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@maQiavel
On pourrait te répondre que les rivalités fratricides entre Anglais, Français et Espagnols n’ont pas empêché la colonisation globale des Amériques par les Européens ni la conversion des autochtones au catholicisme. Pendant tout ce temps, l’Eglise universelle Romaine ne cessait d’appeler à la paix entre les belligérants et au bon traitement des indigènes. Il n’empêche que les colons tout en étant rivaux justifiaient leurs entreprises au nom de la religion, les uns (protestants) considérant que l’Amérique était une nouvelle Terre Promise offerte au Peuple élu de la Nouvelle Alliance, les autres (catholiques) que l’Eglise devait accueillir en son sein les Indigènes qui possédaient une âme semblable à la leur, c’est à dire les convertir.
Je dirais même au contraire : l’émulation entre des acteurs concurrents au sein d’une même dynamique contribue à renforcer cette dynamique bien mieux que ne le ferait une puissance unique, homogène et centralisée entièrement consacré à cet objectif.
On pourrait citer de multiples exemples historiques, comme les rivalités entre peuples germaniques durant l’antiquité tardive : ces peuples se combattaient et se fuyaient les uns les autres, certains étaient tour à tour des ennemis ou des alliés de Rome, tous s’inscrivaient néanmoins dans une dynamique historique incontestable de poussée vers l’ouest qui a entraîné ou accéléré la dissolution de l’Empire Romain.
Et après tout, la Chine, à l’époque où les Européens se projetaient sur les océans, a renoncé à l’aventure coloniale, sans doute en partie parce que les pressions internes - militaires, démographiques et religieuses - qui s’exerçaient en Europe, poussant les puissances continentales à se livrer une concurrence féroce sur les mers et dans les colonies, n’existaient pas en Chine où l’autorité impériale régulait la quasi-totalité des activités après être parvenu à supprimer toute opposition interne, défaire tous ses ennemis potentiels et sécuriser son territoire derrière la Grande Muraille.
Evidemment, l’analogie est un peu formelle mais montre bien quand même que les critères d’hétérogénéité (culturels, politiques, nationaux...) ne sont pas forcément exclusifs ni contradictoires avec une certaine forme d’homogénéité civilisationnelle/religieuse - et peuvent même au contraire traduire son dynamisme interne. Il serait un peu trop facile de s’appuyer sur un relevé pointilliste et didactique des innombrables nuances qui divisent ou opposent les musulmans pour nier l’existence, l’emprise ou le dynamisme actuel de l’islamisme, notamment au sein de la société française.
Pour revenir à la France, on sait tous que l’Arabie Saoudite, le Qatar, la Turquie, l’Algérie et le Maroc se livrent une guerre d’influence interne via un certain nombre d’officines politiques, culturelles ou religieuses qui constituent leur relai politique en France, qui se déroule à trois niveaux :
- institutionnel/politique : la prise de contrôle des instances communautaires et autres bidules institutionnels mis en place par l’Etat (l’exemple typique étant l’UOIF qui a d’ailleurs été classée comme "organisation terroriste" - ne pas rigoler - par les EAU car contrôlé par les Frères Musulmans liés au Qatar et à la Turquie)
- religieux/cultuel : imposer une vision conservatrice de l’Islam passant par la défense du port de voile, la promotion/diffusion du halal, l’implantation de mosquée, le soutien scolaire, les associations sportives, etc.
- culturel/communautaire : exercer une domination sur les esprits au sein de la/les "communauté(s)" comme le fait par exemple Erdogan en sollicitant la fibre nationaliste des Turcs de la diaspora
Peut-on en conclure pour autant que cette concurrence manifeste nous empêche du même coup de penser une dynamique d’islamisation de la société française qui lui serait concomitante voire sous-jacente ?
Je ne le crois pas et je dis sans forcément souscrire à la plupart des analyses des "anti-islams" (que je ne connais pas dans le cas d’Alain Wagner). A titre personnel je parle d’ailleurs le moins possible d’Islam, car je pense qu’il s’agit en partie d’une diversion pour ne pas parler d’immigration (sujet dont on ne parle jamais en France, d’un point de vue technique, soit on est dans le racisme décomplexé ou l’humanitarisme abstrait des bobos) et pour l’Etat de se défausser de ses responsabilités abyssales derrière des rapports inutiles de 800 pages qui ne font que reprendre des analyses et des conclusions déjà connues depuis 20 ou 30 ans.
@DJL 93VIDEO
@microf
La Chine n’a pas été colonisée par les Européens, mais plutôt assujettie, subordonnée.
La colonisation est un processus irréversible qui transforme en profondeur une société, en particulier sur le plan culturel. Le Canada, l’Algérie ou l’Inde (ou en remontant encore plus loin, la Gaule) ne sont jamais redevenus ce qu’ils étaient avant la colonisation, ce qui n’est pas le cas de la Chine, qui a conservé sa langue, ses traditions, ses moeurs, et même son système politique, sauf à considérer que le maoïsme a constitué une forme particulière de "colonisation idéologique".
Les Chinois s’estiment les égaux, sinon les supérieurs, des Occidentaux, c’est pourquoi ils démontrent aussi cette morgue à l’égard des anciennes colonies africaines. Du reste, comme tous les peuples asiatiques, les Chinois raisonnent en termes de rapport de force et la mentalité victimaire leur est étrangère : est bon et bien ce qui domine, est mauvais et répréhensible ce qui est dominé.
C’est pourquoi il est un peu absurde d’attendre de leur part une "sensibilité" particulière à l’égard des pays africains et anciennement colonisés, en supposant qu’il existerait une communauté de destin ou au minimum une confraternité des pays du sud contre "les pays occidentaux". Cette dialectique marxisante est totalement révolue, la Chine est à la pointe du capitalisme mondialisé, il serait quand même temps de vous réveiller. L’organisation des pays non-alignés n’est plus qu’une coquille vide et ne servait d’ailleurs à l’époque qu’à rehausser le prestige international du parti communiste chinois face au "grand frère" russe.
Encore un rapport inutile (800 pages !) qui ne servira à rien et connaîtra sans doute le même sort que tous ces petits amis entassés dans les archives des ministères.
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