L’UPR offre une caricature saisissante d’organisation politique à l’ancienne. Ils réussissent l’exploit de cumuler les pesanteurs d’une grosse administration avec l’amateurisme d’une petite association politique, mais contrairement à certains, je pense que le ver était dans le fruit dès l’origine et que cela est lié à la personnalité et à la culture politique même d’Asselineau, qui est d’ailleurs très révélatrice du dysfonctionnement des élites en France.
J’en ai ras-le-bol de lire qu’Asselineau est supérieurement intelligent, qu’il sait tout, comprend tout. Je suis désolé, mais l’intelligence, la culture et la mémoire sont des choses différentes, qui ne sont pas forcément liées. Il y a des gens qui possèdent une grande intelligence sans avoir un brin de culture générale. A l’inverse, des imbéciles bien nés peuvent acquérir un certain bagage culturel qui les fera passer pour plus intelligents qu’ils ne le sont en réalité en leur permettant d’acquérir une position sociale valorisée.
Ce n’est pas parce qu’on a passé un concours très difficile (qui repose en grande partie sur la capacité de mémorisation et d’intégration de schemes culturels propres à la haute bourgeoisie) que l’on est une personne intelligente capable de résoudre des problèmes concrets, de comprendre l’évolution de la société et de trouver les moyens adéquats pour véhiculer un message. Asselineau et ses powerpoints sur l’histoire de France, non, mais là faut oublier, et je dis ça en étant un féru d’histoire.
Je me définis comme souverainiste mais défendre la souveraineté avec les arguments des années 60 et les outils des années 70 (et encore, je suis gentil, avec Asselineau, on est dans le culte du CNR) est de mon point de vue une preuve de bêtise et une erreur politique. Au final, je pense qu’Asselineau dessert sa propre cause et qu’il aura contribué à l’accélération de la déliquescence intellectuelle et idéologique des milieux souverainistes.
Quand je vois Asselineau avec le journaliste de Quotidien (qui lui montre ouvertement son mépris amusé) je ne me dis pas que j’ai affaire à une personne très futée, mais plutôt à un benêt surdiplômé et surprotégé (carrière dans la haute administration) qui a une très faible conscience des enjeux et de son environnement.
Quand dans le même temps on voit les cadres du parti traiter leurs propres militants (qui ont fait le déplacement, certains sans doute venus de Province) et leurs poseurs d’affiche comme des poivrots complotistes à l’antisémitisme larvé qu’il faudrait soustraire au caméra pour ne pas discréditer médiatiquement "Monsieur Asselineau" (alors que comme le fait remarquer un militant, il n’y a aucun média présent...), on se dit que l’UPR n’est qu’une petite secte structurée comme le parti bolchévique (tentative d’appropriation de l’espace publique, contrôle des membres, harcèlement).
Après, je critique pas, il y a des personnes chroniquement dépendantes ou faibles d’esprit qui auront toujours besoin de se fondre dans une organisation collective, mais il serait temps quand même d’identifier ce besoin sans le confondre avec des problématiques de nature politique auxquelles l’UPR n’apporte d’ailleurs aucune solution. La politique ne peut jamais être un remède à un malaise individuel et existentiel, ou un palliatif au sentiment d’inadéquation.
A un moment il faut assumer la sociologie du "premier parti de France" et le fait que les gens qui militent ou collent des affiches avec la tronche du Grand Timmonier dessus ne sont pas tous sortis de l’ENA ou tous consultants dans la com’.
Ce qui est amusant - et assez typique de la maladresse de l’UPR - c’est que vous accusez Vincent Lapierre d’être venu vous piéger (ce qui est peut-être le cas) tout en lui offrant précisément les images qu’il était venu chercher. Quand on est nul en com’, il ne faut pas faire de com’ et s’assumer comme on est : premier commandement de la com’.
Je ressens presque de la sympathie pour le chefaillon du bureau national qui essaie de virer "gentiment" Lapierre. C’est lamentable d’utiliser des gens paumés comme ça au nom d’une aventure collective, en leur collant en plus des fonctions ingrates, mais bon il y a peut-être une logique derrière tout ça, j’avoue avoir une répulsion instinctive pour tout ce qui est militantisme et groupisme...
(vocabulaire qui, en plus, ne correspond même plus à la loi qui rend de toute façon impossible toute "déchéance de nationalité" depuis la fin du régime de Vichy)
D’accord avec ton deuxième point, mais on en revient aux "cojones" si j’ose dire. Je ne vois actuellement aucun politicien français capable de porter ce genre de loi face aux médias (français et surtout internationaux), aux institutions, à l’Europe (CEDH)...
Le problème de fond n’est même pas la sévérité de la peine (raison pour laquelle je ne suis pas vraiment favorable au bagne) mais il faut absolument parvenir à faire entrer dans l’esprit de ceux qui sont ou seraient tentés par ce djihadisme ou pseudo-djihadisme le fait que leur décision, quel que soit son degré de motivation (crapuleuse, idéaliste, religieuse, ou un mélange de tout ça), a un caractère irrémédiable. Il est des routes qu’on ne peut pas accomplir en sens inverse, des endroits d’où l’on ne revient pas. La trahison a parfois ses raisons, voire sa légitimité, mais elle est impardonnable. Aucun groupe humain ne l’a jamais toléré, il y a là un tabou anthropologique fondamental qui transcende la nature même des sociétés et que l’on retrouve dans les tribus les plus archaïques comme dans les sociétés les plus complexes.
En les laissant revenir, on encourage chez eux et chez d’autres l’idée qu’au fond trahir son pays, sa communauté nationale, n’est pas un acte irrémédiable, une décision dont les conséquences sont irréversibles.
Or, le bannissement ou l’exil signalait auparavant l’exclusion physique et à caractère définitif de la tribu, du groupe, de la communauté nationale. On le pratique d’ailleurs encore sous des formes beaucoup plus insidieuses (exclusion sociale, ostracisme communautaire, création de boucs-émissaires...).
Il est clair qu’une formulation "politiquement correcte", "axiologiquement neutre", comme celle que j’ai proposée, permettrait de dépassionner les enjeux autour de ces questions. D’où mon étonnement de constater que dans ce domaine précis on maintient un vocabulaire aux connotations archaïques, une sorte d’épouvantail juridique voué à impressionner l’opinion. Il y a fort à parier d’ailleurs que les tenants du politiquement correct officiel critiqueraient l’utilisation du mot "dénaturalisation" en place de l’expression "déchéance de nationalité". Ce qui n’est pas le moindre de leur paradoxe...