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  • 3 votes
    Joe Chip Joe Chip 17 avril 2019 17:20

    @PumTchak

    Ce n’est pas parce que vous n’avez pas vu de croix celtique, de ratonade et de "baston" que les groupuscules d’extrême-droite étaient pour autant absents des manifs, en tout cas au début du mouvement. Soral et ER ont également tenté de récupérer le mouvement sur le net. Ces groupes ont depuis longtemps intégré la "non-violence" à leur militantisme, préférant dénoncer la violence d’extrême-gauche. 

    Pour moi les GJ ont trahi leur "ADN d’origine" en migrant des rond-points vers la capitale, à partir de là la récupération politique était inévitable. 

    Sur l’expression "théorie du complot" qui semble vous donner de l’urticaire, je n’ai pas besoin du parrainage de Rudy machin pour l’employer, et vous n’en avez pas besoin non plus pour discréditer mon propos (biais d’association). 

    Jack London parlait des gilets jaunes, ah bon ? Sans blague. Jack London a adhéré un temps au parti socialiste américain mais sa vision du socialisme et de la société est en réalité individualiste, héroïque et social-darwiniste (la métaphore de la nature cruelle et indifférente, du combat  individuel pour la survie, etc.). London, quand il s’intéressait à la question sociale, évoquait un sous-prolétariat plongé dans une misère totale, privé de tout droit, dont beaucoup étaient des vagabonds errant de ville en usine. Ca n’a absolument rien à avoir avec les gilets jaunes, il faut quand même garder un sens de la mesure.   

    J’espère que vous ne demandez pas à un mouvement populaire de se transformer en quelques semaines ou quelques mois en parti politique, avec sa doctrine construite en ordre de bataille électorale. 

    Moi je ne demande rien aux gilets jaunes et je n’en attends rien non plus. Dès le début du mouvement, j’ai critiqué le flou idéologique et le potentiel de récupération du "mouvement". J’ai été également refroidi, mais là c’est plus personnel, en découvrant de nombreux gilets jaunes au volant de grosse voiture, en entendant des gens dire qu’ils ne s’en sortaient pas avec 2000 euros par mois, et d’autres annoncer avec les larmes aux yeux qu’ils allaient devoir renoncer à leurs vacances d’hiver pour acheter un jouet à 300 euro au petit dernier. C’était loin d’être anecdotique. 
    J’ai de suite fait un pas d’écart par rapport à un mouvement qui est pour moi beaucoup trop focalisé sur le pouvoir d’achat, la consommation, et le travail au sens le plus aliénant du terme, tout un catalogue de revendications tirées des 30 glorieuses, comme s’il y avait toujours une "bourgeoisie" bien identifiée faisant face à un prolétariat structuré.
    Aymeric Carron avait livré une très bonne analyse des GJ au début du mouvement que je partage en grande partie :

    https://www.youtube.com/watch?v=qhEntVY1Bj4

    J’ai toujours dénoncé leur recherche de bouc-émissaire et la violence non pas d’un vue bourgeois et conservateur affolé à la vision de kiosques à journaux en feu sur les Champs Elysées mais d’un point de vue politique, en tenant compte de la frilosité du contribuable et de l’épargnant français moyen. C’est bien de faire la révolution dans son coin, mais la France c’est 65 millions de personnes et d’ailleurs je crois que les vrais hypocrites sont les charlots qui soutiennent les GJ sur internet sans jamais participer au "mouvement".

    Je citais l’exemple algérien à titre de comparaison, non pas d’analogie, et encore une fois vous surestimez grossièrement le pouvoir de nuisance des antifas, c’est ridicule. Mais c’est effectivement bien pratique pour justifier la désorientation idéologique du "mouvement" et la dérive anarchisante de certains GJ. Il est beaucoup trop facile de pointer systématiquement du doigt le "système", les flics, les antifas, les "éditocrates" et j’en passe tout en sachant que les GJ ont refusé de se doter d’une structure militante autonome chargé de gérer la communication politique, d’encadrer les manifs et de produire quelques règles collectives. 

    Pour le M5S je n’en parle pas car je m’en fous, je ne suis pas italien et de toute façon ils se sont fait complètement mangé par leur partenaire de la ligue du nord. 



  • 1 vote
    Joe Chip Joe Chip 16 avril 2019 16:18

    @PumTchak

    Je ne vois pas trop où se situe la contradiction de ces chiffres et de ces constats par rapport à ce que j’ai écrit, mais nous semblons être d’accord sur l’essentiel et le caractère "fourre-tout" de la FI.

    Je crois plutôt que la minorité indigéniste/différencialiste/gauchiste a clairement pris le pouvoir au sein des structures militantes et dirigeantes du parti mais que cette mue idéologique en cours ne peut pas encore être assumée sur le plan politique et porté auprès de l’électorat de gauche — plutôt "blanc" et grisonnant , donc on envoie en attendant des figures médiatiques lissées mais peu représentatives de l’évolution du parti, comme la petite Manon venue de l’associatif humanitaire ou un Corbière, que l’on voit partout mais qui est en fait le dernier représentant un peu déprimé de la ligne républicaine et souverainiste au sein du parti, le seul dont les gauchistes n’ont pas pu obtenir la démission en raison de sa proximité avec Mélenchon.

