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4351 visites 5 oct. 2013 | 13 réactions | lloyd henreid + Partager
« Ils
sacrifient une partie de leur salaire ? Là je débarque, pouvez-vous
préciser ceci ? En quoi sacrifient-ils une partie de leur salaire ?
C’est une vraie question, pas de sous-entendus ironiques, quelque chose
doit m’échapper. »
Je vous renvoie à la définition du mot "grève",
sans sous-entendus ironiques mais simplement : les gens semblent
oublier parfois... souvent... de plus en plus... que les heures non
travaillées ne sont en principe pas payées. C’est le droit et il
s’applique semble-t-il aussi aux "nantis" de la SNCF : voir ici ou encore là pour des sources primaires (pardon pour le trait d’ironie qui ne vous vise pas). Cet article
du Monde nous le confirme aussi : les cheminots, comme tout le monde,
renoncent au paiement des heures qui ne sont pas travaillées. Faire grève
leur coûte donc une partie de leur salaire comme tout le monde ce qui
est d’ailleurs parfaitement normal.
« Je suis en partie d’accord avec ce que vous avez ajouté. Je conçois tout
à fait qu’il faille à la base des moyens de faire entendre à sa
hiérarchie que quelque chose déconne, qu’il y a dysfonctionnement et
qu’il lui faut quelque peu changer de cap avant un drame, mais pensez-vous
que la grève soit le seul moyen possible ? Pensez-vous que ce besoin
doit se payer de désagréments réguliers pour les usagers ? »
Je
pense qu’à partir du moment où les décideurs sont complètement
déconnectés du terrain, et ignorent les réclamations tant des clients
que de leurs employés, seul ce bras de fer à qui cèdera le premier
permet de faire évoluer les choses. C’est l’essence-même du droit de
grève que de faire comprendre à l’employeur que sans employés, pas de
production et que sans production, pas de pognon ! De même qu’un citoyen
lambda est plus facilement convaincu par une prune que par un panneau
lui demandant de limiter sa vitesse, un patron peut ignorer ce qu’on lui
dit mais réagit quand on commence à taper au portefeuille. C’est
malheureux mais ce bras de fer est nécessaire pour équilibrer le rapport
employeur-employés. Les syndicats jouent — certes mal en ce moment — un
rôle de contre-pouvoir efficace dans cette optique.
« Par ailleurs, pour ce qui est des dysfonctionnements, je ne suis pas
d’accord pour n’en rejeter la faute que sur la hiérarchie. En tant
qu’usager, moi, c’est toutes les semaines que je vois des manquements
individuels à la base qui, mis bout à bout, dégénèrent en désordre
généralisé. |...] Je veux tout simplement dire par là que le
dysfonctionnement global est forcément jalonné d’erreurs à tous les
niveaux. Dans le privé, ça arrive aussi, bien évidemment, mais d’une
part c’est un motif de licenciement, d’autre part, ce n’est pas fait
avec l’argent du contribuable. »
Je ne nierai pas qu’il y
a des parasites et j’en connais... ’y en a même qui squattent des
postes, que personne ne supporte et qui privent des gens sérieux qu’on
aimerait garder de ces mêmes postes. Et je peux vous dire que j’en ai vu
aussi, des "collègues" — car oui, honte à moi, j’ai bossé un peu dans
le public ! — qui se plaignaient à leur hiérarchie de se taper cinq fois
leur dose de taf’ parce qu’il faut prendre aussi celle de ceux qui ne
branlent rien. On en revient à ce que je vous expliquais : la hiérarchie
trouvant plus commode de ne rien dire (du moment que certains sont
assez cons pour bosser le double, où est le problème ?), vient un moment
où ceux qui "font le boulot" n’ont d’autre choix que de faire grève
pour forcer ladite hiérarchie à faire le sien. La majorité des
fonctionnaires que j’ai rencontrés étaient des gens dans l’ensemble
sérieux et qui passent leur temps à jouer aux chaises musicales en
faisant le saut d’un poste à l’autre constamment. Parce que d’une part
il y a des parasites, certes — dans le privé aussi d’ailleurs —, et
d’autre part parce qu’il y a de moins en moins de moyens. Dans la mesure
où c’est la hiérarchie qui décide, c’est à elle de faire le nécessaire
pour 1) faire le ménage et 2) veiller à ce que l’affaire tourne
correctement. Malheureusement, elle le fait rarement.
