[Je devine que par "riche", vous désignez l’hyperclasse mondiale et non votre pharmacien qui vit confortablement. ] Bien sûr ! Le pharmacien ne vit pas "confortablement" : il vit comme nous devrions tous vivre. Quand je dis "riche", je ne pense pas à la classe moyenne. je connais beaucoup de personnes qui vivent dans cette "aisance" et qui ont néanmoins une haute idée du bien commun. Par exemple, je connais personnellement un célèbre procureur du roi (maintenant à la retraite), qui est un type bien et qui a des idées anarchistes (au vrai sens du terme) et un vrai sens du bien commun.
Le problème, Gaspard, c’est que sans égalité économique, il n’y a pas d’égalité. C’est aussi simple - et aussi tragique que cela. Sans égalité économique, pas d’égalité politique, pas d’isègoria, pas d’égalité de naissance, pas d’égalité de chances. Si le système athénien a finit par disparaître, c’est en grande partie parce qu’ils n’avaient pas intégré ce problème. Les inégalités sociales ne sont pas NATURELLES, donc ne sont pas une fatalité. je réfute l’idée (je ne sais plus qui l’a écrit) que "il y a toujours eut et il y aura toujours des riches et des pauvres" : c’est faux. Et en plus, ce n’est pas en ces termes qu’il faut le définir. On devrait dire : durant toute la période dite "civilisée", nous observons une stratification sociale qui se caractérise par la domination d’une minorité qui accapare les richesses et le pouvoir et exploite, pour elle-même, la majorité. Si les sociétés dites "primitives" cassaient la tête de ceux qui voulaient devenir un chef, ce n’est pas par hasard : ils savaient, intuitivement (voir factuellement) que ces gens sont fous (ceux qui veulent le pouvoir), et représentent une menace pour le bien commun. Si nous avons du mal à le reconnaître de façon aussi limpide que ces anciens, c’est parce que depuis des milliers d’années - et surtout depuis deux siècles - nous sommes gouverné par des fous, qui nous conditionnent à penser comme eux et à considérer leur folie comme normale, naturelle, censée. Quand on est né dans un asile de fous dirigé par des psychopathes, pas étonnant que nous ayons du mal à envisager de sortir de l’asile. C’est comment dehors ? ... Morpheus
Difficile de vous répondre à tous sur chaque point. Je vais essayer, parce que bien entendu, les points soulevés sont intéressants, nous devons aborder chacun d’eux. Je vois bien qu’il y a des gens qui sont rendu psychopathes par la logique du profit. Ils sont une minorité, mais une minorité agissante, car possédante (les "riches" : les très riches) Je vois bien qu’il y a, parmi le grand nombre, une kyrielle de personnes qui sont rendu névropathes par les principes de l’économie de marché et l’ingénierie de la propagande de masse (la classe moyenne aisée, qui sans doute ambitionne de devenir très riche). Je vois aussi, parmi le grand nombre, une kyrielle de personnes seines d’esprit, qui aspirent à une bonne répartition des richesses et à une société radicalement différente de celle où nous vivons (classe moyenne et pauvres mélangés). Bien que leurs moyens soient bien moindre que ceux des riches (les psychopathes), ils agissent aussi, à leur échelle, et innovent : les donneries, les incroyables commestibles, les réseaux de partages du net (hackers), l’open source, les SEL, etc. Je côtoie des gens dans ces deux dernières catégories, et je vois et entends des représentants de la première catégorie chaque fois que j’ouvre un poste de télévision ou un journal mainstream. Je sais donc que je dois "faire avec tous ceux-là", machiavel, et je perçois toute la difficulté que cela représente. Je sais pertinemment que changer la culture, c’est-à-dire les croyances, est ce qu’il y a de plus difficile. Mais difficile ne signifie pas impossible. Si c’était le cas, jamais aucun progrès ni changement culturel n’aurait eut lieu. Comment s’opèrent les changements culturels majeurs ? En général, dans la majeure partie des cas, par une CRISE majeure, un effondrement. Je ne vois pas notre société changer sa culture sans un effondrement du système. Un effondrement qui engendrera des situations tragiques parce que les conséquences seront littéralement catastrophiques. Mais cet effondrement est inévitable et il se rapproche maintenant à grands pas. L’estimation la plus lointaine de cet effondrement est 2030. Lorsque l’effondrement aura eut lieu, toutes les cartes seront remaniées. Toutes. La démographie, l’économie, la pollution, l’industrie, ... Ce sera le chaos. Ni moi ni personne ne peut prédire ce qui se passera après ce chaos. La seule chose que l’on puisse faire, c’est commencer dès maintenant à changer la culture, c’est-à-dire les croyances. On peut repenser le système avec une vision globale, parce que contrairement aux effondrements du passé, nous vivons dans un monde globalisé et nous avons des connaissances que nos ancêtres n’avaient pas. Par exemple, nos ancêtres ne pouvaient pas envisager une économie reposant sur une gestion globale des ressources, mais uniquement sur une gestion localisée des ressources. Cet élément est absolument déterminant. Le tout est de savoir qui gérerait les ressources mondiales, comment et pour qui. Une petite clique pour elle-même au détriment du grand nombre, comme actuellement mais avec plus d’efficacité ? Ou le grand nombre pour le grand nombre, comme encore jamais jusqu’ici et avec les outils pour le faire ? La clef de ce défit, c’est l’EBR. Mais je crois que l’EBR sans relais démocratiques présentent des dangers. Politiquement, je suis pour une démocratie la plus intégrale que possible. Économiquement, je suis pour une EBR la plus intégrale que possible. Les deux approches sont complémentaires, et à mon avis, nécessaires, car sans démocratie, l’EBR pourrait devenir le meilleur des mondes de Huxley, mais sans l’EBR, le système démocratiques finirait immanquablement en ANGSOC de Orwell. Morpheus
Tout ce que tu décris à propos de la consommation ostentatoire, ce sont des comportement issus de la culture de l’économie de marché, capitaliste, libérale et fondée sur l’économie de la pénurie. Ce sont des conditionnements culturels, non des comportements naturels. Si nous changeons (radicalement) la culture, ces comportement - qui sont PATHOLOGIQUES - disparaitrons (dans la mesure ou nous installons une culture plus seine). Pourquoi devrais-je concevoir un système social que je veux (par nécessité) radicalement différent, en invoquant des conditions artificielles issues précisément de ce que je cherche à changer ? C’est le piège à con par excellence. C’est ce que j’ai essayé de vous expliquer avec cette phrase : « Comment pourrions-nous parvenir à composer à partir de la réalité tangible des chaînes de causalité artificielles et fausses (des croyances), qui se substituent à notre perception du réel et à partir desquelles nous opérons imprudemment notre adaptation ? » Si des individus montrent les symptômes d’une pathologie mentale, nous devons les aider à se soigner. Je ne vois pas quoi répondre d’autre à cela. Morpheus