Il faut être soi-même, au plus près de la sincérité, au risque de la solitude. Les solitaires oscillent entre l’originalité et l’échec, c’est assez inconfortable. A un certain âge, deviennent blindés ou liquides. Satisfait de tenir encore dans la position verticale.
Ce n’est pas de Thalès, Parménide, Anaximandre ou Héraclite...de moi tout simplement, un guerrier anté-socratique inconnu.
Van gogh, sauf respect que je lui doit, est un ami de longue date. Pas un ami paisible, certes.
Bipolaire, comme Baudelaire, c’est un monde clos infiniment riche, cela fait plus de 50 ans que je m’intéresse à lui, artistiquement, humainement et aussi pour la complexité de sa problématique psychique. Van Gogh est quelque part un anté-socratique, plus spécialisé que Léonard et sans doute plus tourmenté. Il se voulait tendre, il était si maladroit dans sa naïveté d’enfant qu’il effraya tout le monde, même Paul Gauguin qui n’était pas un tendre. On ne lui connaît la vente d’un seul tableau, les vignes rouges...pour rien. Son frère Théo le porta à bout de bras, tendrement et financièrement, et mourut un an après lui. Ils sont enterrés dans le petit cimetière d’Auvers sous un tapis de lierre. Nous sommes dans l’époque des balbutiements de la psychanalyse et de la psychiatrie, ceux qui analysent au lieu d’aimer. Comme on a tout dit sur Vincent, j’ajouterais qu’il avait un talent pour l’art caricatural. Attention, rien de limitant et de trivial. Son raffinement et sa grande sensibilité lui avaient sans doute offert en héritage esthétique, l’humanisme, la culture orale, les rituels carnavalesques du théâtre populaire. Van Gogh aimait les gens mais peut être était-il très critique dans le sens noble du vocable. De plus, sa grande sincérité l’exposait au rejet, au mépris. Par son immense culpabilité maladive il s’autodétruisait.
Son art est assez compensatoire. Il règle ses comptes...peut être sans le savoir. Aujourd’hui il souffrirait au centuple dans l’ambiance creuse et fausse macronique.
Pour Delacroix, le romantique absolu, voici ce que nous dit Baudelaire :
Delacroix, lac de sang hanté des mauvais anges, Ombragé par un bois de sapins toujours vert, Où, sous un ciel chagrin, des fanfares étranges Passent, comme un soupir étouffé de Weber ;
(extrait des phares)
Époque projective, chaotique, meurtrière et rutilante, que celle projective du romantisme, et de Delacroix en particulier. Le retour du lyrisme après une révolution bourgeoise et capitaliste lamentable et les décompensations napoléoniennes heureuses mais aussi désastreuses. Les artistes sont des filtres, des capteurs et les meilleurs romanciers, journalistes et historiens de leur temps.
"Pour revenir au brave Léonardo, tout cela aide à comprendre sa
versatilité, son inconstance et sa liberté d’esprit et de coeur qui le
poussaient sur les routes de l’exil. La France et surtout François 1er
su l’honorer, une France noble d’un autre temps."
Attention Miona, cette rage ne vous est pas destinée, je conteste ce que l’on fait de la culture dans ce monde de la finance qui n’entend rien à l’art...sinon qu’il est capable, ce monde, de fausser le beau, le vrai et le bien en donnant à des croûtes une importance qu’elles n’ont pas, cela depuis le début du XXe siècle. La vie et l’observation m’apprennent l’insurrection et la critique. Les bobos de gauche et de droite qui se ressemblent temps me fatiguent.