« --- Pour finir...
Peut-on affirmer que les cheminots soient, à
l’heure actuelle, les plus mal lotis ? Comment expliquer les armées de
jeunes, avec ou sans diplômes, désireux de rejoindre leurs rangs ?
Autre chose :
Imaginez qu’il faille bientôt délester l’État d’une charge énorme.
Choisiriez-vous les transports... ou la police ?
Les transports... ou l’armée ?
Les transports... ou l’éducation ?
Les transports... ou la santé ? »
Je
ne choisis pas entre le pire et le moins pire, pas quand ce choix est à
la fois forcé et illégitime. Pendant que des nations entières souffrent
du chômage et bradent tous les biens publics acquis au fil des siècles,
certains, très peu nombreux, cumulent des milliards dont ils n’ont
objectivement pas besoin pour vivre. J’ai rien contre le fait que
certains gagnent plus, c’est normal aussi de valoriser le travail. Mais
je pense comme Chouard que ces gens-là sont "malades" et qu’on n’a pas à
les laisser nous piller de la sorte. Mon choix se porterait sur un État
jouant son rôle de contre-pouvoir et assurant le minimum de
redistribution pour éviter qu’à force de tout vendre, nous n’ayons plus
rien et qu’un chaos à la syrienne s’installe. Et si ça fait de moi un
méchant rouge que de le dire, un idéologue ou que sais-je d’autre, tant
pis ! C’est juste ça ou l’effondrement dans le sang que chacune de "vos"
solutions ne peut que nous apporter. Je dis "vos" mais je devrais
plutôt dire "leurs" parce que le génie des oligarques en place,
justement, c’est de vous réduire à ces choix qui n’en sont pas vraiment.
En gros : tu préfères qu’on te la mette d’abord dans la bouche ou
ailleurs ? (Pardon pour la vulgarité.) Je vous donne mon idée, Éric :
vous choisirez l’une ou l’autre de ces options pour seulement quelque
temps plus tard choisir la suite. Ils prendront tout dans l’ordre que
vous déciderez.
« PS : Au sujet de votre exemple entre Free et Orange. À plusieurs
reprises vous avez mentionné le hold-up de Free par rapport à Orange. Je
peux vous garantir que le mec de Free est une véritable star dans
tous les milieux sociaux ! Ce néo-libéral a cassé les prix, foutu la
merde, lancé le principe des box et le tout-en-un... Qu’importe la
qualité aux usagers ? Peu leur chaut, ils butinent, changent chaque
année de prestataire. Le seul critère retenu : les prix tirés vers le
bas. Et ça, c’est dû à Free, sûrement pas à Orange dont les hotlines
laissent parfois également à désirer (je précise que je suis chez
Bouygues après avoir été Orange, puis Free, et que c’est aussi chaotique
que les autres. Et dans un mois, je passe à Numéricable). »
Je
suis chez Orange et je n’ai jamais eu de problème avec la hotline. En
revanche j’ai plusieurs connaissances qui récemment, sont passés chez
Free pour le fuir presque aussitôt. Ce ne sont que des exemples et ils
ne font pas la règle, mais ça ne change rien à la logique de mon
raisonnement. De plus il est encore très tôt pour juger de l’effet de
cette mise en concurrence, ça fait combien de temps que Free est sur le
marché ? Le problème tel que je le perçois — je me trompe peut-être —,
c’est que les conséquences ne sont pas visibles de suite. Pour l’instant
c’est bien, les prix tirés vers le bas, et puis ça tombe nickel vu que
les gens n’ont plus d’argent. Je pense que ça tiendra comme ça en mode
magique, en mode "on rase gratis", jusqu’à ce qu’on réalise — d’ici dix,
vingt ans ? — qu’on ne fait plus assez de recettes pour entretenir un
réseau qui aura vieilli. Un peu comme EDF et la "fée électricité",
devenue "fée-lation" (je suis d’humeur grivoise :p), qui après nous
avoir foutu partout des centrales "sûres" pour une énergie "pas chère",
nous explique maintenant que les prix doivent augmenter pour entretenir
les mêmes centrales devenues vétustes et — même s’ils ne l’admettent pas
— potentiellement dangereuses. Bah là on fait pareil avec la super 4...
