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Rounga

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  • Premier article le 25/01/2014
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    Rounga Rounga 13 février 2014 10:19

    "Il est possible que de nombreux individus, dont aucun n’est un homme vertueux, quand ils s’assemblent soient meilleurs que les gens dont il a été question, non pas individuellement, mais collectivement (...)"

    Remarquons que Aristote dit "ile est possible", et n’énonce pas là une vérité générale. Puisque vous avez l’air de bien connaître Aristote, Eric, pouvez-vous nous dire si le stagirite précise quelles sont les conditions qui rendent cette excellence de la foule actuelle ? (Je m’aperçois que votre post du 12 février, 21:12 a déjà répondu en partie à cette question, mais si vous êtes en mesure de développer, je suis tout ouïe)



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    Rounga Rounga 12 février 2014 23:39

    La vrai question - et le vrai problème - réside dans le fait de chercher, chez Confucius comme chez Aristote, la vertu dans le Prince, plutôt que dans l’assemblée du peuple.

    Pour Confucius, la vertu du souverain se diffuse à ses subordonnés, qui a leur tour l’inspirent à leurs inférieurs, et ce jusqu’au peuple. On peut se représenter une pyramide de coupes de champagne, qui permet,à mesure que le verre du haut est rempli et déborde, rempli les verres du dessous, et ainsi de suite.
    Je suis assez d’accord avec cette vision des choses. Je ne vois en effet pas d’autre manière d’insuffler à une masse d’individu la vertu si celle-ci n’est pas montrée en exemple et honorée par en haut. Dans un pays organisé politiquement, les structures primitives qui imposaient la triple obligation (donner, recevoir, rendre) n’existent plus, car chacun peut être tenté de vivre uniquement pour son intérêt égoïste.
    Il est donc plus désirable, selon moi, de confier le gouvernement à un souverain vertuaux. En effet, il est plus facile d’attendre qu’un seul homme soit éminemment vertueux plutôt que de demander à des millions de gens d’être moyennement vertueux. Toute la question est de savoir où et comment trouver cet homme vertueux.
    En revanche, la propriété du peuple est d’être soumise à l’inertie, c’est-à-dire qu’il faut un certain temps pour que le champagne, bon ou mauvais, qui est versé dans la coupe du sommet parvienne en bas, pour reprendre la métaphore ci-dessus. Ainsi, alors que les élites d’un pays peuvent être corrompues pendant longtemps, mais on trouvera encore chez le peuple des sursauts d’indignation morale devant cette déchéance. C’est pour cela qu’on dit que "le poisson pourrit par la tête".



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    Rounga Rounga 12 février 2014 23:22

    La conférencière prône un équilibre entre les deux façons de voir.

    C’est vrai que déclarer "il faut trouver le juste milieu", c’est la conclusion couille molle, ça ne mange jamais de pain. Surtout qu’effectivement, conclure ainsi alors que les deux alternatives sont, en l’état, complètement opposées et inconciliables, ça ressemble plutôt à un refus de choisir. Si on affirme qu’il faut un juste milieu, il ne faut pas seulement le dire, il faut aussi établir dans quelles conditions ce juste milieu est possible.
    Je pense que la solution réside dans la formule "il faut rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu". Confucius déclare la transcendance inconnaissable, et préconise de d’abord connaître le monde avant de s’engager dans des spéculations métaphysiques, tandis que les taoïstes ont tendance à ne voir que la transcendance, ce qui leur fait négliger les affaires du monde.
    Feng Youlan, dans le Nouveau Traité sur l’homme, établit quatre milieux, c’est à dire quatre manières d’être au monde :
    -le milieu naturel : c’est le milieu de la satisfaction des instincts
    -le milieu utilitaire : le milieu de la satisfaction des intérêts
    -le milieu culturel : le milieu du respect de certaines règles morales
    -le milieu transcendant : le milieu de la communion avec le principe suprême
    Il fait remarquer que les taoïstes dénigrent les milieux utilitaire et culturel, mais ont tendance à confondre les milieux naturel et transcendant. A l’inverse, les confucianistes rejettent les milieux naturels et transcendants, et confondent parfois l’utilitaire et le culturel. La solution serait de reconnaître l’existence de ces quatre milieux, ainsi que leur hiérarchie, le milieu naturel étant qualitativement le plus bas, et le milieu transcendant le plus élevé. Chaque milieu aboutit,après un saut qualitatif, au milieu supérieur.
    Je remarque au passage que Feng Youlan n’est pas mentionné dans l’Histoire de la pensée chinoise de Anne Cheng...



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    Rounga Rounga 12 février 2014 15:46

    Il faut bien avoir à l’esprit que nous comparons deux modes de pensée qui s’articulent de manière assez différente, ne serait-ce qu’à cause du langage, propice à une description analytique des choses chez les Grecs, plus combinatoire chez les Chinois. Pour cette raison, les parallèles que nous pouvons tracer entre les penseurs chinois et européens, s’ils peuvent se révéler pertinents, s’avèreront toujours incomplets. D’où leur multiplicité.

    P.S. Eric, merci pour la "connexion".



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    Rounga Rounga 12 février 2014 14:12

    Gollum,
    Je vous rejoint sur de nombreux points. Cependant, j’avoue que je doute souvent que Confucius soit vraiment resté au stade exotérique. La citation des Entretiens qui me pousse dans ce sens est celle que cite Anne Cheng. La dernière strophe "A soixante-dix ans je suivait les élans de mon cœur sans sortir du droit chemin", montre que le résultat de la voie confucéenne est finalement une libération de l’être par rapport aux règles. L’observance des rites a pour but d’orienter le cœur de l’individu vers la bonne voie, mais elle n’est pas une finalité en soi. Un commentateur de Lao-tseu, Wang Bi, au IIIème siècle avant J.C., faisait la remarque suivante :
    "Confucius a fait corps avec le principe suprême inconditionné, lequel est ineffable, c’est pourquoi il n’en parle pas, tandis que Lao-tseu évolue encore dans l’être, c’est pourquoi il ne cesse de s’en gargariser."
    Ce qui est en accord avec le passage suivant des Entretiens (XVII.18.) :
     Le Maître dit : « Je voudrais ne plus parler. – Maître, dit Tzeu koung, si vous ne parlez pas, qu’aurions-nous, vos humbles disciples, à transmettre ? » Le Maître répondit : « Est-ce que le Ciel parle ? Les quatre saisons suivent leur cours ; tous les êtres croissent. Est-ce que le Ciel parle jamais ? »

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