Oui, Goethe a ouvert la grande porte de la pensée organique, qui a permis la résurgence de la pensée vitaliste et, plus tard, de celle holistique. Ça fait petits ruisseaux dans certaines disciplines scientifiques. Ernst Stahl lui a précédé, revenant même à l’âme originel au sens animiste : "être animé par", au lieu de celle simplement divine, avec correspondance entre états du corps et de l’âme.
Henri Bergson a promu la pensée intuitive (sensible, perceptive), incarnée, qui permet de saisir les réalités profondes en dynamique, plus loin selon lui que celle rationnelle, statique, analytique, abstraite, qui découpe la réalité en parties. A souligner qu’il renverse la hiérarchie laissée par Platon : le monde intelligible, et rationnel, surplombant celui sensible, qui est trompeur. Maintenant on mesure avec l’EEG et autres appareils ce qui a été regroupé sous la dénomination "Etats Modifiés de Conscience" : hypnose, transe, décorporation, états mystiques. Et ça avance, y compris pour réenvisager la notion de conscience (Giulio Tononi, par exemple, ou un peu différemment Deepak Chopra connu du grand public anglo-saxon et écouté par les grands de ce monde). En attendant la diffusion et la normalisation de la conscience comme intersection entre le corps et l’esprit...
Ce n’était pas le pote à Karl Marx ? Bon, mon ignorance ne va quand même pas jusque là. Mais je peux me raccrocher aux branches en disant que puisque je comprends ce qu’Hegel n’a pas compris, j’ai une pensée plus profonde que la sienne.
Il y a eu résurgence du vitalisme autour des années 1750, du médecin Bichat au biologiste Lamarck. Mais il s’est noyé ensuite noyé dans le grand courant naturaliste auquel il a contribué, fort des succès qui plaidaient pour ce dernier. Lamarck a fournit les matériaux conceptuels à Darwin et son "L’origine des espèces".
Si on parle de "guider" la matière, je me méfie de la pente qui fait retomber dans le dualisme monothéisme : seul l’esprit compte, le "bas monde" de la matière, la nature, est juste un état transitoire. Alors que quand on considère la matière, en tout cas vivante, on considère sa richesse, sa potentialité car elle est animée par cette "force vitale" qui est partout, que les anciens connaissaient, même si celle-ci ne pouvait être comprise.
Et même avec la matière "inerte", on le voit en architecture. Quand on se promène, parmi les vestiges des cités antiques, on est saisi par la splendeur, par la marque de la spiritualité dans la matière. Quand on se promène dans tout ce qui est construit après la 2ème guerre mondiale, c’est inerte, éteint.
Au siècle dernier on encensait le Corbusier, qui a eu tous les honneurs académiques et médiatiques, le facteur Cheval était un drôle de zig. La chapelle de Notre Dame de Ronchamp n’est gère visiter, alors que le Palais idéal est hyper fréquenté, même avec les gosses, c’est roboratif.