5... 6G permettant de surfer si t’as les moyens de payer l’i-Phone, on
fait du mieux, du beau, plus puissant et moins cher, la surenchère du
cosmétique et pas besoin d’être un génie pour comprendre que quand le
prix baisse et que le service "visible" augmente, il y a toujours
d’autres trucs qu’on néglige à côté.
Mais je me trompe peut-être, l’ami — en fait je l’espère. On en reparlera dans vingt ans si vous voulez (à condition bien sûr qu’on survive à la guerre civile).
Bien cordialement.
Erratum : peu de chances que j’en aie * pour tenter de l’investir.
« Du coup, pour maintenir l’existence des ces travaux essentiels mais peu
valorisants, mais qui seraient mis en péril par la liberté acquise grâce
au revenu universel, cela vous contraint à imaginer... l’obligation.
Remarquez, on pourrait aussi employer des esclaves pour ce genre de tâche, ou encore des intouchables... »
Je
n’aime pas cette manière de feindre de ne pas comprendre... vous
détournez mes propos en me faisant passer pour un facho, c’est très
vexant. Je vous parlais de "prendre des tours" pour que justement, plus
personne ne soit contraint à faire partie d’une caste "intouchable" à la
française.
C’est vous-même qui émettiez cette objection que le
travail est nécessaire et que cette "obligation" d’accomplir certaines
tâches ferait obstacle à l’idée du revenu de base. Aussi vous
expliquais-je qu’il y a d’autres moyens que les castes pour faire en
sorte que ces tâches soient accomplies.
Prendre des tours nous
obligerait certes toujours à acquitter ces tâches puisqu’elles sont
nécessaires. Mais contrairement au système en place qui semble mieux
vous convenir, plus personne n’aurait à subir cette contrainte ni
l’humiliation qu’elle représente — chacun étant logé à la même enseigne —
jusqu’à la fin de ses jours.
Le RSA ne fonctionne pas parce
qu’il ne permet pas de vivre, tout simplement. Il ne permet donc pas non
plus de s’affranchir des contraintes que j’évoquais, ni ne favorise
l’initiative personnelle. Si j’ai pas assez de sous pour déjà me
nourrir, il y a peu de chances que j’en ai pour tenter de l’investir
dans un projet fut-il de nature artisanale.
Je note d’ailleurs
que vous en revenez sans cesse à l’artisanat comme si c’était le seul
type de travail (= manuel à visée matérielle) possible et respectable.
Le concept de base d’une société consiste à vivre ensemble dans le but
de partager les tâches pour plus de confort, c’est ce qui rend le
sacrifice d’une part de liberté individuelle tolérable. Nous n’avons
donc pas besoin d’un système où chacun serait artisan et produirait des
biens 100% matériels. Je trouve inquiétant et à la fois symptomatique du
monde moderne le fait que vous omettiez complètement, dans vos
arguments, les questions de culture qui elles aussi représentent un
travail utile. Culture et travail intellectuel, social, etc. plus
globalement.
Pour ce qui est du financement, je pense que vous
découvrez le revenu de base. Renseignez-vous sur le coût de l’actuel
système d’assurance chômage et du suivi qu’il implique, c’est colossal
et ça ne fait bien sûr qu’augmenter. Supprimer la composante "emploi" et
admettre que chacun a le droit de vivre, donc d’avoir un minimum de
ressources pour vivre, permettrait de supprimer tout ce dispositif
administratif lourd et extrêmement coûteux. Les économies réalisées dès
lors suffiraient à financer le plus gros du revenu de base et pour le
reste, il y a plein d’argent et de solutions à débattre. Si l’État n’a
pas les moyens, c’est aussi parce qu’il s’en laisse déposséder.
