Naon je remets les choses en perspective et je les recontextualise, nuance, parce qu’entendre des citadins bien propres sur eux, parler de virilité à longueur de vidéo alors qu’ils ne savent même pas manier une fourche, jamais vu une arme à feu de leur vie autrement qu’en jeu vidéo ou dans les films, jamais fait l’armée etc...
C’est pour ça qu’on parle de virilisme ou de masculinisme pour décrire ces mouvements qui nous arrivent, comme tout le reste, des Etats-Unis. A la base, c’est une réaction au féminisme américain qui en reprend la plupart des codes, d’où cette revendication virile exacerbée, ce culte du MMA et ce communautarisme du muscle saillant et de la barbe hirsute.
Je crois que c’est Rochedy qui racontait comment Le Pen soupirait en voyant débarquer tous ces mectons bodybuildés et barbus. Pour lui, la virilité était forcément patricienne : stoïcisme absolu, visage glabre, dignitas...
Rochedy a d’ailleurs bien senti le coup en proposant une version française de ce masculinisme anglo-saxion, davantage axée sur la philo et le nietzschéisme.
Il suffit de cumuler les témoignages concordants des ex-collabos (sans jeu de mots) de Soral pour dresser son portrait (ou antiportrait) même s’il faut aussi tenir compte de l’aigreur et du ressentiment de ces personnes (cf. Ahmed Moualek). Mais le témoignage posé des gens comme Marc Georges ou Mukhana étaient assez précis pour ne pas laisser de place à l’interprétation subjective. Instabilité, autoritarisme, mépris... toujours la même chanson. Forcément, ça doit faire mal où je pense quand on comprend qu’on s’est mis au service d’une personnalité pathologique pendant des années en croyant participer à une grande oeuvre collective...
La dynamique profonde de l’autoritarisme, ce n’est pas un chef qui domine mais des hordes de moutons qui obéissent. On n’a pas affaire à de pauvres victimes mais à des individus à la fois fragiles et candides qui ressentent un besoin de se sentir intégrés à un groupe et de se fondre dans un collectif qui les dépasse. Il y a quelque chose chez ces personnalités qui les aimantent au type même d’individu dominateur et autoritaire qui va les avilir et les contrôler. Ce qui explique pourquoi les pervers manipulateurs, les chefaillons et autres gourous semblent se multiplier dans nos sociétés et parvenir de plus en plus à se hisser au sommet de l’édifice social.
Zuckerberg, le geek autoritaire qui fait la moue comme un ado contrarié quand des députés lui demandent des comptes sur le détournement de données ; Elon Musk, le nerd mythomane qui traite de pédophiles les sauveteurs des petits thaï coincés dans une grotte sous prétexte qu’ils lui ont dit de s’enfoncer son submersible en forme de suppositoire dans le cul, en sont de beaux prototypes.
Pour rebondir sur ce que dit MaQiavel, j’avais déjà défendu ici les gourous non pas au nom de la liberté religieuse (autre sujet) mais de l’oeuvre sociale qu’ils accomplissaient en prenant en charge des individus paumés qui n’avaient de toute façon parfois aucune autre alternative (à part l’enfermement psychiatrique et la camisole chimique, sort pas tellement plus enviable et à la charge de la collectivité). Un grand nombre de familles fonctionnent d’ailleurs comme des sectes, il suffit de regarder les faits divers.
Soral d’ailleurs confessait lui-même il y a quelques années son admiration pour les gourous qui "dépouillent le bourgeois et baisent sa fille". Il n’a absolument aucune des qualités qui font un leader naturel (autorité, équanimité, exemplarité).
Evidemment, il faut aussi limiter le pouvoir de nuisance de ces leaders pathologiques en les cantonnant aux marges de la société et en les empêchant d’accéder au pouvoir réel par la séduction et la manipulation des masses.
La vérité est qu’il se trompe à 10%, mais qu’il a raison à 90%
Mais ce n’est pas tout d’avoir raison, il faut être aussi un visionnaire et avoir un coup d’avance, et Soral est le seul capable de faire cela en France, il est bien plus pointu que tous les autres car il est capable de faire d’excellente synthèses.
Moi je dis que c’est la proportion inverse chez Soral, il a raison à 10% et raconte 90% de conneries c’est pour ça que ça passe...
S’il s’agit simplement de différences de perception, alors il n’est peut-être pas utile d’en faire la remarque puisque tout cela serait par définition "subjectif".
Quand on veut faire l’idiot, on se passe de script, de caméra HD et de logiciel de montage (temps de tournage + montage + postprod façon clip estimé = 3 jours à une semaine), ça c’est objectif, tout comme le bandeau de fin invitant à adhérer à ER et soutenir financièrement Soral (perd pas le nord, hein).
Cela implique une certaine forme de sincérité ou d’innocence à laquelle évidemment Soral ne peut pas prétendre. Là on est dans le cirque dissident habituel, c’est à dire un mélange de marketing, de mauvaise foi et d’auto-parodie (in)volontaire.
Il y a quelques années, Soral adaptait sa com’ pour les jeunes musulmans et les cathos intégristes, publics qui lui ont plus ou moins tourné le dos en raison de ses frasques et de ses entorses à répétition à la "pudeur héléno-chrétienne", sans compter ses déclarations sur les noirs et les arabes (toujours décevants et enclins à trahir pour le compte des juifs dans l’univers de Soral).
Aujourd’hui, il tente un ultime recyclage visant les potaches du 18-25, adaptant le message et le contenant à ce public (références, clips, youtube, etc.). Logiquement, le ton a changé : aujourd’hui, on ne feint plus de se prendre au sérieux comme au temps de la liste antisioniste ou des "exploits" de Laurent Louis, on assume le degré parodique et fun de la lutte contre l’empire atlanto-sioniste et ses sbires médiatico-politiques. Tout cela finit par ressembler de plus en plus à une mauvaise série Z turque, mais c’est pas grave :
En fait Soral a toujours visé la tranche 18-25 (plutôt 35 aujourd’hui), c’est à dire cette partie du public qui n’a pas encore atteint le stade de l’indépendance matérielle et économique. Cela correspond sans doute à son propre état d’esprit (Soral est un éternel adolescent) mais cette volonté de ne pas s’adresser à des adultes doués d’indépendance financière en dit long sur la sincérité de son combat et de ses idées politiques.