    Mélenchon me paraît usé politiquement, il semble moins s’intéresser à l’avenir du pays ou de son parti qu’à se venger de la gauche et des socialistes qui, à ses yeux au moins, l’auront sans doute empêché de réaliser ses ambitions et privé d’un destin politique national de premier plan.

    Là où Onfray m’ennuie, ce sont ses interventions publiques qui tendent à montrer que c’est la FI qui a pourri les GJ. Alors que ce sont les antifas/blacks blocs qui étaient présents dès les actes de décembre et servaient aux médias et aux politiques à inventer la peste brune, les fachos, l’extrême droite et les années 30. Les racailles étaient présentes pour faire leurs courses (ce sont eux qui ont saccagé l’Arc de Triomphe), mais elles se sont ensuite retirées car les enquêtes commençaient à déranger les trafics de drogue dans les banlieues.

    Les antifas et les groupuscules de droite ont débarqué environ au même moment dans les manifs et sont accusés mutuellement de tentative de détournement et d’accaparation du mouvement. Les photos de Ryssen allant poser ostensiblement devant les photographes de Paris Match en gilet jaune, et les royalistes dans les cortèges, ce n’était les antifas ou les blacks blocs...
    Mais les fautifs sont les gilets jaunes, autant on pouvait comprendre leur volonté farouche de résister à une aimantation partisane ou politique, autant leur refus entêté, au nom d’une conception paranoïaque de la démocratie, de se doter d’une structure politique autonome chargée d’encadrer le mouvement, de contrôler la communication et d’assurer un minimum d’ordre, a ouvert la porte des manifs aux activistes de toute tendance, la nature politique ayant horreur du vide. 
    A ce petit-jeu, ce sont les antifas et les blacks blocs qui ont rapidement pris le dessus sur les charlots de la dissidence et l’utra-droite, peu habitués aux manifs et à l’agit-prop. 

    Une fois que les blacks blocs ont réussi leur entrisme fin janvier, avec l’aide des flics qui se sont habillés comme eux (autre nouveauté) et pour certains ont poussé aux actes de vandalisme, les Gj ont perdu leur énergie naturelle à les repousser.

    Je ne crois pas du tout à cette théorie du complot. Les flics habillés en black blocs pour pousser les gentils gilets jaunes à commettre des actes de vandalisme, oui, bon, faut arrêter à un moment. Il y a eu des stratégies et des provocations, comme dans tous les mouvements sociaux, mais encore une fois tout cela a été rendu possible par la désorganisation et la porosité idéologique des gilets jaunes. 

    Les politiques ont tous tenté de récupérer : Wanquiez et NDA ont enfilé leur gilet jaune, Philippot a déposé la marque à l’INPI. Le Pen est restée en réserve car les forces de l’ordre votent FN. Donc l’entrisme de la FI n’a rien de spécifique, récupérer, c’est leur job, de toute façon. Il a simplement été facilité après que les antifas aient ouvert la brèche (et aussi via les quelques manifestation communes avec les syndicats à partir de fin janvier, ou début février).

    Parce que les GJ étaient récupérables. Le Pen est restée en réserve car il s’agit en partie de son électorat, elle n’avait donc rien à gagner en semblant cautionner des violences. Toutes ces tentatives de récup ont commencé simultanément et ce bien avant que les antifas "ouvrent la brèche". Même les libéraux purs et durs proches de Macron ont essayé de récupérer le mouvement courant décembre en voyant dans les GJ la confirmation de leurs analyses sur le besoin de réformes fiscales et de la baisse de la dépense publique. 
    Il faut arrêter de tout mettre sur le dos des blacks blocs et des antifas, c’est ridicule, parfois en lisant certains discours on a l’impression qu’il s’agit d’organisations subversives et politiques tentaculaires qui auraient "corrompu" les gentils gilets jaunes adeptes du RIC. Les blacks blocs sont à 90% des étudiants de bonne famille qui viennent s’encanailler dans les mouvements sociaux avant d’intégrer le système. Si des smicards sont assez cons pour aller défier des flics et péter des vitrines dans leur sillage, en prenant des coups à leur place, c’est de leur faute, ils n’ont qu’à s’organiser encore une fois.
    Regardez en Algérie, les manifestants ont très bien compris que toute forme de violence ou de dégradation donnerait au "régime" le prétexte qu’il attendait pour dénoncer une ingérence de l’étranger ou jouer la carte du "parti de l’ordre".

    Malheureusement, les Français cultivent un rapport infantile à la violence politique et au folklore révolutionnaire.



  • 1 vote
    Joe Chip Joe Chip 16 avril 2019 11:06

    Le gros problème de la FI c’est qu’elle essaie de faire un grand écart idéologique impossible entre une partie de la jeunesse de banlieue  celle qui va en fac, fortement politisée — et le petit prolétariat "blanc" apolitique de province. 