Pour
cette raison je vous rejoins sur l’idée que le libre échange est d’une
part un poison et d’autre part une imposture. Demandez à ceux que la
mondialisation a ruinés ce qu’ils pensent de la concurrence libre et non
faussée. L’État doit assumer son rôle de régulateur tout comme l’Europe
et plus globalement, les institutions supra-nationales. Le problème
c’est qu’en lieu et place du bien commun, elles opèrent un insoutenable
racket de tous les peuples. La conséquence est en effet l’interdiction
de travailler pour cause de chômage, lui-même lié au dumping, lui-même
lié à une certaine conception (faussée) du libéralisme que défendent les
oligarques dans leurs propres intérêts.
Cette interdiction est une
violation des droits de l’homme — comme je l’ai déjà dit — et le revenu
de base est une piste pour changer ça. C’est peut-être pas l’idéal,
j’en sais rien, j’essaie juste de vous donner les clés du concept. Je
n’attends pas de vous que vous soyez d’accord, vous êtes libre de vos
opinions mais de grâce, ne déformez pas mes propos.
Bien cordialement.
Merci pour ces réponses intéressantes, Éric :) et je reviens brièvement sur micnet :
« ---> Il est bien évident qu’il ne s’agit pas
d’attendre d’avoir des morts pour se poser les bonnes questions. Or
justement, il me paraît évident qu’une privatisation de la SNCF, même en
situation monopolistique, obligerait le nouvel actionnaire à ENCORE
PLUS de précautions à mettre en place, d’autant que ce dernier serait
regardé ’à la loupe’ à cause de cette nouvelle situation. Par ailleurs,
même en situation de monopole, si un drame venait à survenir cela aurait
forcément un impact non négligeable sur la fréquentation du transport
ferroviaire, du moins sur le court terme (tout le monde n’étant pas
obligé de prendre ce type de transport) et du coup, la situation
financière s’en ressentirait d’autant plus que ce n’est pas l’état qui
viendrait au secours de ce nouvel actionnaire... »
C’est
vous cette fois qui faites de l’idéologie ! Il ne me paraît à moi pas
évident DU TOUT (pour les raisons que j’ai déjà expliquées) que cela
oblige à "encore plus de précautions" — et pour ce qui est de l’impact
financier, j’entends bien, mais comme disait Éric :
« lorsque la qualité des téléphones portables d’une certaine marque se
dégrade, les clients vont effectivement voir ailleurs, libre à cette
marque de redorer son image par la suite. Mais si cela concerne un train
sur des rails, la perte de qualité se fait directement ressentir par un
accident possible, d’où des morts, et nous sommes tous d’accord pour
dire qu’il n’est pas envisageable d’attendre l’advenue de ce genre de
choses comme pierre de touche de la qualité ! »
Je voudrais
aussi remarquer que dans la source unique, partisane, et dépourvue de
liens externes d’Enquêtes & Débats, le taux "formidablement faible"
d’accidents pour l’année 2007 — et seulement celle-ci, je vous le
rappelle — en Grande-Bretagne est attribuée, avec culot, à la mauvaise
gestion publique du réseau avant 1993 càd 14 ans plus tôt. C’est pas
vraiment le meilleur exemple pour me convaincre que des opérateurs
privés tendraient à assumer plus directement leurs fautes que ne le fait
actuellement la SNCF !
