Merci, Eric Guéguen, pour cette intéressante et, selon moi, importante vidéo. Carole
Widmaier est passionnante et, même si sa conférence a un caractère
"familial" et, comme vous dites, "artisanal" dans sa présentation
ça n’enlève rien à sa valeur. A consommer et reproduire sans modération. Je ne
suis pas compétent pour entrer de manière détaillée dans la controverse mais
vous remercie aussi de la conduire de manière très positive (et très patiente
face aux "philosophes de comptoir" autodéfinis ou pas comme tels).
Je
ne pense pas comme vous "grotesque" de dire que "l’islam(isme) est
un totalitarisme". C’est bien le cas selon moi. Un "fascisme",
c’est évidemment plus discutable, mais le totalitarisme fut, lui, de tous les
temps, et l’islam en est un, dès sa création, par la volonté de son prophète et
des rédacteurs du Coran. Ce n’est pas, selon moi, dans le "remplacement
d’un manque" que les religions ont une part dans le totalitarisme des idéologies
civiles mais dans l’entêtement des "civils", même quand ils sont
athées, à faire de la religion un domaine à part où la tricherie est permise
puisque "de toutes façons c’est le tout du religieux qu’il faudrait
jeter".
Non,
il ne faut pas rejeter le tout des religions, mais il faut voir ce que la
conception de Dieu a de criminogène ET DE TRES PRODUCTIF dans la violence
effective du monde ACTUEL. Je suis très étonné de voir le déni d’un Jean-Claude
Guillebaud face à cette réalité, ou, avant lui, celui de Marcel Gauchet, qui renvoie
cette production à un "passé dépassé" (comme le fait Benoît XVI, en
moins intelligent et moins honnête évidemment). J’espère que Carole Widmaier saura entrer et avancer dans la direction contraire.
Je
regrette moi aussi que Marx soit absent du propos. Je crois que si la
"crise" n’en est pas vraiment une c’est par le manque habituel d’un
adjectif essentiel dans ses évocations : c’est ("ce n’est") qu’une
crise INTERNE à l’économisme et à son très majoritaire fonctionnement
capitaliste. Mais la mise en lumière essentielle de Marx reste le gros problème
à résoudre : la plus-value produite par le travail de tous enrichit quelques-uns,
n’est pas justement répartie et ne va pas à la résolution des plus graves problèmes
(directement humains comme le chômage, la faim, la guerre, ou encore
écologiques… et "éthiques", le côté "civilisationnel" de la
crise est lui, bien réel comme vous le dites). En quoi Marx avait vu juste ET
en quoi il s’est trompé reste selon moi l’une des principales questions actuelles
que fuient les philosophes. Et les dégâts TRES CONCRETS sont graves, comme ceux
de la fuite face au maintien de la théologie criminogène dans les monothéismes.
Je n’ai pas eu la même lecture que vous du
"Choc des civilisations" d’Huntington. S’il est vrai qu’il "ne prône
pas l’hégémonisme américain", il me paraît éxagéré d’ajouter "au
contraire". Je trouve qu’Huntington éclaire assez bien les forces en
présence dans le monde mais les "valeurs" des pays, peuples,
traditions… qui les constituent ne semblent avoir d’intérêt pour lui qu’en tant
que "pouvoirs", que "forces", justement, et seulement dans
le présent. Il est enfermé dans un "stratégisme" qui laisse entendre
que c’est bien aux Etats-Unis de définir à quoi il faut ou non résister, et quelles
sont, en fin de compte, les raisons de faire la guerre. Il lui manque les
qualités intemporelles de Léo Strauss et Hannah Arendt mais il a bien le
terrible défaut, belliciste et très américain, de ceux qui se croient les
veilleurs de la civilisation.
Le tout petit progrès apparent dans ce discours en est-il un ? Haoues Seniguer propose
à juste titre d’employer le terme "musulmanophobie" pour parler de la
discrimination des musulmans, mais c’est après avoir conforté la confusion /
négation cultivée sur "l’islamophobie".
Pas
plus pour lui que pour les tricheurs imposant depuis des années ce terme pour
assimiler la crainte de l’islam à du racisme et/ou à de la xénophobie il y
aurait une quelconque raison de craindre l’islam : "l’islam n’a de
sens", pour lui, "qu’à travers les actions concrètes des musulmans in
situ".
Mais
la suite, même si le fond du discours est longuement et très minutieusement
enveloppé de manière séduisante "à la Ramadan", confirme que le
chercheur considère l’islam PAR NATURE, et non pas ici ou là "in
situ", comme tout à fait INCOMPATIBLE avec la culture et les traditions
françaises.
Ce faisant, il est plus honnête et plus franc que
Tarek Obrou. Et, sans le vouloir évidemment, il montre clairement le dilemme
des islamistes en milieu à conquérir quand celui-ci est attaché, comme la France,
à la démocratie, aux droits humains, à l’égalité des femmes et des hommes, à la
liberté religieuse : est-il plus efficace d’utiliser la dissimulation ou de
compter, en présentant la religion telle qu’elle est, sur l’aveuglement ou/et la
lâcheté des gouvernants du pays ?
Je regrette beaucoup que l’image d’accroche choisie
pour cette vidéo, globablement très juste, soit un portrait d’Anne-Marie
Delcambre pris dans l’émission récente de Frédéric Taddéi "La France
est-elle islamophobe ?"
Dans cette vidéo, en effet, Taddéi fut
particulièrement incompétent, et Anne-Marie Delcambre ne s’est pas rendu compte
qu’elle aggravait cette incompétence. L’un et l’autre ont en effet empêché
Yassine Belattar d’exposer, même très brièvement, son point de vue. Je ne
prétends pas que ce fut volontaire mais ce fut ainsi. Il serait bien que Taddéi
veille à l’avenir à ne pas saboter lui-même sa précieuse émission.
Je dis cela d’autant plus librement qu’Anne-Marie
Delcambre est la personne qui me semble être, de loin, la plus courageuse, la
plus claire et la plus documentée de toutes celles qu’il m’a été donné de voir
ou d’entendre parler de l’islam.
Merci par ailleurs à Enquête et Débat de me faire
connaître enfin, à cette occasion, le visage de Marie-Thérèse Urvoy, une autre
femme qui a enrichi ma connaissance de l’islam, par de nombreux envois de documents
et de manière totalement désintéressée. J’avais pris contact avec Marie-Thérèse
Urvoy par l’intermédiaire du Nouvel Observateur après que ce journal ait publié
un numéro spécial sur "Les réformateurs de l’islam". Des nombreux
textes de ce numéro celui de Madame Urvoy m’avait paru être le seul qui ne
fasse pas de concession à la mode du "rassurer à tout prix, en France,
quand on parle de l’islam".