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Erca

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  • Premier article le 08/02/2011
  • Modérateur depuis le 23/03/2011
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    Erca 20 mars 2011 16:03

    J’entends bien ton propos sur la construction d’une identité européenne comme identité supplémentaire et en non-contradiction avec les identités nationales, qui est théoriquement tout à fait acceptable. Mais en pratique, comme je l’ai déjà dit, les Etats-nations européens en sont arrivés à un tel point de construction et d’indépendance au fil de l’histoire, qu’il serait difficile de construire une identité commune assez épaisse pour nous unir durablement. Au fil de la négociation, on finirait vite par tomber sur des points que chaque peuple jugera non négociable. Ce projet me semble arriver trop tard. Il aurait peut-être été pertinent deux siècles plus tôt, au moment des révolutions, mais il se trouve qu’on s’est fait la guerre à la place.


    Comparer une identité individuelle et une identité collective me semble un peu hasardeux. En effet, l’identité nationale est un substrat qu’on intègre (plus ou moins partiellement) très tôt via une langue, certains codes, etc, et dont il est très difficile de se défaire. On a la possibilité de la modifier, mais à la marge et sur le temps long, alors qu’on peut changer une identité individuelle du jour au lendemain. Je suis complètement d’accord avec toi sur l’idée que l’identité est un mouvement, et je crois avoir insisté dessus dans ma tentative de définition, mais ce mouvement est plus ou moins lent suivant le niveau d’intégration de certaines valeurs préalablement construites.


    Par ailleurs, on peut tout à fait avoir une double culture ou une double nationalité, je n’ai aucun souci avec ça.


    Et pour moi, quelqu’un qui n’a pas d’identité, ça n’existe pas et ça n’a pas de sens. Tout groupe est destiné à se former une identité, ou à en intégrer une déjà construite de longue date ; ou alors à se diviser s’il ne parvient pas à trouver une unité.


    Je partage complètement ton point de vue sur le fait que nous vivons en France une crise médiatique et politique, bien avant de partager une crise identitaire. Et je dirais même que si certains Français vivent une crise identitaire, qu’on ne peut nier, c’est avant tout à cause d’une crise politique liée à des élites dégénérées depuis quelques décennies déjà, qui abandonnent par exemple les idéaux républicains au profit d’un certain cynisme communautariste. Si les Français se sentaient représentés, tout ou presque serait résolu. C’est pourquoi je crois urgent de réaliser une réforme constitutionnelle et de progresser notamment vers plus de démocratie directe.


    Au fait, une question hors-sujet qui m’est venue à l’esprit récemment : Mélenchon a dit qu’il lancerait une assemblée constituante s’il gagnait la présidentielle. Dès lors, le reste de son programme n’est-il pas voué à devenir celui du Front de Gauche lors d’hypothétiques élections législatives dans le cadre d’un nouveau régime ? Et sais-tu s’il serait favorable à des mécanismes assez étendus de démocratie directe ? Je l’ai parfois entendu dire qu’il fallait donner plus de pouvoir au peuple, mais sans aller plus loin.



  • 6 votes
    Erca 19 mars 2011 19:54

    Zemmour m’a toujours paru sévère à l’égard de tous les communautarismes, juif comme musulman (cf notamment son débat face à BHL sur le juif d’affirmation). Je crois que si on lui posait la question pour Solal, il répondrait de la même manière.



  • vote
    Erca 19 mars 2011 19:15

    Tout d’abord, rassure-toi : je ne suis pas non plus un spécialiste de philosophie politique, même si la discipline m’intéresse. En revanche, je suis un lecteur assidu du Contrat social, qui m’a passionné il y a quelques années de ça dès la première lecture, et qui est un peu devenu mon livre de chevet. Je projette de lire prochainement les autres oeuvres politiques de Rousseau, mais je trouve que cela prend déjà beaucoup de temps pour comprendre toute la logique du Contrat social, qui est un livre extrêmement dense.


    Pour mettre les choses à plat, je te dirai que ma conception de l’identité (nationale, puisque c’est le sujet) est la suivante. Pour moi, il s’agit simplement d’un dénominateur commun aux éléments d’un groupe donné. C’est le fait de contribuer, de près ou de loin (et consciemment ou non), à une culture collective via l’appropriation (nécessairement partielle à l’échelle individuelle, mais effective) d’un patrimoine et de valeurs légués par un processus historique ; et a fortiori, via l’enrichissement de ce patrimoine et de ces valeurs ; ainsi que la participation politique à un projet commun. L’identité nationale est donc un projet nécessairement mouvant, qui se réactualise en permanence, sous l’action de ceux qui le véhiculent. Là-dessus, nous sommes d’accord.


    Ce qui nous différencie, c’est que tu penses que des peuples nationaux peuvent finir, via le débat et la raison, par partage la même identité. Je crois cette entreprise tellement difficile qu’elle est proche de l’impossible. Quand bien même un peuple réactualise en permanence son identité, il suit un processus historique relativement indépendant et clos. Deux peuples changent mais en suivant une logique propre, en empruntant des routes respectives. Pourquoi, en effet, ne pas proposer notre concept de laïcité aux peuples voisins et en discuter ? Mais je doute que le travail de la raison soit suffisant, tant ce concept est lié à un processus historique singulier.


    L’idée qu’une Constitution se fixe nécessairement sur l’identité d’un peuple préalable traverse tout le Contrat social. Me viennent à l’esprit le chapitre « Du peuple » (II, VIII) et le dernier sur la religion civile, qui démontre que Rousseau était définitivement un philosophe à part chez les Lumières puisqu’il y fait part d’un grand différencialisme historique, à l’heure où les Lumières exaltaient un certain universalisme. Par ailleurs, Rousseau était déjà suffisamment critique envers l’avènement des Etats-nations, qui rendent très difficiles techniquement l’exercice de la souveraineté populaire, pour supporter un quelconque rassemblement des peuples européens.


    Les liens potentiels entre les peuples européens que tu cites tiennent soit du genre humain, soit du lien économique. C’est définitivement trop peu pour moi. Le génie d’un peuple dépasse de très loin ce genre de liens-là. Et un génie national est trop dense, complexe et subtil pour se véhiculer par la raison. Il n’y a que la guerre et la force pour l’imposer ailleurs, au-delà d’un certain socle universel auquel tous les peuples ont effectivement accès par le biais de l’épanouissement individuel, du progrès de la raison et des conditions matérielles.


    Pour ce qui est de Chevènement, son idée de l’Europe des nations était, je crois, déjà celle développée par de Gaulle, c’est-à-dire (grossièrement) celle d’une Europe de nations libres et indépendantes, telle qu’elle s’est développée historiquement. Mais Chevènement a beaucoup assoupli sa vision aujourd’hui, puisqu’il refuse l’idée de quitter l’Union européenne ou même la zone euro.



  • 10 votes
    Erca 19 mars 2011 16:42

    Sur la dernière intervention de Durpaire, Zemmour n’a jamais dit qu’on n’était moins français parce qu’on portait un prénom d’origine étrangère, mais simplement que donner un prénom du calendrier français à ses enfants témoignait d’une volonté d’intégration dans la communauté nationale. On peut en penser ce qu’on veut mais travestir les choses de la sorte est très malhonnête.



  • 6 votes
    Erca 14 mars 2011 18:49

    En tout cas rien de tel que BHL pour rassembler les Agoravoxiens !

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