« Je veux dire par la que l’on ne peut pas éternellement excuser le
manque totale de qualité des services délivrés par la SNCF en nous
faisant miroiter l’enfer libéral anglo-saxon !!! Et si les moyens
financiers ne sont pas étrangers à la résolution d’un tel problème, il
me semble obscène, de nos jours, de demander ces moyens à l’État qui
croule chaque jour davantage ! »
Tout à fait ! Mais
le fait que la SNCF subisse des difficultés ne doit pas non plus nous
forcer à courir dans les bras de cet enfer anglo-saxon que Wesson nous
rappelait. Par ailleurs je pense que vous savez comme moi pourquoi
l’État "croule chaque jour davantage", bizarrement c’était pas le cas,
ou pas aussi gravement, avant que l’Europe ne se charge de libéraliser
tout ça (à commencer par les banques et leurs "intérêts" qui ne sont pas
les nôtres). C’est pas parce que les représentants de l’État baissent
constamment leur froc que c’est normal et que, comme disait Thatcher,
"il n’y a pas d’alternative" : l’alternative c’est aussi de dire "stop"
quand le privé se met en tête de toucher à ce que l’on considère comme
"service public", "bien commun", ou "intérêt général". Marrant comme
pendant que l’État ou plutôt "les" états se portent mal, les
milliardaires, eux, se portent bien et sont de plus en plus nombreux !
Et ce sont rarement des fonctionnaires qui "profitent du système" avec
leurs retraites à 1000€ par mois.
« Il faudrait choisir : soit la sécurité de l’emploi à vie, soit le droit de faire grève.
Or, on constate que les gens le plus souvent en grève sont précisément
ceux qui ne risquent pas de perdre leur emploi !!! Voilà une situation
paradoxale que les syndicats ne pointeront jamais du doigt. »
J’utilise
aussi les transports en commun et sais donc pour l’avoir vécu que c’est
très pénible. Cependant ne perdez pas de vue que comme l’explique
henocconeh (sans majuscule pour respecter le palindrome :p), la problème
tient à ce qu’une hiérarchie en partie corrompue laisse faire les
choses. Le cheminot qu’il bosse à bord des trains ou sur les voies ne
fait qu’obéir et n’a pas de pouvoir pour les faire changer, pire : c’est
lui qui est en première ligne pour prendre en pleine face la colère des
usagers en cas de retards d’un quart d’heure... aussi le droit de grève
me semble fondamental : c’est ce qui permet à ces employés (qui
sacrifient une partie de leur salaire, faut pas l’oublier quand même !) de 1)
montrer qu’eux non plus ne trouvent pas ça normal et 2) attirer
l’attention du public sur autre chose que le pauvre type qui fait de son
mieux sur le quai. La grève est d’abord un moyen de se désolidariser de
la hiérarchie quand celle-ci déconne et par ses mauvaises décisions, in
fine menace la pérennité de l’entreprise. Les gens déçus s’en prennent
au petit personnel, c’est la première étape pour faire bouger les
choses. Ensuite le personnel fait remonter à sa hiérarchie et utilise la
grève comme moyen de la faire plier et d’évoluer dans le bon sens. Il
faut aussi que le public prenne enfin conscience du fait que ces petits
employés n’y sont pour rien, et que ce sont les élus qui gèrent la SNCF
dans le cadre de débats parlementaires et d’enquêtes sénatoriales que
personne ou presque ne regarde. C’est aussi ça, l’appel des grévistes :
regardez ce qui se passe au-dessus et cessez de vous en prendre à nous !
C’est pas marrant pour eux de voir que faute d’effectifs, le service se
délie et qu’à cause de ça ils risquent de perdre leurs emplois.
