Emile, votre choix de l’athéisme relève de votre liberté de conscience, et je voix aucun intérêt de vous le reprocher. Seulement, il me semble que vous êtes positiviste, sur le plan épistémologique. Ne voyez rien de désobligeant dans la remarque qui va suivre mais votre positivisme sera naïf si vous vous satisfaisez de qualifier les croyants de ridicules. Vous vous fermez notamment beaucoup de portes en matière de compréhension de l’histoire des mentalités, en considérant la religion comme une pure et simple divagation face a la crainte de la mort. Quant aux histoires de gourous, laissez cela aux raéliens et autres scientologues mais ne mêlez pas les croyants des grandes religions a cela, s’il vous plait.
Oui. C’est bien le problème avec Lordon. Michea vient pourtant également du marxisme et a fait une analyse autrement plus circonstanciée en ce domaine.
Pour ce qui est de l’essor de la perversion dans le contexte néolibéral actuel, j’ai trouvé pertinent l’ouvrage de C.Melman "L’Homme sans gravité - jouir a tout prix". Il s’agit d’une approche lacanienne, qui n’est pas a négliger dans les sciences humaines. La jouissance prend lieu et place là où s’efface le sujet. La conclusion de l’ouvrage est lapidaire en ceci qu’elle annonce que le libéralisme destine les gens a devenir tous "prolétaires de la jouissance". Pour le résumer brièvement, il s’agit d’un processus global d’inversion qui tent à instaurer la perversion comme nouvelle normalité. On n’en voit malheureusement que trop les effets.
Pour apporter quelques précisions relatives a une autre question qui préoccupe en ce moment beaucoup de gens, j’ajouterais que ceux qui affichent actuellement le projet d’arracher l’enfant "aux déterminismes familiaux et de genre" ne sont non seulement pas libres, mais sont de surcroît de dangereux irresponsables.
De mon point de vue, c’est la conscience morale qui est la condition de possibilité d’une liberté bien comprise et d’une pleine responsabilité. Or, un sérieux problème se pose lorsque l’individu se trouve confronté a un environnement susceptible de l’altérer, ce qu’induit fréquemment la violence des rapports de domination dans le fait social et économique. Comme disait henri Laborit "Tant qu’on n’aura pas diffusé très largement à travers les hommes de
cette planète la façon dont fonctionne leur cerveau, la façon dont ils
l’utilisent et tant que l’on n’aura pas dit que jusqu’ici cela a
toujours été pour dominer l’autre, il y a peu de chance qu’il y ait quoi
que ce soit qui change". Cet homme de science qui ne s’est jamais laissé étiqueter a beaucoup apporté en son domaine pour la compréhension de l’étiologie de la violence. Voilà pour l’approche un peu "terre a terre", comme dirait MaQiavel. Pour ce qui est de l’approche spirituelle, je dirais que la figure de Saint François nous éclaire fort bien pour ce qui est en matière d’alternative aux relations dominant-dominé, mais il est clair que cela engage une question de foi, qui ne peut être que d’ordre personnel.