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Bonjour Éric et merci
Pas seulement pour ce que vous me dites ici mais aussi pour vos commentaires précédents en réponse à primate, Qaspard etc...
Ce qui m’effraie le plus, avec ce qu’est devenue l’école et, dans la même désastreuse dérive, les grands médias portant (sélectionnant, éliminant, minimisant, déformant...) les "débats de société", c’est qu’ils confirment de manière épouvantable - si l’on n’arrive pas à les changer radicalement et à inverser la situation - ce que dit ici Dennis Meadows :
http://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/nous-n-y-pouvons-rien-faire-148245
Un texte, il faut le dire à Qaspard, que n’aurait sans doute pas désavoué Ivan Illich
Suite 3/
Fin de mon texte Désacraliser la violence religieuse :
Une belle occasion nous est donnée de marquer la rupture avec la religieuse folie interprétative, comme avec la fausse et complice laïcité. L’ONU lance une "décennie pour l’éducation à la non-violence ", grâce à un long combat des militants pour une Alternative Non-Violente (pour reprendre le titre de l’excellente publication d’une partie de ces militants) (19). Disons haut et fort que cette initiative ne pourrait atteindre son objectif si le programme éducatif annoncé n’incluait une démarche pour un respect des droits de l’homme au sein de toutes les religions, donc pour une désacralisation de la violence religieuse, y compris dans les religions les plus anciennes, les plus traditionnelles, les plus officiellement reconnues.
Notes :
(1) Dans son livre "Le désenchantement du monde" (éd. Gallimard, 1985) Marcel Gauchet, qui reproduit dans son titre une expression de Max Weber, précise qu’il ne faut pas interpréter ce qu’il appelle "la sortie de la religion" comme une "disparition" de la religion. "On peut concevoir, à la limite, une société qui ne comprendrait que des croyants et qui n’en serait pas moins une société d’au-delà du religieux".
(2) L’expression est employée, à propos du judaïsme libertaire en Europe centrale, par Michael Löwy dans le livre qu’il consacre à ce courant : "Rédemption et Utopie" (PUF, 1988)
(3) Le Kitab-I-Aqdas (Le Plus saint livre), éd. Bahaïes, Bruxelles 1996. Sur la foi bahaïe voir Le Monde Diplomatique de juillet 99 ou Manière de voir n°48 : "La foi bahaïe contre les fanatismes" par William Hatcher, ou "Les Bahà’is" par christian Cannuyer (éd. Brépols 1987) ou "La foi bahà’ie en quelques mots " par Pierre Spierckel (éd. L’Harmattan 2000)
(4) éd. Gallimard, 1998
(19) Dans son N°94 (printemps 95) titré "Les religions sont-elles violentes ?" le théologien Emile Granger rompt avec les tricheries théologiques habituelles, condamne la sacralisation, explicitement reconnue, de la violence religieuse et milite "pour une foi sans violence". Il insiste cependant sur la perversion de la foi là où, me semble-t-il, il faudrait insister sur un véritable refus de progresser engendré par le dogmatisme.
Suite 2/
Il me paraît indispensable de réfléchir surtout à la pérennisation, parmi les violences religieuses, de celle qui est considérée comme étant commise par les hommes sur ordre de Dieu. Celle-ci est, hélas, ici et maintenant, toujours bien concrète.
Dans son livre "La religion dans la démocratrie" (4) Marcel Gauchet me paraît trop optimiste quand il écrit : "Nul parmi nous ne peut plus se concevoir, en tant que citoyen, commandé par l’au-delà. La Cité de l’homme est l’oeuvre de l’homme, à tel point que c’est impiété, désormais, aux yeux du croyant le plus zélé de nos contrées, que de mêler l’idée de Dieu à l’ordre qui nous lie et aux désordres qui nous divisent". L’agnostique citoyen du monde que je suis fera remarquer que la terre entière est désormais "notre contrée", que c’est là qu’il faut étudier le "parcours de la laïcité" (sous-titre du livre) et que certains de ceux qui, comme en Algérie, en Afghanistan ou en Iran, "mêlent l’idée de Dieu aux désordres qui nous divisent" tuent "parmi nous" très fréquemment. Ceux-là se disent très souvent croyants de l’islam, mais ce sont bien toutes les religions abrahamiques qui continuent de cultiver la violence théorique, théologique ; les autres, sur lesquelles ne porte pas cette réflexion n’étant pas pour autant tenues pour dépourvues de toute violence. Le fanatique qui passe à l’acte criminel a bon dos. On souligne qu’il n’a rien compris, ne veut pas comprendre même lorsque, précisément, il a trop bien compris en prenant à la lettre ce qu’on lui a demandé de prendre à la lettre. Qui peut soutenir qu’il est seul responsable et qu’on ne triche pas quand on met un fossé entre ses actes, horribles, et ceux que les religions - traditionnelles, officiellement reconnues - lui ont enseignés comme parfaitement justifiés en d’autres temps ?
Dans le pire des cas les ordres de tuer restent toujours valables et, par exemple, des dignitaires de l’islam appellent publiquement - sans que personne, ni individus ni Etats appliquant leur devoir d’ingérence n’exige leur traduction en justice - au meurtre de Salman Rushdie ou de Taslima Nasreen (pour ne parler que de deux victimes désignées qui ont eu le temps d’alerter le monde démocratique avant que le crime sur leur personne ait été commis ; beaucoup d’autres, en Iran par exemple, n’ont pas eu ce temps)...
suite 1/
Début de mon texte proposé en mars 2000 à Marcel Gauchet Désacraliser la violence religieuse :
Les deux violences religieuses
Après la "sortie de la religion" (1) qu’est-ce qui doit changer pour que la religion puisse aider à "réenchanter le monde" ? (2) Dans ce monde où l’on continue de tuer au nom de Dieu, la réponse me paraît évidente : l’attitude envers les textes sacrés qui appellent au meurtre, qui prônent ou justifient la violence.
Il faut distinguer la violence exercée par Dieu lui-même dans le monde abstrait ou à venir, par exemple lors du Jugement dernier, pour punir l’homme qui se conduit mal, et la violence nous concernant très directement, celle que Dieu ordonne à l’homme d’exercer. La violence qu’exerce ou exercera Dieu est présentée comme une réalité et justifiée par les trois premières grandes religions abrahamiques, mais aussi par le bahaïsme, qui a pourtant apporté un progrès considérable contre la violence religieuse exercée par les hommes. C’est son prophète, en effet, qui a annoncé comme "première bonne nouvelle" de son "évangile" (3) le fait que "la guerre sainte est effacée du Livre". Jusqu’à présent cependant il faut bien constater que cette heureuse innovation a plus engendré de victimes dans la communauté bahaïe, notamment dans les pays islamiques, que de sagesse dans les trois autres religions.
En mars 2000 j’ai proposé à plusieurs revues philosophiques, dont celle qui avait Marcel Gaucher pour responsable de la rédaction, une réflexion sur la violence religieuse.
La non-réponse de Marcel Gaucher, pour qui j’ai une très grande estime, fut pour moi la plus difficile à comprendre et à accepter.
Même au lendemain du 11 septembre 2001 je n’ai pas pu publier mon texte. Je reproduis dans les commentaires suivants, son début et sa fin, ainsi que les notes concernant ces extraits.
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