« Tôt ou tard se fera sentir un vrai débat sur le commun, sur la remise en
question de l’individualisme, sur les valeurs communes, leur hiérarchie
et sur la place du tout-commercial. À suivre donc... »
C’est
tout à fait ça... mais dans un système libéral ou plutôt "néo-libéral"
où tous les coups sont permis, et où — comme disait Huxley notamment —
les gros ont tout loisir de manger les petits, il suffit d’un fruit
pourri pour gâter tout le panier. Au fond je n’en veux pas aux gens du
privé pour les pratiques de dumping etc. : suffit que l’un d’entre eux
fasse baisser ses tarifs de manière déloyale pour que tout ceux capables
d’en faire autant y soient aussi contraints, et accessoirement pour que
les plus "petits" (= ceux qui n’ont pas les moyens d’investir dans des
fabriques en Chine ou au Bangladesh) se retrouvent ruinés sur le
carreau. Toute idéologie mise à part, je crois sincèrement qu’un État
fort et sain a pour rôle et devoir de veiller à ce que la compétition (=
mise en concurrence) se fasse dans le respect d’un minimum de règles
pour éviter le marasme dans lequel on se trouve. Dans la mesure où il
renonce globalement à jouer ce rôle, je préfère qu’il garde une prise
directe sur les services importants en termes d’usage et de sécurité
plutôt que de laisser la SNCF (puis les hôpitaux... les routes... les
écoles...) aux mains d’opérateurs privés qui lui échapperont et qui,
livrés à une concurrence libre et surtout "sauvage", ne manqueront pas
tôt ou tard de prendre des risques. Il suffit qu’un opérateur fasse une
manœuvre à la Free (que l’État n’a pas recadré malgré les avertissement
d’Orange notamment) pour que les autres soient contraints d’aligner
leurs prix et donc de faire des sacrifices sur la qualité des lignes
(téléphoniques ou ferroviaires), du service client, du confort etc. —
suffit d’un fruit pourri et les autres suivront. Et s’ils ne le font pas,
le plus audacieux grossira et mangera les petits pour créer un nouveau
monopole qui cette fois sera privé donc exit à la fois la concurrence
auto-régulatrice et l’État qui ne pourra alors plus rien dire sous peine
d’être accusé d’entrave à la liberté d’entreprendre ou de ne pas aimer
les riches, etc. — on en revient toujours au même, en toute logique !
@ ffi :
Le travail, c’est contribuer à faire quelque chose
d’utile pour soi-même ou pour la société ; disons que c’est l’acte de
produire quelque chose. L’emploi, c’est un travail contre rémunération
avec toutes les règles ou contraintes sociales, hiérarchiques, etc. que
cela implique dans le monde moderne ; c’est une conception du travail
basée sur ces contraintes sous peine d’exclusion sociale donc de mort
(virtuellement et à l’extrême dans la mesure où sans travail, pas de
revenus et sans revenus, pas de subsistance).
Le postulat de
base des apôtres du revenu universel, c’est en général ce constat qu’il
n’y a simplement plus assez de travail pour tout le monde. Entre la
crise, le fait qu’on soit dans ce que j’appelle (peut-être à tort) "fin
de cycle économique" (= contrairement à l’après-guerre où les besoins en
main-d’œuvre sont plus importants, aujourd’hui ils sont moindres),
l’industrialisation qui tend à remplacer l’homme par la machine, etc. —
tout cela nous donne du chômage qui grimpe sans cesse et prive
injustement (= contre leur gré) des humains d’emploi donc des moyens de
subsistance que ce rapport traditionnel au travail leur permettait.
L’idée
du revenu de base tel que je le comprends, c’est que dans la mesure où
l’emploi ne joue plus son rôle ni de moteur économique, ni surtout de
subsistance, nous avons besoin de mettre en place un nouveau système
pour à la fois relancer l’économie (consommation) et surtout, vu qu’on
est tous un peu frères quand même, faire en sorte que personne ne soit
contraint à la rue et à la faim (pour schématiser). C’est pas seulement
de l’altruisme mais ça participe aussi de ce constat que les gens ne
meurent pas dans le silence, surtout quand ils sont (et ils le
deviennent) nombreux : la lutte des classes s’intensifie et la colère
gronde. Les jeux ne suffisent plus à noyer l’absence de pain, et sauf à
pallier cette absence, ça va péter très fort et pour tout le monde.
Le
revenu de base se présente donc comme un moyen d’apaiser ces tensions
en assurant à chacun le minimum pour vivre, sans qu’il soit pour cela
nécessaire de mendier des "emplois" qui n’existent plus en quantité
suffisante pour tout le monde de toute façon. Il part aussi de l’idée
que supprimer l’emploi libèrerait au contraire le potentiel de "travail"
libre et volontaire des gens qui en sont privés, parce que l’oisiveté
justement n’est pas une inclination naturelle de l’homme dont l’instinct
est fondamentalement créateur. Pour exemple actuellement, le bénévolat
se développe notamment dans les tranches d’âge supérieures = retraités
qui souvent sont plus actifs qu’ils ne l’étaient en tant qu’employés.
