@yoananda2 J’ai écrit précisément : "Il leur manquait la modélisation temporelle" [aux grecs] Une modélisation, fut-elle temporelle, n’est pas le temps lui-même !
Je ne dis pas que les grecs n’ont pas pensés quelques généralités sur le temps (Par exemple, st Augustin reprends les considérations d’Aristote sur le passé et le Futur), ni qu’ils n’aient pas pu le considérer sous certaines conditions (le temps cyclique se résout bien sur un cercle par la trigonométrie, ce qui permet de gérer correctement les engrenages... et les horloges). Les grecs maîtrisaient bien les rapports numériques rationnels.
En revanche, l’idée de tracer l’évolution d’une grandeur physique dans le temps, puis, surtout, d’appliquer à la forme ainsi obtenue les méthodes de la géométrie¹, ça, c’est quelque chose qui leur fut totalement étranger.
Or c’est bien cette invention-là qui fut fondement de la révolution scientifique du XVIIe siècle. En effet, la vitesse est la variation du mouvement dans le temps, l’accélération est la variation de la vitesse dans le temps, la puissance est la variation de l’énergie dans le temps, le courant est la variation de la charge dans le temps,..etc
Alors comment-vous faites si vous ne pouvez pas tracer des variations dans le temps ?
Gollum,
Tu oublies l’aspect temporel des choses. Les grecs étaient maîtres en logique, mais il leur manquait la modélisation temporelle.
La logique classique ignore le temps. Sa causalité se fait par la Nature.
La première représentation graphique des valeurs d’une grandeur physique dans le temps date du XIVe siècle, et fut le fait de Nicolas Oresme, évêque de Lisieux. Il a, à cette occasion, démontré que les méthodes de la géométrie pouvaient être appliquées aux formes tracées dans le temps.
Dès lors, la causalité a pu se déployer dans le temps, rigoureusement, dans l’ordre chronologique, par la succession entre cause et conséquence.
Il fallait le christianisme pour que cette transformation soit possible : En effet, les écritures constituent un récit rigoureusement chronologique (contrairement au Coran, où les versets sont triés par longueur décroissante).
On avait déjà parlé de ceci à l’époque, mais je vois que tu n’as toujours pas étudié ce sujet.
Sauf qu’à la mythologie chrétienne s’est agrégée une grande partie des savoirs de l’antiquité (Aristote, Platon, Cicéron, etc), réalisant ainsi la synthèses des antiquités juives, Grecques et Romaines (le principe d’unité et d’historicité du monothéisme juif, l’art des raisonnements philosophiques et des mathématiques grecs, l’art du droit et l’art de construire romains,..etc).
Qu’est-ce qu’on tire de Rousseau, cet individu isolé, qui certes manie joliment la plume ? Il n’a produit qu’une théorie politique fondée sur des concepts flous ("état de nature", "volonté générale", "intérêt général"). Or, il est impossible de donner un contenu précis à ces concepts : à peine veut-on les saisir, que déjà ils nous glissent entre les mains, comme de l’eau glisserait de notre pogne.
On peut aussi critiquer le monothéisme sur le fait qu’il repose sur un concept flou et impossible à déterminer précisément (Dieu), ce qui ne semble donc pas rationnel. Mais le début des choses étant par définition inconnu et inconnaissable, poser Dieu en amont de tout n’est pas gênant, si on opte pour une posture réaliste au sujet de ce qui y succède. Tout au plus, par exception, peut-on accepter quelques miracles de temps en temps.
Rousseau, lui, veut se passer de Dieu, mais paradoxalement, refusant de se fonder sur un concept flou au point de départ, ce qui lui donnerait d’emblée la souplesse pour adapter son discours aux réalités observables, se voit alors contraint de parsemer toute sa réflexion d’une foultitude de concepts imprécis.
Par exemple : Le concept de volonté ne peut se définir que pour un individu en particulier (même si son contenu est généralement énigmatique). Il en est de même pour le concept de l’intérêt. Étendre ces notions au plan social, comme le fait Rousseau, n’a pas de sens.
Cela lui permet certes de raisonner par analogie entre la société et l’individu, et semble donner rapidement des résultats, mais cette comparaison est irrationnelle, et les résultats qu’on en déduit sont donc faux.
Les logiques de l’individu et de la société sont distinctes.
Dans le christianisme, Dieu a créé l’homme en société. L’homme est une entité personnelle dotée d’une âme et d’un esprit. Une société est une collectivité de personnes. Les notions d’âme et d’esprit n’ont pas de sens pour une société. Une société n’a ni intelligence ni volonté, elle a un gouvernement, qui s’attache à faire régner sa propre définition du Bien. Un gouvernement pervers fera des lois perverses. Un gouvernement vertueux fera des lois vertueuses.
Pour Rousseau, l’usage de la raison comme l’agir moral découle de l’entrée de l’homme dans la société, guidé par l’intérêt qu’il y voit.
En gros, la société chez Rousseau remplit le rôle de la grâce divine dans la pensée chrétienne.
Mais ça ne marche pas il existe des sociétés criminelles (mafias), où l’entrée n’implique pas l’agir moral, et des sociétés déviantes (sectes), où l’entrée ne suscite pas l’usage de la raison.
Tout dépend du Berger de la dite société.
Rousseau, on nous a bourré le crâne avec ce type à l’école, mais bon, c’est pas terrible quand-même.