    Ces deux électorats sont irréconciliables puisque l’un est situé du côté des "gagnants" de la mondialisation (sinon, en termes économiques, en termes symboliques, culturels et politiques) et l’autre des "perdants" désignés par l’ensemble de la classe politique et médiatique. Les uns se constituent en minorité agissante, très active et influente idéologiquement au sein de l’université, des partis politiques, des syndicats, les autres sont essentiellement une majorité silencieuse et sourde qui n’a plus guère que le nombre pour peser au moment des élections. 

    Il y a sans doute la tentation du côté des idéologues de la FI d’aller chercher le nombre chez les seconds, c’est pour ça que le discours change opportunément à chaque campagne électorale où l’on voit revenir la gauche quinoa à Manon et comme par hasard refluer les thématiques de l’extrême-gauche identitaire
    au profit d’un discours plus "universaliste". Espérons que les GJ et les autres ne tomberont pas dans le panneau et ne voteront pas pour la FI...  



  • 2 votes
    Joe Chip Joe Chip 16 avril 2019 10:46

     La Fi avait obtenu un relatif succès électoral, car il a fait une campagne coté "peuple’ (’l’ère du peuple", plus de drapeaux rouges, on dit "les gens" au lieu de "camarades", etc...). Mais ensuite, Mélenchon est retourné vers ses premières amours en rabibochant avec le PS, qui n’est qu’un cadavre. Il s’est pris le mouvement GJ à contre-pied.

    Non, le succès de la FI à la Présidentielle ne doit rien au "peuple" et s’explique par le ralliement au premier tour d’une grande partie des "bobos" attirée par les discours de Mélenchon sur l’écologie — et de la gauche souverainiste et "laïciste". Le "peuple" n’y était pas vraiment, votant Le Pen ou s’abstenant.

    Aussitôt ce succès acquis, Mélenchon, en bon idéologue, a réouvert la porte aux militants indigénistes, décoloniaux, islamo-gauchistes & cie tenus à l’écart ou mis en veilleuse durant la campagne. Il a mis au rancart les thèmes industrialistes, maritimes et écologiques portés durant la campagne pour revenir aux discours 
    gauchistes habituels en réaffirmant à chaque occasion possible son anticléricalisme. Il n’a rien fait pour s’opposer à la montée dans son parti des discours différencialistes et parfois ethnicistes, relayés dans les facs de sciences humaines par des militants de la FI. 
    La vague provincialisation du mouvement amorcée durant la campagne a pris fin et la logique partisane et parisianiste a repris tous ses droits dans l’organisation du parti. Les souverainistes et les "laïcards" ont été ciblés par une véritable purge interne à laquelle Mélenchon n’a pas pris part mais sans pour autant s’y opposer, ce qui revient à cautionner, rappelant ainsi l’ADN trotskyste de son parti.

    Résultat, une perte de 10 points dans les sondages. La FI tente aujourd’hui de raccrocher le "peuple" en accaparant le mouvement des GJ, et on nous balance pour les Européennes une gentille petite Manon sortie de sa province qui s’efforce de montrer un visage aimable et d’évacuer le thème des migrations sous l’angle de la critique du capitalisme.     



  • 3 votes
    Joe Chip Joe Chip 16 avril 2019 10:16

    @PumTchak

    Plus que méfiante, au départ la FI et toute la gauche (des partis aux activistes en passant par les syndicats) se pinçait le nez devant ce ramassis de provinciaux réclamant des baisses d’impôt, l’arrêt de l’immigration de masse, etc. On évoquait les années 30, le poujadisme, les jacqueries d’Ancien Régime... 

    Ce n’est que quand les manifs se sont déplacés géographiquement à Paris que la FI et l’extrême-gauche ont commencé à soutenir le mouvement tout en se livrant à une véritable opération de phagocytage politique. Onfray et d’autres ont dénoncé à juste titre la récupération médiatique des GJ dont les responsables de FI sont devenus les porte-paroles officieux. 
    Le mouvement suit aujourd’hui une orientation (ou une dérive) anarchisante et situationniste, faussement apolitique, qui n’a plus rien à voir avec la sociologie initiale des GJ, considérablement rajeunie et urbanisée, sans parler de cette captation idéologique réussie par les militants d’extrême-gauche. Le lien avec la petite classe moyenne a été en grande partie perdu, on ne parle plus à présent que de quelques milliers de GJ actifs chaque weekend.

    Onfray est fâché car il faisait partie (lui) des premiers soutiens assumés des GJ, n’attendant pas 3 semaines pour commencer à afficher sa sympathie politique pour leurs revendications "girondines". Il voyait essentiellement, et saluait ,dans les GJ un mouvement politique autonome, provincial et décentralisé qui aurait pu constituer l’embryon d’une véritable "révolution" fédéraliste et socialisante au lieu devenir un bête mouvement "anti-macron" portant des revendications creuses et fétichistes (RIC).

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