Divers sondages ont aussi montré que la plupart des gens entendraient
plutôt soit garder leur emploi (pour ceux qui en ont), soit encore faire
autre chose, reprendre des études, etc. si le revenu de base était
implémenté. La proportion de gens qui expriment l’intention d’en
profiter pour ne plus rien faire serait minimale d’après les divers
sondages que j’ai vu passer.
Pour résumer sur un truc que vous
comprendrez, je pense : étant chômeur, je suis contraint de passer mon
temps à chercher du travail qu’on me refuse. L’absence de postes en
quantité suffisante me force à diversifier mes recherches vers des
domaines autres que le mien, alors que dans ces mêmes domaines, des
personnes qualifiées sont aussi et tout comme moi sur le carreau. S’il
m’était permis de survivre sans avoir à justifier de ces recherches (=
faire des lettres à la chaîne pour trace écrite, le plus souvent sans
que personne ne daigne y répondre), je pourrais mettre à profit les
compétences qui sont les miennes pour produire un vrai "travail" plus
utile socialement que ces recherches. Je pourrais même oser lancer ma
propre activité, libéré des contraintes et de la peur de faire faillite
en me ruinant complètement et pour toujours. En clair : un revenu de
base me libérerait de ces chaînes qui m’entravent et me contraignent à
de vaines recherches inutiles au profit d’un "travail" qui, sans être un
"emploi" à proprement parler, serait tout de même plus utile que ces
recherches.
Après l’on peut imaginer toutes sortes de
dispositifs pour que le travail socialement vital soit effectué. Par
l’incitation en donnant à ceux qui bossent un salaire supérieur au
revenu de base, ou pourquoi pas par l’obligation — si nécessaire — en
demandant aux gens de contribuer à telle ou telle tâche pour laquelle
nous manquerions de main-d’œuvre "spontanée" — bref on peut imaginer
plein de choses autres que l’emploi tel qu’on le conçoit depuis
l’après-guerre. Chouard exprime aussi cette idée que je trouve chouette
selon laquelle les tâches dites "ingrates" (qui en fait le sont surtout
par le jeu des contraintes : la caissière ou l’éboueur sont perçus comme
des échecs n’ayant pas eu d’autre choix, mais détestent-ils
nécessairement ce qu’ils font ? Il n’y a pas de sot métier mais de sots
observateurs...) pourraient être effectuées à tour de rôle si personne
n’en veut : je prends mon tour de ramassage d’ordures pendant six mois,
après ce sera à vous ou à quelqu’un d’autre de le faire. Le turnover
serait d’ailleurs d’autant plus simple à mettre en place que ce sont des
métiers, généralement, requérant un faible niveau de qualification.
C’est pour ça d’ailleurs qu’on "punit" les gens pas très scolaires en
les leur collant.
J’ai l’impression que mon message est assez
brouillon, mais je pense qu’il n’est ni "excessif" ni tout à fait naïf.
Partons juste du principe que ça ne fonctionne plus, qu’il faut autre
chose et imaginons la suite ! Le changement fait toujours peur mais il
est nécessaire. N’oubliez pas non plus que le seul moyen de maintenir
"ce" système obsolète (= l’emploi) en vie impliquerait de tout casser
pour reconstruire, et que les médias appartiennent pour la plupart soit à
des financiers, soit à des marchands de béton et/ou de canons. Je pense
qu’il serait bien pour une fois d’évoluer ("évolution" et non
"révolution" qui ne signifie jamais que "revenir au point de départ") et
d’éviter le bain de sang. Nous sommes au moment critique où il faut
choisir : changer ou recommencer, dans l’inédit ou dans la douleur.
J’espère que nous prendrons la première solution (mais je suis assez
pessimiste, sincèrement).
Bon courage et bonne chance à vous pour vos recherches.
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