc juste d’affirmer que "ce sont les scandinaves qui ont un comportement normal en contrôlant rigoureusement leurs mandataires" et que, de ce point de vue, nous devrions les prendre comme modèle. et non nous plaindre de leur influence. Le conflit entre catholiques et protestants, après avoir divisé et dévasté l’Europe (au sens continental), est aujourd’hui suffisamment apaisé pour que nous puissions prendre ce qu’il y a de meilleur dans chacun de ces deux "styles". Restons latins pour la séduction et la cuisine, mais soyons un peu plus scandinaves pour la propreté des rues et le contrôle des représentants.