"Quant à la noirceur.. Où ça ?Pas vu.. Au contraire innombrables les pages de N. qui parlent de joie, d’adhésion au destin, de communion avec la nature..."
Il est vrai qu’on trouve dans "Humain, trop humain" beaucoup de ces banalités que vous évoquez, certes emballées dans une beau style un peu grandiloquent. Mais quelques perles sombres aussi, comme celle-ci :
"La méchanceté n’a pas pour but en soi la souffrance d’autrui, mais sa propre jouissance, sous forme par exemple d’un sentiment de vengeance ou d’une forte excitation nerveuse. Rien que la taquinerie montre quel plaisir il y a à exercer sa puissance sur autrui et à en arriver au sentiment agréable de la supériorité. Maintenant, l’
immoralité consiste-t-elle à prendre du plaisir au déplaisir d’autrui ? La joie de nuire est-elle diabolique, comme le dit Schopenhauer ? Le fait est que nous prenons plaisir dans la nature à rompre des branches, à briser des pierres, à combattre les animaux sauvages, et cela, pour en tirer la conscience de notre force. Le fait de savoir qu’un autre souffre par nous rendrait donc immorale ici la même chose à l’égard de laquelle nous nous sentons autrement irresponsables ? Mais si on ne le savait pas, on n’y trouverait pas non plus le plaisir de sa supériorité ; celle-ci ne peut se manifester que dans la souffrance d’autrui, par exemple dans la taquinerie. Tout plaisir en lui-même n’est ni bon ni mauvais ; d’où viendrait alors cette distinction que, pour prendre plaisir à soi-même, on n’a pas le droit d’exciter le déplaisir d’autrui ?Uniquement du point de vue de l’utilité, C’est-à-dire de la considération des conséquences, d’un déplaisir éventuel, au cas où l’homme lésé, ou l’État qui le représente, ferait attendre un châtiment et une vengeance : cela seul peut à l’origine avoir fourni le motif pour s’interdire de tels actes."
@micnet "En lisant vos échanges avec Gollum, j’avoue que je reste perplexe car je ne comprends pas trop ce que vous cherchez à mettre en avant. En partant de l’hypothèse que N soit fou depuis le départ, que faut-il en conclure pour vous ? Est-ce que ça invalide tous ses écrits ?"
D’abord, j’ai écrit qu’il existe une date charnière à partir de laquelle il se produit un basculement (bien avant l’épisode du cheval dans la rue après lequel il sombre dans une totale démence). Donc je n’ai jamais dit qu’il est "fou depuis le départ". Je ne vois pas non plus pourquoi vous me demandez si cela invalide tous ses écrits puisque j’ai insisté sur la qualité de ses premiers ouvrages. Pour les livres plus tardifs, je n’ai pas non plus dit qu’ils étaient nuls, mais seulement qu’il serait stupide et insensé de vouloir en faire des livres de sagesse. Je dirais la même chose d’un Antonin Artaud, par exemple : on peut apprécier l’oeuvre artistiquement et même la considérer comme un témoignage d’expériences psychiques singulière, mais ce n’est pas non plus un guide philosophique. La supercherie ou l’ignorance juvénile consiste à prendre Nietzsche pour un maître spirituel : c’est un pur fantasme. Et c’est en même très révélateur d’une époque qu se complaît dans le malsain, qui aime prendre des malades pour modèles et qui rend un culte à l’incohérence en lui donnant le beau nom de paradoxe.
@Gollum "Z’êtes désespérément binaire hein ? Santé ou maladie ? N. a déjà répondu là-dessus : maladie et Grande Santé.. le premier étant la condition de l’autre..."
Cela n’est pas un dépassement de la dualité, c’est de la bouillie intellectuelle. Maladie et Grande Santé, mon cul, oui ! Nietzsche a construit un délire sur une idéale "Grande Santé" quand il a senti qu’il était profondément malade. C’est une consolation littéraire. Il n’a, malheureusement pour lui, jamais connu de "Grande Santé", ni physiquement ni mentalement. Ceci est un fait. C’est triste mais c’est comme ça.
@Djam Oui, et ce jeu d’illusion conduisant à la répétition des échecs relationnels est vrai autant du côté masculin que du côté féminin. L’homme ou la femme de ses rêves n’existent pas dans la réalité. Il faut donc un jour commencer à s’intéresser vraiment à la réalité, donc commencer à s’intéresser aux autres en tant qu’ils sont eux-mêmes, et pas seulement pour leur faire interpréter les rôles prévus par nos rêves (et se fâcher contre eux quand ils jouent mal ce rôle qu’ils n’ont pas choisi).