En plus, l’auteur omet délibérément le contexte de l’époque, qui voulait que les Juifs soient les seuls à avoir accès au salut, d’après la Torah. Jésus est juif. Or, les juifs prêchaient une stricte séparation d’avec les peuples cananéens. Jésus se comporte donc comme se serait comporté un juif religieux qui ne veut rien avoir à faire avec les gens des nations non-juives. Or, ici, on le voit reconnaître qu’une non-juive fait preuve de plus de foi que son peuple qui le rejette en tant que Messie annoncé par les Écritures ! Petit pas pour des post-soixante-huitards que nous sommes, mais ÉNORME pas en 30 après JC ! Il est facile de faire des leçons de morale avec des valeurs contemporaines (humanisme, tolérance...) à une époque où ces dernières n’existent pas !
Au début du christianisme, il y a eu un vrai débat parmi les chrétiens primitifs (qui étaient tous juifs) pour savoir s’il fallait donner le baptême à des non-juifs, sachant que ces derniers sont exclus des promesses divines, d’après la Torah. Des cas comme celui du centurion Corneille (quelque part dans le livre des Actes), qui impressionne l’apôtre Pierre par sa foi, et le ministère de Paul, l’apôtre des nations, va ouvrir les portes de l’Église naissante aux "gentils" (surnom des non-juifs).
C’est la fameuse phrase de Paul : "Il n’y a plus ni juif, ni grec". Quand on est chrétien, on n’est plus défini par sa race. Ce ne sont rien de moins que les débuts de l’universalisme, dont se réclame la personne ayant posté cette vidéo. C’est donc assez paradoxal de la voir taper sur cette histoire du Christ, qui ouvre pourtant les portes au développement historique des valeurs humaines qu’elle prétend défendre !
Hello Benj. Ta remarque est exacte. Ce n’est pas Matthieu 28, mais Matthieu 15.
J’interviens assez rarement sur agoravox, mais là, je n’ai pas pu laisser passer le fait que l’histoire de Jésus et de la Syrophénicienne soit rafistolée, alors qu’il n’en est pas fait mention. Il est vrai que le titre, "L’Évangile de Marine", est suffisamment évocateur pour montrer qu’il y a eu des modifications dans le récit original, mais vu que de moins en moins de gens lisent leur bible, il me paraît nécessaire de faire ce genre de précision.
Ce que je trouve légèrement malhonnête dans le propos de l’auteur, c’est de transformer une histoire biblique parlant de l’accès à la rédemption universelle (une non-juive qui fait preuve de plus de foi qu’une juive) en diatribe anti-FN.
Pour ceux qui voudraient lire le texte original de l’Évangile de Matthieu, plutôt que cette falsification outrancière employée à des fins politiques et nihilistes : - - Évangile selon Matthieu, chapitre 28, versets 21 à 28 : -
21 Et Jésus, partant de là,
se retira dans les quartiers de Tyr et de
Sidon.
22 Et voici, une femme
cananéenne de ces contrées-là, sortant, s’écria, lui disant : Seigneur,
Fils de David, aie pitié de moi ; ma fille est cruellement tourmentée d’un
démon.
23 Et il ne lui répondit mot.
Et ses disciples, s’approchant, le prièrent, disant : Renvoie-la, car elle
crie après nous.
24 Mais lui, répondant,
dit : Je ne suis envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël.
25 Et elle vint et lui rendit
hommage, disant : Seigneur, assiste-moi.
26 Et lui, répondant,
dit : Il ne convient pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux
chiens*.
27 Et elle dit : Oui,
Seigneur ; car même les chiens* mangent
des miettes qui tombent de la table de leurs maîtres.
28 Alors Jésus, répondant,
lui dit : Ô femme, ta foi est grande ; qu’il te soit fait comme tu
veux. Et dès cette heure-là sa fille fut guérie.
-
Source : http://www.bibliquest.org/Bible/BibleJNDhtm-nt01-Matthieu.htm#nt01_15 - - Eh oui, si on enlève la chute, la signification de ce passage se retrouve légèrement biaisée. Cet extrait est un parmi d’autres qui introduisent le principe selon lequel le salut n’est plus réservé expressément aux fils d’Israël, mais aux nations du monde entier.